Serigne Mboup : « L’ Afrique est en train d’être construite sans les Africains»

Du nombre des personnalités invitées à animer la table ronde initiée ce samedi 13 février 2016, par l’Ecole supérieure polytechnique (Esp), Serigne Mboup a relevé l’urgente nécessité pour l’Etat d’accompagner le secteur privé national. Patron du groupe Ccbm, il a déploré l’octroi des marchés relatifs à la réalisation d’ouvrage à des structures étrangères au détriment des entreprises sénégalaises.

«On doit encourager l’entreprise sénégalaise. On dit, aujourd’hui, que c’est au tour de l’Afrique. Ce que l’on a vu montre que l’Afrique est en train d’être construit sans les africains. C’est comme un père de famille à qui ses enfants ont construit une villa cousue, s’il n’a pas les moyens de prendre en charge la dépense quotidienne, c’est fort probable que tout va se détériorer. Je pense qu’aujourd’hui, on ne doit plus dire ou penser que les sénégalais ne savent pas faire telle ou telle chose. Et s’il est vrai que les sénégalais n’ont pas les compétences de réaliser untel modèle d’ouvrage, la raison aurait voulu que les autorités de notre pays nous envoient chercher l’expérience nécessaire à la réalisation de ce projet», a dit M. Mboup.

Pris pour modèle par les étudiants de l’Esp, le partage de son expérience sollicité au cours de cette rencontre dont le thème portait sur : «les difficultés liées à l’entreprenariat au Sénégal», il a invité les autorités étatiques à copier le modèle Dubaïote.

«A Dubaï, les autorités priorisent leurs concitoyens sur tout. Dans ce pays, lorsque les entreprises américaines étaient allées voir l’autorité pour déplorer cette discrimination, elle leur avait clairement répondu que les Dubaïotes sont prioritaires sur tout, chez eux. Je pense que cela est une bonne option. Je trouve que dans les secteurs, comme l’enseignement, le business, la confiance, l’architecture, la comptabilité, l’Etat ne doit plus engager quoi que ce soit sans accorder la priorité aux sénégalais. Parce que, les chinois et les américains, par exemple, quand ils nous accordent des financements, c’est nous qui, après, allons payer tout. Cependant, ils nous forcent la main en exigeant que les entreprises de leurs pays soient coptées pour la réalisation des ouvrages du projet financé. Si ces entreprises viennent construire nos ouvrages selon la volonté des partenaires étrangers qui dictent leurs lois sur les financements qu’ils nous ont accordés, je pense qu’à la longue, il nous sera très difficile de dire qu’il y aura l’émergence ici au Sénégal», a affirmé M. Mboup.

Ce dernier, président de l’Union nationale des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture du Sénégal (Unccias) trouve que «L’Etat gagnerait plus à encourager les privés sénégalais. Il gagnerait aussi plus à protéger l’emploi. Si nous prenons tout, sous prétexte que les sénégalais n’ont pas les compétences et l’expérience pour le faire tout de suite, et le donnons à des étrangers, c’est des infrastructures et des investissements que nos enfants payeront demain. Je pense que cela doit être une préoccupation des Sénégalais pour qu’au moins l’Afrique soit faite par les africains et avec les africains».

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