Interdiction de Prières à la Mosquée inachevée de l’Aéroport de Yoff !!!

Dans un article de presse, signé : Harouna Fall, nous apprenons avec stupéfaction qu’un rapport d’enquête fait sur la mosquée inachevée de l’aéroport Léopold Sedar Senghor, recommande la destruction de l’institut islamique attaché à la dite mosquée et l’interdiction de prières dans celle-ci !
Le même article révèle qu’une décision prise le 12 novembre 2015 par les Autorités a fait arrêter les travaux d’élévation de la mosquée « pour des raisons sécuritaires, liées à la fameuse menace terroriste… » . Pour justifier une telle décision, l’on nous dit que : « la mosquée surplombe le pavillon présidentiel de l’aéroport Léopold Sédar Senghor…Ce qui pourrait constituer une menace pour la sécurité du président de la République ! ».
Il importe de rappeler que la construction de la mosquée avait commencé du temps du Président Léopold Sedar Senghor qui disait à l’époque que « la construction de la mosquée, qui venait de démarrer, ne sera jamais achevée », d’où l’appellation de « la mosquée inachevée »…
A partir des années 1980, la « mosquée inachevée » fut une tribune islamique de consolidation de notre indépendance socioculturelle et un point de ralliement pour une nouvelle classe d’intellectuels qui prônaient le retour aux valeurs traditionnelles qui ont constitué naguère le socle idéologique de notre patrimoine. C’est ainsi que Mamadou Ndiaye de l’Asecna, feu Dr Daouda Diouf, Serigne Maodo Touré, Serigne Maodo Sy « Dabbakh », Serigne Abdoul Aziz Touré, Serigne Baytir Laye Sène, feu Me Fadhilou Diop, le Pr Iba Der Thiam, l’ingénieur hydraulicien feu Ousmane Fall, le grand et talentueux érudit feu Ibrahima Mahmoud Diop dit Barham, Dr Pape Maguette Camara, feux Pr Assane Sylla et Son Excellence Abdou Latif Guèye, etc., ont jeté les bases de ce qui est devenu, quelques années plus tard, le creuset incontestable du rayonnement intellectuel islamique au Sénégal voire en Afrique de l’Ouest.
Les Autorités de l’époque avaient plusieurs fois tenté, en vain, d’étouffer ce travail de décolonisation intellectuelle, mais la volonté inébranlable des animateurs de ce courant était sans commune mesure avec les efforts de déstabilisation qui fusaient de toutes parts. La génération qui a repris le flambeau de ceux qu’on pourrait appeler « les pères fondateurs » semble avoir baissé la garde au point de se faire encercler par les Autorités politiques qui n’ont jamais voulu de ce projet, qui sert de vitrine à la vitalité de l’islam au Sénégal…Que ceux qui tentent de parachever la volonté Senghorienne tendant à faire de sorte que la mosquée ne soit jamais achevée se ravisent. Ce fleuron de l’islam est une sorte de musée qui renferme autant de souvenirs pour toutes les générations à venir. Il rappelle tout un parcours de résistance et d’enracinement dans nos valeurs islamiques, jalonné par des péripéties qui servent de boussole à une jeunesse en perte de repères.
Détruire l’institut islamique ou interdire les prières dans cette mosquée, devenue un patrimoine de l’universel, équivaudrait à effacer la mémoire de toute une génération et à enfouir à « Mbeubuess » une partie de notre glorieuse histoire !
Il est vrai que la lutte contre le terrorisme, même virtuel, est une œuvre patriotique, mais elle ne devrait pas pour autant déboucher sur une déclaration de guerre contre les symboles de l’islam.
Plus qu’un simple lieu de culte ou d’enseignement, la mosquée inachevée de l’aéroport Léopold Sedar Senghor et ses dépendances sont devenues des symboles vivants de l’islam au Sénégal… « Ne touchez pas à notre mosquée » !
Mamadou Bamba Ndiaye
Ancien Ministre des Affaires Religieuses