Kédougou : Regret d’un sage sur la disparition des rites de la circoncision

C’est à cœur ouvert que le vieux Mamadou Diallo, notable à Samal dans la commune de Bandafassi a exprimé ses regrets au correspondant de xibaaru.com sur la disparition de certains rites traditionnels qui entouraient la circoncision autrefois.
« Autrefois, l’âge de la circoncision était fixé à 15 ans voire 18 ans. Avant le jour de la circoncision, on annonçait la nouvelle dans le village et dans ses environs. A la veille de la circoncision, les garçons, futurs circoncis, très bien parés et habillés d’un pagne faisaient le tour du village. La nuit, une grande une soirée de danse était organisée dans la joie et l’allégresse. Certains parents égorgeaient des moutons, d’autres des vaches. Le jour de la cérémonie, tous se réunissaient et on circoncisait les garçons .Il n’y avait pas de dispensaire à l’époque et c’est le « baridjély » (forgeron) qui se chargeait de la circoncision des garçons. C’était un homme qui s’habillait et rouge portait une cloche à son cou. Pour l’opération, il utilisait un coutelas appelé « labaarki ».
Epreuve puis l’initiation loin des parents
« Après l’épreuve de la circoncision, on conduisait les jeunes circoncis en brousse dans un campement près d’une rivière. Là, on leur enseignait les notions élémentaires de la religion musulmane (comment prendre leurs ablutions, comment faire la grande toilette). Les jeunes circoncis passaient la journée en forêt. Ils y apprenaient le travail manuel (le tissage des filets de pêche et des « crintins », la chasse au petit gibier et les règles de politesse. Les « selbés » surveillants ne cessaient de leur donner des conseils. « Vous n’êtes plus des bambins, prenez désormais l’habitude de saluer les gens en venant dans un public. Vous ne devrez avoir la tête nue, vous devrez toujours porter des bonnets » leur disait-on.
Apprendre à vivre en communauté
« Ainsi, après un mois d’initiation à la vie en société, ils revenaient au village et faisaient un tour dans leurs maisons respectives. Dans chaque famille de circoncis, un plat délicieux posé au milieu de la chambre les y attendait. Devant chaque plat, les circoncis ou « béttis » en peulh prenaient chacun une poignée qu’ils jetaient sur le mur, juste au-dessus de la porte. Les femmes désireuses à leur tour d’avoir des garçons mangeaient de cette nourriture tout en priant le bon Dieu de leur donner à leur tour des garçons ».
« Après avoir fait le tour du village, les garçons se retournaient à leur campement pour y passer leur dernière nuitée. Puis le lendemain, les ainés qui étaient chargés de veiller sur chaque jeune les raccompagnaient un à un chez eux. On cousait le « bila » ou (tenue de circoncis) qu’ils portaient en « thiaya » (sorte de pantalon) et en caftan. On leur cousait également des bonnets. Ils tenaient entre les mains des bâtons. C’est cette tenue que mettront les circoncis pour se rendre à la prière du vendredi ».
Nos regrets des temps anciens
« Je regrette beaucoup parce que maintenant, personne ne respecte tout ce rituel. Pour notre tradition, la circoncision ancestrale est meilleure que l’actuel. Si c’est l’infirmier qui circoncit, on interdit aux circoncis de se laver tant qu’ils ne seront pas guéris. Et la guérison prenait environ deux semaines. Or, si la circoncision s’est faite avec le « labaarki », la guérison ne tarde pas. On peut laver le circoncis à la rivière, on peut être sûr que dans une semaine plus tard qu’il sera complètement guéri. »
Propos recueillis par Adama Diaby à Kédougou pour xibaaru.com