La sacralité de la parole présidentielle à l’épreuve des ambitions électoralistes de Macky

Au moment où la majorité des sénégalais s’attendait à rompre définitivement avec une certaine manière de faire de la politique, voilà que Monsieur Macky Sall vient nous administrer la preuve que, rien de grand ne peut se faire quand on n’est pas un grand homme par l’éthique, la morale et le sens des responsabilités.
Après moult déclarations à différents endroits et occasions de respecter l’engagement de réduire le mandat de 7 ans pour lequel il était élu par 65% des électeurs du jour du 25 mars 2012. Monsieur Macky Sall avait fini par nous faire croire qu’il a été élu pour « son » mandat de 7 ans. La nuance du pronom personnel à son importance car, Monsieur Macky Sall avait même fini par interdire à ses ouailles de se prononcer sur cette question de la réduction du mandat. Sa botte secrète, aujourd’hui évidente, n’était rien d’autre que ce bluff qu’il vient de nous servir.
Utilisant à saturation le « je » , le « moi » , le « mon » ( man, mako, buma) . Monsieur le Président Macky Sall déclarait durant le sommet Afrique-Amérique « Vous savez je suis un homme qui ne s’engage pas à la légère. Lorsque je prends un engagement, j’entends le respecter. Il n’y a absolument rien qui est changé depuis que j’ai fait cette déclaration. Maintenant, les gens voudraient que tout de suite je fasse le changement. Je ne le ferai pas tout de suite. Pour ça, je suis responsable de l’agenda. C’est à moi à savoir à quelle période j’entends faire cette réforme. Mais je n’ai fait que deux ans et demi sur un mandat de 7 ans que je compte réduire. Donc, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. C’est un débat qui n’a pas de sens, je ne le comprends pas ».
A présent, pour se dédire sans en avoir l’air, Monsieur Macky vient se défausser sur un avis non contraignant du Conseil Constitutionnel qu’il dénomme fallacieusement décision « je suivrai la décision du conseil constitutionnel ». Son parjure commis, voilà qu’il argue que c’est par respect à nos institutions judiciaires qu’il est lui même sensé faire respecter, que son geste se justifie. Quel jeu de dupes ?
Cependant, une analyse simpliste et profane se heurte inévitablement à quelques questionnements.
• Quand Monsieur le Président Sall voulait se débarrasser du Sénat, avait-il demandé l’avis ou la décision du Conseil constitutionnel ?
• De même, la création du Conseil Economique Social et environnemental (CESE) avait-elle nécessitée l’attente d’un avis ou d’une décision du Conseil Constitutionnel ?
• Tout autant, la décision rendue par la Cours Suprême et concernant le recours des élèves maitres accusés de tricherie, avait-t-elle été respectée par les autorités gouvernementales et aux premiers rangs desquelles le Chef de l’Etat Macky Sall lui-même. Seulement nous avons noté la coalition des pouvoirs exécutif et législatif contre la décision (jusque là non suivie d’effet) du pouvoir judiciaire. Monsieur le Président Macky Sall s’est permis à Tivaouane, inaugurant le réceptacle hôtelier de la ville, de dire de vive voix à son ministre de l’enseignement Monsieur Mbaye Thiam : « je vous soutiens ». Ceci montre à suffisance l’état de piétinement du pouvoir judiciaire par l’exécutif. A la suite de cette déclaration l’Assemblée Nationale sous la présidence de Monsieur Moustapha Niasse s’est fendue d’une motion de soutien à ce même ministre dans le contentieux qui l’opposait aux élèves-maîtres.
En effet, déni d’autorité ne saurait être plus manifesté, que d’entonner, à haute et intelligible voix, sa solidarité à la défiance, menée par son ministre Serigne Mbaye Thiam contre la décision rendue par la plus haute juridiction de ce pays, à savoir la cour suprême.

Aujourd’hui, misant sur le stoïcisme masochiste de nos juridictions, et convaincu de l’amnésie des sénégalais, le mentor des tenants de la ligne rétive à la décision de la cour suprême, se veut chantre de l’obéissance républicaine, s’offrant en instance de pouvoir liée par l’avis du conseil constitutionnel. Des relations hiérarchiques entre avis et décision, passons ! Il reste que, nous nous sentons ahuris par ce subterfuge de haut lieu, sous-tendu par une ridicule hypocrisie, plus déshonorante que le déshonneur d’assumer s’être dédit.

