Depuis quelque temps, on observe à travers le monde une vague démocratique soulevée par les peuples aux moyens des élections ou des révoltes, consistant en une reprise en main ou une réorientation de leur destinée. Les printemps arabes ont amorcé cette évolution tendancielle de plus en plus affirmée çà et là, pour changer les régimes politiques autoritaires et perdurables. Parfois brutalement comme en Tunisie, en Lybie, en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso par exemple. Parfois électoralement comme au Bénin, au Ghana, au Nigéria ou en Gambie, autres exemples. En Europe, mère de la démocratie à l’occidentale, c’est plutôt le règne du mandat unique, à quelques exceptions près (Allemagne, Turquie…). En France dont le Sénégal est le pré-carré, devenu plus marquant avec l’avènement de Macky, Hollande et son premier Ministre ainsi que Sarkozy et le sien (en passe de l’être), sont passés à la trappe, essentiellement pour n’avoir pas appliqué les ruptures prônées et pour avoir succombé aux reniements de leurs programmes pour lesquels ils ont été élus. Les peuples de plus en plus conscients de leur souveraineté déterminante, refusent de toujours servir de bétail électoral et se servent de leurs cartes d’électeur comme d’une arme démocratique, pour « dégager » les illusionnistes, les hypocrites, les fallacieux et autres traîtres qui arrivent au pouvoir par la démagogie.

Au Sénégal, après la Gambie, une dictature pouvant en cacher une autre, les législatives prochaines (juillet 2017) offrent une formidable opportunité de pratiquer le « dégagisme ». Car les mauvaises herbes polluent dangereusement notre champ démocratique. Mais comme le dirait Victor Hugo : «…il n’y a pas de ma      uvaises herbes, il n’a que de mauvais cultivateurs ». Avec Macky on aura connu le wadisme sans Wade mais en pire. Tous les méfaits et forfaits pour lesquels Wade a été « dégagé », sont reproduits  en moins de temps et avec plus de cynisme. Wade avait le mérite d’appeler un chat un chat, tandis que Macky parle d’un éléphant pour dire un mouton. Son quinquennat s’est déroulé entre hégémonisme exacerbé et caméléonisme outrancier.

Les analystes et commentateurs politiques font état régulièrement de coup d’état rampant ou de présidentialisme débordant, pour qualifier la propension continue de Macky à vouloir tout contrôler et tout dominer, dans le but d’accaparer tous les pouvoirs et de prolonger le sien. C’est ce que j’appelle le coup d’Etat (institutionnel) permanent.

La séparation des pouvoirs bien que consacrée dans notre constitution et qu’il faut sans cesse renforcer, afin de garantir et de raffermir l’état de droit, est pour lui comme un paillasson sur lequel il s’essuie les pieds. Il a remodelé sa constitution à sa guise, refoulant les conclusions pertinentes de la CNRI et organisant son référendum personnalisé pour régner en maitre absolu sur les institutions.

Le pouvoir législatif est en vérité entre ses mains. La législature qui se termine, a démontré la réalité effarante d’une chambre d’enregistrement et dévoilée l’arrogance des « députés de Macky » et le cynisme d’une majorité mécanique. Macky y contrôle tout jusqu’à l’organisation des groupes parlementaires. Les propositions de lois y sont pratiquement interdites, seuls les projets du gouvernement s’y imposent. Cette législature Macky-Niass restera dans l’histoire comme celle qui aura marqué un net recul démocratique, de par ses réformes partisanes. La vassalisation inédite de cette institution parlementaire, constitue le véritable motif du « dégagisme » auquel j’appelle les électeurs.

