Ces nuages sombres qui annoncent une année scolaire orageuse

Le ministre de l’Éducation nationale, Serigne Mbaye Thiam, souhaite une année scolaire sans perturbation. « Le gouvernement travaille à cela », a-t-il confié lors d’un séminaire de trois jours qui avait pour thème : « Une gouvernance efficace pour relever les défis ». Pour le secrétaire général du Saems-Cusems, Mamadou Lamine Dianté, l’objectif est réalisable, mais ce n’est pas gagné. « Je crois que rien n’est impossible, a-t-il posé. Il suffit tout simplement de la bonne volonté de la part des autorités gouvernementales. S’il n’y a pas la concertation, c’est la confrontation qui s’impose et dans la confrontation, personne ne gagne. »

Il faut dire que le départ, pour une année scolaire apaisée, est mal engagé. Jusque là, le gouvernement n’a pas rencontré les syndicats pour discuter des points de leurs désaccord et essayer de trouver des solutions. Pourtant les acteurs avaient appelé les deux parties à mettre à profit les grandes vacances pour arriver à un consensus.

Comme pour se rattraper, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé une rencontre les 26, 27 et 28 septembre. Mais si les syndicats sont conviés aux discussions, celles-ci sont élargies aux parents d’élèves et aux organisations de la société civile intervenant dans le domaine de l’éducation. Un cadre a priori peu propice pour aborder les revendications des enseignants. « C’est presque trop tard, souffle Dianté. Car d’ici à la rentrée des classes, il n’est pas certain qu’on puisse mettre quelque chose de consistant sur la table. »

« Vers un syndicalisme de développement »

Le secrétaire général du Saems-Cusems est pessimiste d’autant plus que, selon lui, le gouvernement n’a pas respecté un certain nombre d’engagements pris devant le porte-parole de la confrérie Tidjane et le khalife des mourides, qui avaient offert leur médiation dans la crise scolaire de l’année dernière. « Le premier engagement qui a été pris est celui-là qu’on a fait dire à Al Amine que le président de la République allait rencontrer dans les meilleurs délais les syndicats d’enseignants. Cet engagement n’a pas été respecté », balance Dianté. Non sans reconnaître qu’« il y a quand même des efforts qui ont été faits », par exemple pour ce qui est « des rappels d’intégration qui ont commencé à être payés ».

Au chapitre des autres manquements imputables au gouvernement, d’après le responsable syndical, l’absence d’accord entre les inspecteurs et la tutelle à propos de la formation diplomante, la non-exécution des passerelles professionnelles et le retard dans l’ouverture des négociations portant régime indemnitaire des enseignants.

Le gouvernement a intérêt à vite se pencher sur ce passif pour dissiper les nuages sombres qui s’amoncellent au-dessus du secteur de l’éducation. D’autant que le Saems-Cusems va profiter de son congrès, les 24 et 25 septembre, pour mettre en place de nouvelles stratégies de lutte pour « faire face à cette nouvelle trouvaille du gouvernement, qui est un gouvernement de répression », consistant à faire des ponctions sur les salaires des grévistes et à la réquisitionner. « Nous y travaillons au sein de notre organisation syndicale depuis quelques années, en essayant d’aller lentement mais surement vers un syndicalisme de développement qui nous permettra d’avoir une autonomie financière suffisante pour faire face à d’éventuelles coupures de salaire pendant les périodes de grèves. »

Dans tous les cas, le gouvernement est appelé à négocier avec un autre syndicaliste que Dianté, qui ne briguera pas un troisième mandat à la tête du Saems-Cusems. À moins qu’il ne rempile à la tête du Grand Cadre dont il est le coordonnateur, au mois de janvier prochain, lors de la plénière d’évaluation de son mandat.