Monsieur Macky Sall candidat s’était engagé à réduire son mandat de 7 ans pour le limiter à un mandat de 5 ans. Le président Macky Sall élu a consolidé l’engagement du candidat sur les perrons de l’Elysée, au sommet de la Cedeao, le réitére au sommet Afrique-USA : ce qui lui a valu l’éloge de Martin Shultz, président du parlement européen en 2015 en ces termes: « Vous êtes un exemple : dans ma vie politique, c’est la première fois que je vois un homme élu réduire de sa propre initiative son mandat ».
Auréolé pour son intention de tenir ses promesses de campagne, bénéficiant de l’image de leader non obnubilé par le pouvoir, si aujourd’hui il daigne se renier, alors se faire à l’idée de dérives possibles devient pour tout citoyen pensant, une prospective de salubrité publique.
Monsieur Macky Sall compte nous fournir une nouvelle constitution Y avec ses propositions de mandat de 5 ans alors qu’il est élu actuellement pour un mandat de 7 ans par une constitution X.
Faisant usage de la jurisprudence Wade en 2012 avec la décision du Conseil Constitutionnel qui autorisait Me Abdoulaye Wade à se présenter une 3ème fois de manière concrète et une 2ème fois suivant la constitution concernée.
Alors il faut s’attendre donc à une possibilité pour Macky Sall de se présenter aux élections présidentielles en 2019 et en 2024 selon la nouvelle constitution si elle est adoptée pour peut-être quitter le pouvoir en 2029. Macky fera en ce moment 17 ans de pouvoir. Bravo !
Pourtant rien ne s’y opposerait si ce n’est la volonté et l’engagement résolus du peuple.
C’est pour dire qu’au-delà de la classe politique souvent très intéressée, pour le peuple, de qui, tout pouvoir dérive et au nom duquel tout pouvoir s’exerce ; il s’agit de veiller à une certaine somme de valeurs que rien dans l’attitude de Macky Sall ne permet de préserver.
Au moment où Macky Sall lui-même recommande à notre système éducatif d’introduire l’enseignement de Cheikh Anta Diop , qui avait refusé de succomber aux desiderata de Senghor pour une histoire de sémantique. Le pharaon sénégalais a préféré « taxaw » pour remplacer le mot « siggi » qu’il voulait à la place de « sigi » pour Senghor. Refuser, résister est une question d’éthique, de morale de principe surtout après un engagement individuel et personnel. Si maintenant la parole d’un président de la république est mise à rude épreuve par lui-même à travers des subterfuges il y a de quoi désespérer pour le peuple.
« Gor ca wax ja » est une sentence simple mais extrêmement chargée de sens dans la mesure où à l’image de Lat Dior Diop qui croyait en la proximité de Serigne Touba avec Dieu n’a pas voulu déroger à son engagement d’aller à Dékheulé et d’y engager sa dernière bataille.
Dans les activités les plus lucratives que sont les échanges commerciaux, nous avons toujours vu des gens dans nos foirails s’engager sur simples coups de mains pour conclure des transactions financières.
La vigilance doit être de rigueur au-delà des positions des uns et des autres, faites de condamnations et autres désolations ; afin de décrypter l’idée qui pourrait être à la base de l’attitude de Macky Sall. Déjà des associations en perte de vitesse et en rupture de ban avec les véritables préoccupations du peuple veulent reprendre du poil de la bête en appelant de manière péremptoire à voter « NON » au référendum probable (comme rien n’est plus tangible chez le PR) du 20 mars 2016.
Il y a lieu de se méfier de telles associations qui ont perdu toute crédibilité après leur profonde implication dans le « laminediackgate » pas encore démêlée.
Si les standards internationaux étaient respectés dans le pays, la victoire du « NON » aurait fait démissionner celui qui a proposé le référendum par sa campagne du « OUI » comme se fut le cas avec le Général De Gaulle en France. Mais avec le triomphe du « NON », Macky Sall comme dans un jeu de Poker Coréen gagnera à tous les coups en faisant un mandat normal de 7 ans et prétendre par la suite à un autre de 7 ans où il déploiera l’arsenal nécessaire de propagande, de coercition et de répression pour le gagner.
C’est dire en somme que la meilleure des attitudes en ce moment c’est de pousser l’autorité à surseoir à ce simulacre en dépensant nos deniers ou boycotter ce référendum et amener le taux de participation à moins de 25%. Alors seulement ce régime débonnaire et dictatorial sera mis en minorité et l’avenir sera perçu plus radieux pour les populations seules détentrices de son histoire.
Papa Mayoro Thiam
Professeur au CEM de Méckhé
E-mail : smanioux@yahoo.fr