Quelle attitude face aux statistiques ?

L’intitulé de cette contribution en dit long sur son objet : un de mes profs de collège disait avec éloquence « Les mathématiques sont fondamentales, capitales comme Dakar », une des branches des maths la plus connue est la statistique qui est aujourd’hui appliquée à tous les domaines du savoir.
L’exclamation marque l’étonnement face à notre comportement face aux statistiques, et l’interrogation l’attitude à avoir par rapport aux statistiques.
Quelle attitude face aux statistiques !
Le Sénégal, notre pays est unique en son genre sur l’attitude que les différents acteurs ont face aux statistiques.
Hier, ce sont certains fonctionnaires et tenants du pouvoir qui contestaient les chiffres qui seraient donnés par le FMI sur le classement du Sénégal.
Aujourd’hui, c’est une partie de l’opposition qui conteste les chiffres de la production agricole et du taux de croissance du pays.
Nous avons envie de dire, dans quel pays sommes-nous ? Il est normal qu’il y ait divergence sur les stratégies et les politiques mais si nous parlons du même pays, au moins essayons de partager le diagnostic. Aujourd’hui, le problème du chômage est accepté de toute la classe politique en France.
Il faut qu’au Sénégal que les diagnostics soient les mêmes parce que pour venir à bout des problèmes, il faut qu’il y ait des situations de référence ou base line. Ainsi le citoyen pourra dire que par rapport à un phénomène donné, ma ville, mon département, ma région ou mon pays se situe à un niveau X.
Curieusement, nous continuons de vivre dans un pays où selon les intérêts des uns et des autres, la couleur du tableau change. Si nous voulons aller vers l’émergence, il faut un minimum de convergence sur le diagnostic.
Quelle attitude face aux statistiques ?
Pour travailler et aspirer aller vers l’émergence, il faut une attitude responsable face aux statistiques. Quel que soit le bord auquel on se situe, la manipulation est lourde de conséquence. L’exemple le plus simple est un médecin qui se trompe sur le taux de glycémie de son malade et lui fait une perfusion de glucose alors qu’il est atteint de diabète.
Les statistiques proviennent d’une évaluation et en pédagogie, on dit qu’évaluer c’est prendre une décision. Quand le Sénégal par rapport à des critères est classé 25ème pays le plus pauvre, il faut en tirer les conséquences et agir sur les leviers qui permettent d’améliorer le classement. Les Sénégalais que nous sommes au lieu d’attribuer ce classement à un régime doivent chacun en ce qui le concerne se sentir agressé et jouer sa partition pour hisser le niveau du pays.
L’enseignant dans sa classe peut exploiter ces données et mettre ses élèves devant leurs responsabilités historiques de régler les problèmes une fois aux affaires.
Le taximan qui apprend que le nombre de touristes baisse peut penser à jouer son rôle par rapport à l’attitude qu’il doit avoir vis-à-vis de l’étranger.
Quand l’opposition entend le Président, la personne la plus informée du pays, évoquer des chiffres, elle peut jouer son rôle en essayant d’identifier les faiblesses ou en parlant du contexte de telle ou de telle performance. Si nous voulons être pris au sérieux par la communauté internationale, arrêtons de tenir en haleine le pays sur des querelles stériles par rapport à la véracité de tel ou tel chiffre. Plutôt, cherchons à analyser les données, à donner des explications et à réfléchir sur les stratégies de les rendre durables si la dynamique est positive. Si la tendance est négative, il faut faire les critiques nécessaires et permettre un réajustement de la politique.
Qu’on soit du pouvoir ou de l’opposition, il faut que la politique soit faite autrement et mieux en mettant le pays au centre de nos préoccupations. Nous nous réclamons pour l’essentiel des religions révélées et nous entendons souvent les acteurs dire que c’est Dieu qui donne le pouvoir par conséquent, il y a lieu pour tout le monde d’être serein et de savoir que la manipulation ne peut plus prospérer. Il faut faire confiance aux Sénégalais et que Dieu fasse que les meilleurs du moment dirigent nos différentes institutions pour l’intérêt supérieur de la nation sénégalaise, la seule constante.
Dr Bou FALL, Géographe, Président Commission chargé des affaires administratives, juridiques et du règlement intérieur du Conseil départemental de Gossas, IEF de Kédougou.
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