Quatre hommes comparaissent à partir de ce lundi devant la cour d’assises spéciale de Paris pour avoir pris en otage en 2013 la famille d’un postier pour constituer un butin destiné à des actions terroristes. Le procès doit se tenir jusqu’au 24 février.

Quatre hommes, dont un braqueur chevronné et un jeune converti, comparaissent à partir de lundi aux assises de Paris pour avoir, en 2013, pris en otage la famille d’un postier pour constituer un butin destiné à financer des actions terroristes.

Le principal accusé, Ibrayima Sylla, 37 ans, a un lourd palmarès, avec douze condamnations à son casier judiciaire, dont l’une à douze ans de réclusion criminelle aux assises de l’Aube. Parfois appelé le « moujahid au taser » pour son mode opératoire, il est spécialiste du braquage avec séquestration et violence.

En décembre 2012, peu après sa dernière sortie de prison, il est signalé à la justice par les services antiterroristes sur la base de renseignements pénitentiaires. Sylla est soupçonné de vouloir recruter en vue d’une série de vols pour réunir un butin de guerre, un « butin halal », en vue d’attentats djihadistes.

Abondance des écoutes téléphoniques

Il est dès lors placé sur écoute. C’est une des caractéristiques de ce procès, qui se tient devant une cour composée de magistrats professionnels : l’abondance d’écoutes qui mettent au jour des appels confus au djihad dans d’interminables logorrhées de Sylla, scandées en rap. Il veut faire de son appartement de Trappes « le nid des aigles d’Allah » et cite en exemple le djihadiste toulousain Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban en 2012.

Les enquêteurs identifient rapidement Pierre Roubertie, un jeune de 26 ans converti à l’islam après la mort de son père, comme étant son bras droit. Les deux hommes se sont rencontrés en prison, où s’est renforcée leur radicalisation religieuse.

Alors que Sylla est muet face aux juges, Roubertie affirmera s’être intéressé au djihad pour « mieux comprendre l’islam », expliquant que le braquage avait été programmé deux semaines avant les faits, mais niera tout projet d’envergure comme l’assassinat de personnalités.

Un crime presque sous les yeux de la police

Outre l’accusation d’association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes, ils devront répondre d’un crime commis presque sous les yeux de la police.

Fin mars 2013, Sylla, parfois accompagné d’un acolyte, multiplie les repérages à Pontcarré et Roissy-en-Brie, en région parisienne. Les écoutes parlent de « butin de guerre », de passer « à l’action », les mots de « séquestration » ou « otage » sont prononcés. Face à l’imminence d’une action, une filature est mise en place.

Mais le 3 avril, peu après 06H35, les policiers perdent la trace de Sylla et de Roubertie alors qu’ils viennent de quitter une salle de prière. Vers 8H30, deux hommes, visages dissimulés, armés de couteaux et d’un taser, prennent en otages Claire Penhouet, enceinte de sept mois, et son fils à leur domicile de Roissy-en-Brie, pour forcer le mari, guichetier à la Poste, à remettre l’argent de son agence de Pontcarré.

L’un des hommes, identifié par les enquêteurs comme étant Roubertie, garde la famille en otage, pendant que l’autre, identifié comme étant Sylla, se rend à la Poste de Pontcarré avec Jacques Penhouet, qui lui remettra quelque 2.000 euros en liquide. Les otages seront libérés vers 09H10, sans blessure physique mais très choqués.

Interpellés trois mois après les faits

Le maigre butin est partagé entre Sylla et Roubertie, à l’exception de 150 euros donnés à un autre des accusés, Roushdane Kelani, pour le prêt du taser. Un quatrième accusé au discours radical, Emmanuel Nsomoto, gravite dans l’entourage de Sylla qui le juge toutefois peu fiable.

Le lien avec la piste terroriste n’est fait que le lendemain. Les quatre hommes seront interpellés trois mois plus tard, le 24 juin 2013, les enquêteurs ayant sans doute eu l’espoir d’amasser plus de preuves de la constitution de ce « butin halal ». Multirécidiviste, Sylla risque la prison à perpétuité. Le procès va durer deux semaines.

Lci avec Afp

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