Pr Ama Diémé : « La Casamance aurait pu vendre du riz aux autres régions du pays »

Analysant la situation économique de la Casamance, le Pr Ama Diémé pense qu’il faut partir de situations réelles.
La Casamance était considérée jadis comme le grenier du Sénégal. C’est parce que pendant cette période, la Casamance fournissait suffisamment de riz pour nourrir ses habitants, suffisamment de riz pour constituer des stocks. La Casamance aurait pu vendre du riz aux autres régions du pays et les populations du sud pratiquaient plutôt une agriculture de subsistance. Cela avait abouti à l’autosuffisance alimentaire des familles… Mais c’était sans compter avec ce qui pouvait arrivait, ce qui était prévisible. À l’époque, le rapport entre population et espace cultivable était à la faveur des espaces cultivables. Un rapport qui va vite se détériorer avec le boom démographique et les espaces « rizicultivables » très limités. Il faut ajouter aussi les calamités naturelle qui ont absorbé une partie des espaces cultivables devenues impraticables
Aujourd’hui, il va falloir qu’on réalise des productions capables de nourrir toute la Casamance. Mais cela appelle de la part de l’état et des structures locales, de véritables stratégies agricoles, des stratégies de développement capables de mobiliser les populations pour que, au bout de l’effort, il y ait des récoltes capables de nourrir les hommes. La même démarche doit être faite en matière de pêche et en matière d’élevage. Cela permettra de contourner un facteur bloquant que constitue l’exode rural massif qui vidé les localités de la Casamance de leurs bras valides. Tous les jeunes sont partis ou sont sur le point de le faire pour aller poursuivre les études ou tout simplement pour aller chercher du travail dans les grandes villes comme Dakar. Tout cela fait que même si la terre existe, elle n’a pas de bras pour l’exploiter. Agriculture, élevage, pêche ou encore exploitation de la forêt sont les principales activités capables de développer la Casamance. Et sur ce point, la nature à bien doté la Casamance. Mais il y a un handicap parce que quelle que soit la production qu’on peut avoir ici, elle est forcément limitée car le marché local ne peut pas consommer tout ce que la Casamance peut produire en termes d’agriculture, élevage, de cueillette et de pêche. Il faut alors aller trouver les marchés du nord pour écouler toute la production or, la région souffre d’un handicap drastique, c’est son enclavement.
L.BADIANE pour Xibaaru.com