Au camarade CHARLES GUEYE : un fils du peuple, un combattant resté debout jusqu’au bout

Le camarade Charles GUEYE nous a quitté, pour l’éternité, ce lundi 7 Décembre 2015. Il fut pour moi un camarade, un ami, un compagnon, un jumeau, un autre moi-même. Ensemble, nous nous sommes engagés dans la lutte pour la cause de notre peuple. Depuis 1958, date de notre adhésion au Parti africain de l’Indépendance, lui à Saint-Louis, moi à Diourbel. La lutte pour l’indépendance de notre pays et pour la transformation socialiste de son économie a constitué le lien fort de notre compagnonnage qui est allé en se renforçant et en se consolidant jusqu’à  ce matin du lundi 07Décembre 2015 où Dieu a fait qu’il a rendu son dernier souffle dans mes bras, et devant son ami Ibou DIALLO.

Qui était Charles GUEYE ?

12 Octobre 1940 – 07 Décembre 2015, 75 ans révolus dont toute la partie adulte, a été offerte généreusement à son peuple. Militant du Parti africain de l’Indépendance il a participé à toutes les luttes du mouvement révolutionnaire et démocratique de son pays qui a crée les conditions de l’avènement de l’indépendance nationale. Aussi bien dans les luttes légales que clandestines. Il a été de tous les combats. Son engagement militant lui a valu une incarcération dans les geôles de Senghor où il a purgé une peine de 10 ans révolus (3650 jours de privation de liberté). A sa sortie de prison il a rejoint les rangs pour continuer la lutte avec ses camarades sous les formes imposées par l’évolution de la situation.

Incorruptible, et digne, il avait choisi de faire don de sa personne à son peuple et s’était engagé dans l’action devant mener à l’unification de sa famille politique qui est la gauche.

Avec des camarades de la même trempe, Abdoul Aziz DIAGNE, Mandiaye GAYE, Mamadou FAYE, nous avons crée une structure de réflexion et d’action sous la dénomination de : Observatoire républicain pour la démocratie et la citoyenneté (ORDC) qui nous a permis d’assumer notre part de responsabilité dans les luttes de notre peuple pour plus d’indépendance, plus de liberté, plus de démocratie et plus de progrès. En plus des productions théoriques sorties de nos séances de discussions, l’ORDC évoluait sur le terrain de l’action politique en adhérant à toutes les organisations que les forces d’avant-garde de notre peuple mettaient sur pied pour encadrer leurs luttes. C’est Charles qui représentait l’ORDC dans toutes les conférences des leaders de ces différentes structures de lutte. Il l’a été dans le MAG, le CPC, la CPA, le FSS, l’IRC, le BSS, le BBY, le collectif des six, la coalition Jubanti Sénégal, les Assises nationales, les pré-assises et assises de la gauche qui ont crée la CDS dont il est membre de la Conférence des leaders. Il a été présent partout où se jouait le destin de son peuple. Véritable fils du peuple.

L’ORDC avait aussi des séances de travail périodiques  avec le Maodo, Mamadou DIA, avec la présence permanente de Charles. Il a participé activement à l’avènement des deux alternances intervenues depuis 2000. Il s’est investi sans relâche dans le cadre de BSS pour le rapprochement des positions divergentes dans le but de réaliser la candidature unique.

A deux, nous organisions des visites nocturnes auprès de beaucoup d’imams de la région – dont certains se sont souvent signalés à l’opinion par le biais de la presse – pour des séances de discussions qui se prolongeaient tard dans la nuit. Des rencontres enrichissantes pour les deux parties.

A deux, nous avions institué une rencontre hebdomadaire au cours de laquelle nous avions l’habitude de passer en revue les problèmes du pays, de la sous-région, de l’Afrique et du monde.

Les analyses de Charles étaient brillantes, larges, profondes et très pertinentes.

Ainsi, chaque dimanche que Dieu fait, nous nous retrouvions dans son salon où, pendant trois heures d’horloge, nous échangions, sur la situation nationale et internationale.

Awa LAKH, son épouse exemplaire était toujours là et participait aux débats.

Le dernier dimanche est celui de la veille du jour fatidique où on a eu à parler de mon voyage à Touba pour les besoins du grand Magal. La dernière phrase qu’il m’a adressée était qu’« il éprouvait le besoin d’aller au Point E pour acheter un gâteau d’anniversaire pour son petit fils. »

Charles était clairvoyant, ses analyses étaient pertinentes ce que lui permettait sa longue expérience de vieux militant révolutionnaire marxiste léniniste. On sortait toujours revigoré de ces discussions comme d’une séance d’entrainement sportif.

Incorruptible et digne, Charles appartenait à cette race d’hommes qui n’ont d’autre ambition que de servir et non se servir.

Servir le peuple en s’oubliant, tel était son crédo. Charles répugnait à tendre la main, à demander service, à exposer des problèmes personnels ou familiaux. La preuve, il est parti en laissant sans emploi donc dans les affres du chômage, son unique fils, Ameth Takhoula GUEYE, marié avec un enfant et un diplôme de licence en transports logistiques (consignation maritime) obtenu depuis 2008/2009.

Tel était l’homme. Un combattant hors pair.

Camarade Charles repose en paix.

Ton combat nous continuerons de le porter et de lever toujours plus haut son étendard jusqu’au jour où nous te rejoindrons, avec la claire conscience que des hyènes à peau de chèvre toujours de plus en plus nombreuses, continuent d’envahir la bergerie.

Dakar le 11 Décembre 2015

Alla KANE

Ton compagnon de toujours

Kane_ alla@yahoo.fr