De Lamine GUEYE à nos jours, la politique sénégalaise repose sur des ententes, des alliances et des coalitions. Mais aussi elle ne peut se délier de désaccords, de ruptures et de séparations. Ce postulat s’applique aussi bien dans la vie interne à tous partis politiques que dans les rapports à entre les formations politiques. Combien sont-ils ceux qui ont abandonné le « Maître » avant, pendant ou après l’exercice du pouvoir ? S’il faut désigner « un traître » à chaque fois qu’il y’a rupture entre des hommes politiques alors ils ont tous été « des traîtres » dans leur trajectoire politique.

Nombreux sont les Thiessois témoins de la rivalité et des antagonismes qui ont longtemps opposé Idrissa Seck et Talla Sylla et qui remontent aux années 90. L’ancien directeur de campagne ne digérait pas le fait que l’initiateur de la « Jeunesse Pour l’Alternance-JPA- » ait une position prépondérante auprès du Pape du Sopi. Une fois au pouvoir, le premier, Ministre, n’avait pas lésiné sur les moyens pour tenter de déstabiliser la jeune formation politique fondée par le petit-frère jusqu’à ce qu’il ait commis le « crime des chantiers de Thiès ». Il fut exhérédé par le Père qui finit par l’embastiller. Et « LUI » qui fut vénéré comme le « dieu-le-père » sera à son tour dégradé au rang « d’ancien spermatozoïde et futur cadavre » à l’occasion du CD N°1 non sans faire un clin d’œil au jeune frère jadis combattu comme le redoutable ennemi au sein de la cité du refus.

A la survenue de la première alternance politique, les deux hommes se sont affrontés en 2001 et 2007 aux législatives, chacun conduisant la liste nationale de son parti. Ils se sont fait face aux locales de 2002 et 2009 avant de former ensemble, en 2014, la coalition And-Défar-Thiès vainqueur de justesse des dernières élections municipales et départementales.

Nous avons compris que malgré leur alliance électorale, les deux hommes continuaient à se méfier l’un de l’autre. Avec abnégation, Talla a conduit la campagne électorale de la coalition And défar Thiès. A la suite de la victoire de cette coalition d’une dizaine de partis, il a recueilli les intentions de candidature aux exécutifs locaux (maires et adjoints) et procédé à des arbitrages en relation avec Idrissa Seck. Mais au moment où tous semblaient s’accorder sur la personne de Talla pour diriger la Mairie de la ville, il fut provoquée, subitement, une autre candidature parmi les militants de Rewmi pour lui faire face. Tel fut le subterfuge trouvé par Idy tout en déclarant que quelle que soit l’issue du scrutin il désignerait Talla pour occuper le poste de Maire de la Ville. En vérité, il aurait été injuste que la place ne lui revienne pas au regard de tous les efforts consentis. Mais le but de la manœuvre consistait -comme il n’a cessé de le répéter- à monter qu’il a imposé Talla en dépit de l’opposition de ses militants.

Le Maire Talla Sylla est-il coupable d’avoir choisi d’honorer ses engagements d’être le serviteur de tous les Thiéssois ? Alors Idy, l’intelligent, n’a-t-il pas vraiment manqué de discernement que de vouloir croire que cette alliance « facturée » allait asservir un homme politique aguerri et désintéressé mais irréductible, un vrai symbole du refus de l’enfermement ?

Fidèle à ses convictions, le Maire de la Ville a choisi, depuis son installation, de rester assujetti aux exigences de ses fonctions, de servir les populations dans une démarche hautement digne et empreinte de loyauté et d’élégance républicaine. Pendant ce temps, l’ancien maire absentéiste n’ayant nullement changé d’attitude vis-à-vis des électeurs Thiéssois continue d’administrer par délégation depuis qu’il a été placé à la tête du Conseil départemental. Le défilé du 4 avril est l’une des rares cérémonies officielles auxquelles il prend part. Mais il se présente à chaque fois au mépris de la norme républicaine qui lui impose de porter, en pareille circonstance, son écharpe aux couleurs nationales avec franges dorées (Code Général des Collectivités Locales, art.32, al.2).

Nous avons compris que la rupture a été consommée lorsque Monsieur Talla Sylla a répondu favorablement au dialogue national initié par le Président de la République. Mais il est évident que cette allégation pouvait se révéler trop pesante comme motif de séparation eu égard à l’attachement des sénégalais à la vertu du dialogue. Pour tenir le prétexte idéal, il a fallu donc attendre le lancement du Mouvement Fal-Askan-Wi par l’allié qui, comme par le passé, annonce sa participation aux législatives sous bannière propre. De retour d’un voyage, Idy convoque en catimini ses partisans conseillers à la Ville pour faire le rappel des troupes en l’absence du Maire qui devait rentrer le soir même d’une mission à l’étranger. Au cours de la rencontre, tenue au courant du ramadan 2016, il jette le Maire de la ville en pâture en prétendant que celui-ci l’aurait trahi.

Mais un traître est-il capable d’oublier l’adversité politique et de mobiliser les Thiessois pour défendre, en 2005, leur maire emprisonné et affaibli ? Un traître peut-il avoir séjourné plusieurs fois en prison et subi tant de sacrifices au prix même de sa vie pour défendre ses convictions politiques sans jamais perdre le moral ? Le traître est-il en mesure de renoncer au pouvoir et à ses privilèges?

On peut tout lui reprocher mais Talla SYLLA reste un patriote engagé, franc, constant, désintéressé et modeste.

Nous avons compris toute la stratégie concoctée par un leader, égocentriste, en perte de vitesse ; elle consiste à dérouter l’opinion en se victimisant tout en diabolisant son adversaire. Talla Sylla a longtemps subi la diabolisation et la basse calomnie, il n’en est plus accablé ! Certains, plus puissants, ont essayé avec des armes de lui nier l’existence mais n’y sont point parvenus donc ce n’est pas avec de fausses affirmations que d’autres, plus faibles, réussiront.

En tout état de cause la confrontation est inéluctable, Talla a fait le choix de conduire la liste départementale du Mouvement Fal Askan Wi, tandis que Idy est encore à la quête d’alliés qu’il avait, hier, bannis…

Ce duel devra néanmoins se dérouler loyalement. Les basses manœuvres ne pourront prospérer car les Sénégalais ne sont pas dupes et les Thiessois ont bien la faculté de distinguer entre celui qui, à maintes occasions, les méprise et celui qui leur voue la plus grande considération.

Ousmane Diop

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