Escroquerie, faux… : malversations financières de plus de 800 millions de FCfa à la Sar

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Le directeur général de la société de courtage en assurance « Massa International », Chérif Ahmadou Sène, a comparu libre hier, devant le tribunal correctionnel de Dakar, pour escroquerie, faux et usage de faux en écriture de banque et abus de confiance. Ce, au préjudice de la Société africaine de raffinage (Sar) et de son ex-directeur général Jean Michel Seck. Les deux parties civiles réclament plus de 2 milliards de F CFA au courtier. Délibéré au 20 avril prochain.

L’ex-directeur général de la Société africaine de raffinage (Sar), Jean Michel Seck, veut laver son honneur. Puisque, dit-il, depuis qu’il a quitté la direction de ladite société en février 2009 pour aller travailler pour le compte de Total Paris en France, son nom ne cesse d’être sali. On l’a accusé d’avoir touché « frauduleusement » la somme de 463 millions F CFA appartenant à la boîte. Ainsi, le 31 décembre 2009, Me Christian Faye, agissant pour son compte, a saisi le procureur de la République d’une plainte  contre le directeur général de la société de courtage en assurance « Massa International », Chérif Ahmadou Sène. Il a fait observer que, courant 2008, l’ancien Dg de la Sar avait appris que deux chèques d’un montant respectif de 234 millions de F CFA et de 170 millions de F CFA ont été émis en son nom aux titres d’une prime d’assurance retraite et tirés par le sieur Sène sans qu’il n’en soit informé ou qu’il ne reçoive les montants. Lesquels ont été effectivement payés.

Aussi, a-t-il signalé, lesdits chèques étant libellés au nom du plaignant ne pouvaient être payés à un tiers sans endossement. Quatre mois après la plainte de Jean Michel Seck, la Sar s’est constituée également partie civile. La cause ? A la suite du décès d’un de leurs employés, la compagnie Amsa assurance, qui a été saisie aux fins d’indemniser les héritiers du défunt, a adressé une correspondance aux responsables de la société pétrolière, les informant qu’aucun paiement de prime d’assurance n’a été effectué pour le compte de la Sar. Alors que le courtier avait émis diverses factures au paiement de primes dues à l’assureur.

Prévenu : « L’ex Dg de la Sar m’a dit qu’il était dans le pétrin et que je devais l’aider »

Le rapport fait par un cabinet d’expert et déposé le 30 juin 2014 a conclu à un préjudice de 1,073 milliard de F CFA subi par la Sar, par le truchement de surfacturations, de chèques non encaissés, entre autres irrégularités imputables à « Massa International ». Finalement, l’écart s’élevait à 404 millions de F CFA. Quant à l’ex-Dg, son préjudice était évalué à 464 millions de F CFA. En effet, un 3ème chèque de 60 millions de F CFA a été découvert.  La Sar n’a reçu aucune quittance  attestant du versement des primes décès, invalidités, au titre des années 2007 à 2010. « J’ai été surpris d’être convoqué, le 5 novembre 2009, par les dirigeants de la Sar qui m’ont révélé l’existence de ces 3 chèques tirés à la Bicis et à Ecobank Dakar. Je n’étais pas au courant de leur circulation. Ce sont des chèques frauduleusement encaissés. Je n’ai jamais reçu un centime », soutient l’ex-Dg de la Sar.
Né en 1953, l’inspecteur d’assurance Chérif Ahmadou Sène, poursuivi pour escroquerie, faux et usage de faux en écritures de banque et abus de confiance, a reconnu avoir encaissé les chèques pour le compte de « Massa International », avant de préciser que c’était à la demande de Jean Michel Seck à qui l’intégralité de l’argent a été remise. Placé sous mandat de dépôt le 24 août 2010, puis mis en liberté provisoire depuis le 7 décembre de la même année, il a expliqué : « Après les avoir retirés, je les ai versés dans mon compte, conformément aux instructions de Jean Michel Seck. Il ne voulait pas que son épouse soit au courant de ces opérations financières. » Le courtier a signalé que dans le cadre de son mandat pour encaisser un chèque, le plaignant mettait des mentions puis le cachet avant de signer. »Je n’ai jamais imité sa signature. C’est Jean Michel Seck qui signait les factures et il ne me remettait pas de reçu quand je lui donnais les sommes d’argent. On avait des relations amicales, c’est la raison pour laquelle je ne pouvais pas préconstituer des preuves », s’est-il défendu.

Pour étayer ses déclarations, le prévenu a divulgué « des e-mails que lui aurait envoyés l’ancien Dg de la Sar, les 11, 12 novembre et 23 décembre 2009, dans lesquels il lui dictait la conduite à tenir au cas où Total France l’interrogerait, en vue de sauver sa position personnelle ».  M. Sène de dire : « En fait, Jean Michel Seck m’a appelé un jour pour me dire qu’il était dans le pétrin et que je devais l’aider. C’est mon ami d’enfance, c’est pourquoi je lui ai envoyé un message pour lui dire : « Jean Michel Seck, tu n’es pas concerné par le retrait du chèque de 234 millions de F CFA. »

Parquet : « Une personne qui dit : au nom de l’amitié, je suis prêt à faire dans l’illégalité »

Après ces déclarations, l’un des avocats de l’ex-Dg, Me Alassane Cissé, a d’emblée déclaré que Chérif Sène a fait preuve d’une « mauvaise foi maladroite ». A l’en croire, le préjudice de cette affaire est considérable, hormis le préjudice moral subi par son client. L’avocat a réclamé la somme de 464 millions de F CFA, en plus de celle de 500 millions de F CFA, en guise de dommages et intérêts. Pour son confrère Me Massokhna Kane, l’ancien footballeur est « un artiste du ballon rond, mais également un artiste pour escroquer ». « Il a reconnu avoir encaissé l’argent sur les ordres de Seck pour le payer en espèces. Il faut être fou pour donner cette somme sans décharge. C’est un gros mensonge. Il n’a produit aucune preuve, si ce n’est le sms. C’est irréaliste », a lancé la robe noire.

Conseils de la Sar, Me Bidjélé Fall et Borso Pouye ont réclamé 1,080 milliard F CFA pour toute cause et préjudice confondus, en sus d’une peine assortie de la contrainte par corps au maximum. « Chérif Sène est un surdoué et il prend les autres pour des demeurés », a lancé Me Pouye. Selon elle, la Sar reproche au prévenu des surfacturations sur la police des biens, des personnes et celle relative au non-versement des primes d’assurance. « Sous les directives de prévenu, Carmelho Sagna a bénéficié d’une prime de 20 millions de F CFA, alors qu’il n’en a pas droit. Il a retourné l’argent quand il a entendu que la justice a été saisie dans cette affaire », a révélé l’avocate. Pour sa part, le parquet a requis 4 ans contre le courtier. Non sans dire au tribunal : « Vous êtes en face d’une personne qui vous dit qu’au nom de l’amitié, je suis prêt à faire dans l’illégalité. »
Le conseil de la défense, Me Sady Ndiaye, soulignera que les chèques ont été libellés pour le compte de « Massa International ». « Vous ne verrez que ce nom sur les documents et pas celui de mon client. Et ‘’Massa’’ n’est pas renvoyé par devant vous, par conséquent, vous ne pouvez pas condamner une personne qui n’a pas fait l’objet d’un renvoi devant votre juridiction », a-t-il dit au juge. Sur ce, Me Ndiaye a demandé la relaxe pure et simple pour Chérif Ahmadou Sène. C’est le 20 avril prochain que le tribunal correctionnel de Dakar va statuer sur ce dossier.

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