Le pouvoir judiciaire avec l’actualité brûlante de la démission fracassante du magistrat Ibrahima Hamidou Déme du Conseil Supérieur de la Magistrature, a fini de convaincre les plus sceptiques que la justice apparaît plus que jamais comme étant aux ordres de Macky. Après tous les opposants embastillés pour un oui ou un non, penchant encore en cours avec l’affaire PS- Bamba Fall, après l’éviction spectaculaire et choquante du procureur Alioune Ndao en pleine séance, après le deal international ayant prévalu à la libération négociée en grâce présidentielle, après les dossiers « préférentiels » mis sous le coude et l’éjection de Mme Nafi Ngom Keita pour absoudre les protégés et affidés du pouvoir, en  rangeant dans le tiroir leurs dossiers compromettants et après le forcing du projet de loi organique sur la Cour suprême, prolongeant les retraites de son Président et de son procureur dans l’intention manifeste de parer à toute éventualité fâcheuse en cas d’élections litigieuses. Et après que le Conseil Constitutionnel ait déjà donné des gages de soutien à la vision du Président. Il n’y a donc plus rien à espérer d’un Macky raisonnable pour une indépendance de la justice.

Le pouvoir exécutif est plus que jamais sous sa coupe, à ses pieds et dans sa besace. Pouvoir exécutif hypertrophié  et encombrant dans son centre et dans ses périphéries ou démembrements où le parti-état (avant la patrie) prolifère et dégénère dans l’administration soumise. Ousmane Sonko congédié comme un malpropre pour manquement de réserve et son Ministre de tutelle qui s’adonne allégrement à la politique politicienne sans vergogne, telle est l’illustration de l’état « apériste ». Toute l’administration devrait se mettre au service de sa majesté et œuvrer à sa réélection. Tant pis pour les Jean Pierre Senghor ou Mabousso Thiam qui ne privilégiaient pas la gestion gabegique au service du parti au pouvoir afin d’assouvir les besoins des meetings onéreux de rassemblement et de massification. L’administration sénégalaise est retournée au degré d’inféodation de l’ère du parti unique et dominant. Senghor étant cependant un guide plus éclairé et clairvoyant que Macky qui fait plutôt dans le despotisme assombri par la duperie.

Dans sa toute-puissance prépondérante, Macky ne laisse aucun pouvoir hors de sa portée, de son influence ou loin de son contrôle. Il en est ainsi du pouvoir médiatique qui malgré la force corruptrice du régime Wade, avait pourtant réussi à le défaire. Mais Macky a beaucoup appris avec son prédécesseur et  « créateur politique ». Il a su amadouer les forts en thème et forts en gueule de la médiasphère dakaroise et créer une caste de « dames de compagnie » qui le défendent contre vents et marées à tous prix et tous tarifs. Même quand sa diplomatie essuie un échec des plus cuisants (rejet pitoyable de la candidature d’Abdoulaye Bathily à la présidence de la commission de l’UA), cette presse attribue la faute à la CEDEAO et théorise le haut fait d’armes « historique » de Macky dans le départ de Yaya Jammeh, à la place de la diplomatie pacificatrice des Présidents A.Conté et A. Aziz. La réalité est que l’image de notre pays est fortement ternie en Afrique et ailleurs. Sous le prisme des relations internationales, il est vu comme le porte étendard de la France et le pantin de ses intérêts en Afrique. Défendre le statu quo du CFA participe de cette stigmatisation. Un chat noir même sous les effets spéciaux de la lumière reste un chat noir. Dépeindre Macky sous les traits d’un panafricaniste restera vain, malheureusement pour la patrie de Senghor et de Cheikh Anta Diop.

Il en est également du pouvoir d’influence attribué aux chefs religieux. Macky a fait la bonne trouvaille de la « modernisation des cités religieuses ». Le principe en lui-même est défendable, le but recherché en retour est contestable. Dépenser des milliards de fonds publics pour des intérêts privés et patrimoines privés fussent-ils religieux, dans le seul but de récolter des dividendes électoraux, est un précédent dangereux en république. Demain des frustrations, des ressentiments et des révoltes pourraient subvenir des inégalités de traitement et des risques de vouloir toujours plus pour telle ou telle autre communauté religieuse. Une autre politique plus conventionnelle, consensuelle et légiférée, serait plus républicaine. Macky n’en a cure, il n’a qu’une obsession : Se faire réélire. Mais là il n’a pas bien appris la leçon infligée à son maître qui était orfèvre en matière de prébendes clientélistes.

