Le Cri de cœur d’un enseignant… sur le phénomène « ubbi tey grew tey »

Cette réflexion est inspirée par l’actualité : la menace des organisations syndicales et l’anniversaire du rappel à Dieu du Sage de Diacksao. En effet, il ne se passe un jour sans qu’une organisation syndicale ne lance un slogan du genre « ubbi tey grew tey » ou ne décide de déposer un préavis de grève dès la rentrée.
Ces évènements ont inspiré ma contribution pour imiter le Cheikh Abdoul Aziz SY et tenter de joindre ma voix à celles d’autres plus autorisées et plus étoffées pour alerter.
Je sais que l’exercice est risqué au moins pour trois choses : mon statut de chef de service pourrait me bloquer si je pense à l’obligation de réserve, le volet de bois vert que je pourrais recevoir car la vérité gêne et je n’ai ni les connaissances encore moins l’envergure du Cheikh.
Ce cadrage fait, j’essaierai d’articuler ces propos autour de deux thématiques : Quelle analyse de la situation de l’école et du mouvement syndical? Quelles solutions et perspectives ?
Quelle analyse de la situation de l’école et du mouvement syndical ?
Sans m’ériger en donneur de leçons, je puis dire de façon triviale que la mission de tout syndicat est de défendre les intérêts matériels et moraux de ses mandants ; c’est cette notion d’intérêt qui semble poser problème. En effet certains syndicalistes si l’on en juge de par leur propos les limitent au salaire décent, la formation et de façon subsidiaire les conditions de travail. Je reconnais que c’est légitime mais mon inquiétude est liée à l’absence de défense de l’école publique ; ce que nous semblons oublier : sans école point de salaire. Aujourd’hui nos grèves récurrentes même si par moment ont donné des résultats ont mis à terre l’école publique, au point que la plupart d’entre nous enseignant au publique n’ont aucune gêne à envoyer leurs enfants dans le privé. Le risque si on n’y prend garde c’est que demain comme le disait l’autre on pensera à dégraisser le mammouth pour paraphraser Claude Allègre Ministre français de l’Education qui parlait des effectifs qu’il fallait diminuer dans l’éducation. Je veux que nous méditions sur ce risque pour éviter que la lutte syndicale ne tue l’outil de travail.
Quant à l’Etat, nous pouvons reconnaître tous les efforts déployés depuis l’indépendance ; l’exemple que j’ai l’habitude de donner est simple, en tant que Gossassois, je sais que jusqu’en 1984 pour faire le DFEM, l’ancêtre du BFEM, il fallait se rendre à Kaolack où nous étions avec tous les collégiens de l’ancienne Sine Saloum. Aujourd’hui, le BFEM s’organise dans toutes les communes rurales. Cet exemple est illustratif de tout ce que l’Etat a fait surtout en termes d’accès. Pour les autres volets notamment la qualité des efforts ont été faits même si l’on sait que c’est le maillon faible du système. Cette situation s’explique par plusieurs raisons : la façon de recruter, l’absence ou la faiblesse de la formation initiale, la faiblesse des moyens dans la formation continuée, les grèves répétitives. Osons le dire l’Etat, a sa part de responsabilité en ce sens que pendant longtemps on a plus géré que prévenu des conflits. Les actes posés confirme la thèse que les enseignants n’obtiennent rien sans une lutte âpre, préjudiciable à nos élèves, pourtant pour d’autres qui n’ont pas droit de grève, la presse relaie des augmentations et autres avantages que personne ne démentit. Donc nous pouvons penser que ces propos sont avérés. Si je tiens à rappeler cette façonde faire, ce n’est pas pour m’en offusquer mais pour qu’elle inspire l’Etat dans la gestion de l’école. Si non on pensera à tort ou à raison que la grève est la clef de la réussite du mouvement syndical.
Quelles solutions et perspectives ?
Il est temps après les assises de l’éducation qui ont couté en temps et en argent, que les acteurs du système et l’Etat sachent que le Sénégal ne peut pas continuer à rater des rendez-vous. Il faut emprunter les propos du Président Diouf qui disait en 1981 « Que rien ne sera plus comme avant »
Pour les citoyens et les enseignants que nous sommes une révolution des mentalités s’impose, on ne peut plus tout attendre de l’Etat, les communautés doivent s’investir, les collectivités locales doivent occuper leur place, les partenaires accompagner l’Etat dans ses options stratégiques
Les revendications d’ordre salarial doivent continuer car l’enseignant est une vitrine de la société et il doit avoir une vie décente, mais le mouvement syndical doit davantage montrer sa technicité pour apporter une contribution et des critiques objectives aux options de l’Etat.
Je rêve de voir une éducation nationale où employeur et employés se mettront autour d’une table pour discuter de curricula, de choix stratégiques et non seulement de conflits.
Pour cela, l’Etat doit davantage s’ouvrir pour écouter ceux qui semblent les plus impulsifs. La grève ne saurait être une question arithmétique, il ne faut jamais mettre l’accent sur le nombre de grévistes ; un enfant seréer perdu dans un petit village du Sine mérite une attention particulière, il pourrait être notre futur Cheikh Anta DIOP, Senghor ou notre futur Président de la République.
Pour le mot de la fin, je tiens à préciser que le but de cet exercice était simplement de faire une modeste contribution pour la bonne marche de ce qui est ma vie : l’école ; c’est pourquoi une certaine passion peut traverser mes propos, malgré l’effort déployé pour rester dans l’objectivité.
Dr Bou FALL, Géographe, Inspecteur de l’Education et de la Formation de Kédougou
Email : oubalfa@gmail.com