La machine de la chimiothérapie en panne rappelle une autre histoire de machine : celle de l’usine de Keur Momar Sarr.  Les deux appareils ont un point commun, celui de faire vaciller la République.

La pièce de l’usine Keur Momar Sarr et la radiothérapie de l’hôpital Aristide Le Dantec n’ont à priori aucun lien. Mais, ils sont, hélas, tous les deux, symboles de l’incroyable fragilité du pouvoir politique. La pièce de l’usine de Keur Momar Sarr, dût-elle peser 5 t, a failli engloutir le régime. « Une seule pièce nous manque et tout est dépeuplé », aurait-on, ainsi, dit pour paraphraser le poète. Ramenée, à l’époque, de l’Hexagone, la pièce a été célébrée comme un héros, puis conduite sous bonne escorte musclée de la gendarmerie jusqu’à Keur Momar Sarr. La radiothérapie, elle, doit attendre encore six mois pour être célébrés. Et cette attente qui ébranle le pouvoir. Six mois d’attaque en règle de l’opposition le temps que le « grand malade » revienne à la vie normale. Une vraie bonne affaire pour l’opposition qui se voit ainsi offrir un thème de campagne électorale juteux. Macky Sall a compris que c’est un funeste accident.

Le président de la République, Macky Sall, a trahi lors d’une rencontre avec les Sénégalais de Abu Dhabi (Dubaï) un réel agacement. Se prononçant sur la polémique soulevée par la panne de la radiothérapie de l’hôpital Aristide Le Dante, Macky Sall a martelé à l’endroit de l’opposition : « il faut que certains gens aillent chercher autre choses à faire que de dires des choses qu’ils ne maîtrisent pas. Des gens qui n’ont rien à faire de leur vie à part errer, profitent des situations dont ils ne savent rien, pour dire du n’importe quoi et essayer de manipuler les Sénégalais…» Question : le pouvoir a-t-il son destin en main ? On peut en douter sérieusement.

Vraiment ça vacille ! La confortable majorité sortie des urnes aux dernières Législatives accuse le poids dévastateur des machines en panne. « Macky est-il cuit ? », s’interroge-t-on déjà comme du temps où François Hollande était absorbé par la crise et la suprématie économique de l’Allemagne. A l’image du chef de l’Etat français, Macky Sall cultive la prudence, le calme et même la froideur. Ployant sous le diktat des conseillers en com’, il restitue un plan minutieusement élaboré dans les bureaux du palais. Pas de précipitation irraisonnée, ni coups de gueule genre Wade. Macky donne apparemment trop de place aux actes rationnels. Cette fois, il n’a pas le choix. Une vraie bataille l’attend. Or il n’a pas toutes les cartes en main. Il doit se soumettre à une patience mortelle.

Et qu’on l’avoue ou pas, ces histoires de machine commencent à être menaçantes pour le pouvoir. Toujours cramponné à son style du refus de l’emphase, sauf dans l’affaire de Keur Momar Sarr, Macky Sall a intérêt à dérouler une vraie bataille médiatique pour renverser la vapeur. Impossible tout de suite de renvoyer son ministre de la Santé, coupable de n’avoir pas alerté à temps son chef. Pis, Mme la ministre tente d’amoindrir le choc en annonçant la mise sur pied d’un comité de gestion de la radiothérapie, dirigé par le directeur de la Santé, Pape Amadou Diack. Son travail : prendre les dispositions pour le remplacement de cet appareil. Le comité est composé de cancérologues de l’hôpital Aristide Le Dantec, de l’hôpital Dalal Jamm, d’experts de la Direction des infrastructures des équipements et de la maintenance, de l’agence nationale de radioprotection. Cette parade est loin de régler le problème devenu à présent politique. Il va falloir mobiliser toute l’ingéniosité des communicants pour redresser la barre. Le ministre-conseiller El Hadj Kassé a commencé dans l’émission Face 2 Face. Rien n’indique que la phraséologie pourra tirer d’affaire le pouvoir.

Joël Fall

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