Il n’a pas non plus tiré les leçons de la politique improductive d’anéantissement de l’opposition pratiquée par son mentor et qui a abouti à « tout sauf Wade », ce qui a permis le regroupement de toute l’opposition et dont il a profité pour supplanter tout le monde par la ruse et se propulser au palais.

Le régime de Macky est émaillé de revirements et truffé de reniements. Le « wax waxeet » érigé en stratégie politique. Des abjurations en tous genres et à tous propos qui caractérisent ce régime politique et qu’il convient de qualifier de caméléonisme politique. C’est un chapelet de promesses d’ivrogne du pouvoir qui défilent depuis son avènement : La promesse d’un gouvernement de 25 Ministres, la promesse d’une gestion sobre et vertueuse, la promesse de placer la patrie avant le parti, la condamnation de la transhumance, la promesse de réduction de son premier mandat, la promesse de ne protéger personne, la réprobation de la gestion familiale et patrimoniale du pouvoir, l’arrêt ou le recul sur la traque des biens mal acquis…etc, sont à inscrire dans les annales du charlatanisme politique sénégalais.. Au rythme où se comptent les perles des désaveux de Macky, bientôt leur nombre atteindra celui du chapelet du zikr soufi.

Le présidentialisme omniprésent et dominateur tel qu’exercé par Macky, aboutit maintenant à la mégalomanie à la Kim Jong-un, affichée sur tous les frontons de la capitale et diffusée à longueur d’onde dans les médias étatisés et propagandistes à l’excès, pour vanter ses réalisations de prestige exorbitantes. Le peuple en subit malheureusement les conséquences néfastes, parce que les priorités des populations ne sont pas celles de son Président. Macky privilégie le mirage du « tape à l’œil » pour impressionner et espérer un second mandat. Le pays lui, manque de tout. La seule machine de radiothérapie offerte en occasion depuis un bail, est aujourd’hui à l’arrêt, par l’incurie des autorités plus soucieuses de prestige et de flagornerie. Comme hier quand il a fallu plus d’un mois pour remplacer un tuyau d’eau en allant quémander le secours de la France, mère nourricière et cajoleuse de notre Président. Cette mégalomanie a conduit également notre Président à se croire le messie du peuple qui décide seul de l’exploitation et du devenir de ses ressources naturelles pétrolières et gazières. Il décrète en la matière par un despotisme et un népotisme sidérants, en restant sourd aux protestations et exigences de transparence du peuple. Tout comme il ferme les yeux, se bouche les oreilles et le nez sur les nébuleuses entreprises et interventions politiciennes de la famille Faye-Sall et leurs acolytes à la puissance financière exponentielle.

A quelques mois des élections législatives, les conditions objectives de la répugnance du régime actuel semblent être réunies pour impulser le « dégagisme » par les urnes comme le peuple Gambien l’a réussi. La cohabitation est bel et bien possible, qui poussera indubitablement Macky à la démission. Il n’a pas la stature d’un Mitterrand  pour faire face. Ces élections donnent l’occasion pour le peuple des laissés pour compte, des silencieux, des résignés, des indignés et des abstentionnistes, d’obliger Macky à respecter sa parole et de réduire réellement son mandat. Il s’agit d’imprimer dans la conscience des élus et des gouvernants, la suprématie du peuple par rapport au Conseil Constitutionnel. Il s’agit également de bannir le «wax waxeet » et d’imposer le « Wax Jëf » dans la politique sénégalaise. Pour ce faire, il revient à l’opposition de prendre conscience des véritables enjeux, de l’impérieuse nécessité d’une liste largement unitaire, de l’exigence d’un programme alternatif de rupture, consensuel et incarné par un leadership engagé et solide. Ce peuple-là est à l’écoute et vous attend pour dégager Macky.

Cherif Ben Amar Ndiaye

Kaadoubitimrew.com

 

 

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