L’avenir des enseignants hypothéqués avec la création d’agents décisionnaires

Dans ce pays, les enseignants pour la majorité vivent le calvaire des contingences sociales. Même s’ils manifestent leur éternel insatisfaction jusqu’à énerver plus d’un, il faut reconnaitre qu’ils sont victimes dans la masse des agents de l’état de ce pays.

Là où un médecin refuserait une affectation à Salémata (situé au sud du Sénégal), vous trouverez un enseignant qui travaille. Alors arrêtons de parler de patriotisme. Les enseignants  font partie des agents est plus patriotes du Sénégal ?

Avec un salaire de misère ils éprouvent d’énormes difficultés à gérer leur quotidien ; tiraillés par des dettes qui émanent des prêts bancaires pour avoir un logement pour la famille élargie (comme on le vit au Sénégal), mais surtout pour faire face aux charges de la famille qui est dans la plupart des cas dans une contrée différente de celle où exerce l’enseignant.

Le plan de carrière qui lui est réservé n’existe que dans un document portant le nom de législation (guide de la carrière de l’enseignant).
Beaucoup d’enseignants qui appartiennent au corps dit « émergent » émergent difficilement dans leur carrière ; puisqu’ils arrivent avant l’âge limite pour entrer dans la fonction publique mais sont retardés par des prétendus soucis financiers pour prendre en charge leur de formation diplômante au moment où les priorités sont axés sur des ateliers, des symposiums, des forums financés à coups de millions et dont les résultats sont consignés sur des documents et rangés aux oubliettes.

De fil à aiguille, l’agent perd des années et devient trop âgé pour être fonctionnaire ; Ainsi, l’enseignant est formé à la FASTEF étant vieux puis intégré dans la fonction publique comme agent non fonctionnaire (décisionnaire) ; voilà le plan de carrière qui lui est réservé. Est-ce cela l’émergence ?

Laissés en pâture aux banques qui leur imposent des taux d’intérêts difficilement supportables, les enseignants courent derrière des sommes que l’état leur doit et restent plusieurs années sans avancer d’échelon.

Diabolisés, discrédités, mal traités par nos gouvernants, ils sont indexés par les populations (parents d’élèves surtout) qui les portent pour responsables de l’échec scolaire des jeunes et de la crise que connait l’éducation.

Me dira-t-on qu’il y a des « brebis galeuses » dans le corps ! Oui ! C’est vrai ! D’ailleurs on en retrouve dans tous les corps. Mais acceptons que la majorité des enseignants sont chauvins et ne sont pas moins méritant que beaucoup de nos honorables députés qui ne savent pas lire un projet de lois et se battent comme des charretiers à l’hémicycle et font office de membre de la majorité mécanique.

Décideurs de notre pays si vous aspirez réellement à l’apaisement du climat qui prévaut entre enseignants et gouvernement, prenez l’enseignant comme « un cas social » qui est frustré à cause de ses conditions sociales et retenez-vous de brandir l’argument sur le nombre de collèges et d’universités construits et équipés ; les moyens ne sont pas une fin en soi mais des outils qui servent à parvenir à des fins. C’est comme qui dirait à un menuisier « je vous ai donné des marteaux et des scies derniers cris, alors réalisez des meubles de luxe compétitifs sur le marché international.
C’est vous dire que vous avez oublié sa compétence et sa motivation ; alors former et motiver les enseignants et les résultats escomptés suivront.

BIRAME SENE

FORMATEUR AU CFP DJILOR