Kédougou : Le « Tuppaal » ou « bac à sel » une vieille tradition qui tend à perdre de sa valeur

Le reporter de xibaaru.com vous plonge au cœur de l’organisation du « tuppaal » ou cérémonie de bac à sel, une vieille fête ancestrale connue en milieu peulh.

Il y a de ces faits et gestes qui traduisent l’attachement de l’homme à sa culture. Ces valeurs si chères à l’homme sont en train de disparaître progressivement laissant la jeune génération sans repères. D’où l’éternelle crise des valeurs qui sévit chez la jeunesse Sénégalaise.

tupaal 2 A l’occasion de la traditionnelle cérémonie du « bac à sel » organisée ce mercredi 31 Août 2016  par Samba Woury Diallo, notable à Ibel, Talibé Bâ apporte quelques éclairages.

« La cérémonie du bac à sel ou «  tuppaal » en langue locale peulh est une tradition ancestrale. Il s’agit simplement de donner du sel au troupeau  (bœufs, veaux, vaches…). Il faut  également piler des feuilles, des racines et des écorces d’arbres  et les mélanger avec du sel et de l’eau. Le liquide gluant qui en résulte sert à abreuver le troupeau »  a confié M Talibé Bâ, notable à Ibel.

Cette tradition ancestrale est bien respectée à Ibel. Depuis l’ère des ancêtres, chaque père de famille propriétaire de troupeau organise la cérémonie du bac à sel selon sa convenance entre le mercredi ou le samedi. Cette fête  a lieu 3 fois par an (la première en fin de saison sèche, la seconde en milieu d’hivernage et la troisième en fin d’hivernage. Parfois, il arrive que plusieurs familles unissent leurs forces pour organiser cette fête en commun et le même jour.

Ce mercredi 31 Août 2016, le vieux Samba Woury Diallo a choisi  Tikka Dialla, lieu habituel pour organiser cette cérémonie de bac à sel consistant à donner du sel aux vaches.

tupaal 3«  Tout un rituel accompagne cette cérémonie. Il y a des offrandes à faire. Pendant la course, il ne faudrait pas accepter qu’un bœuf mâle ou une femelle qui n’a pas encore mis bas soient les premiers à boire dans le bac à sel…Le mélange d’écorces , de racines et de feuilles et le sel ont une fonction curative et préventive pour le bétail. Ainsi pourra-t-il se multiplier au fil du temps » a confié M Samba Woury Diallo

Les signes annonciateurs de la disparition progressive de cette importante cérémonie apparaissent de plus en plus.

« Il y a beaucoup de changements dans l’organisation de cette fête qui tend à se moderniser. Le travail est maintenant réduit à cause de la paresse des jeunes d’aujourd’hui. Autrefois ce sont les jeunes qui partaient en brousse pour creuser certaines racines qui présentement sont introuvables aux alentours du village. Il va falloir parcourir plusieurs kilomètres pour en trouver. Personne ne pourra supprimer l’organisation de cette cérémonie de bac à sel » a confié M Talibé Bâ, notable à Ibel

L’éloignement des plantes dont les racines sont si convoitées dans le dispositif préparatoire à la cérémonie du bac à sel ne justifie-t-il pas en partie l’avancée de la dégradation de l’environnement ?

Loin de là, certains vieux transmettent les connaissances ancestrales liées à l’organisation de ce rituel en vue de sa perpétuation dans l’avenir si toutefois le troupeau résistait face aux maux de la société actuelle notamment le vol de bétail et les maladies.

Adama Diaby à Kédougou pour xibaaru.com