Casamance : la restauration de la mangrove fait renaître de l’espoir dans plusieurs villages

Albadar. Dans ce village de la Moyenne Casamance, un projet de reboisement de la mangrove fait renaitre l’espoir chez les populations. Sous un soleil au zénith, le paysage ombrageux qui recouvre les toitures des maisons en zinc jaunies par le temps laisse à peine passer les rayons du soleil.  Ici, aux confins de la station touristique de Kafountine, les rangées d’orangers et de manguiers font apparaitre leurs premiers fruits.Réunis à la mi-journée sous un grand manguier, les habitants d’Albadar accueillent une délégation de Wetlands International, une ONG hollandaise qui s’active dans la conservation de l’environnement. En collaboration avec la coopération allemande (BMZ), des services techniques de l’Etat et des organisations villageoises, Wetlands International initie des projets de reboisement de la mangrove depuis quatre ans, dans la zone sud du pays.

En compagnie des populations, la délégation emprunte un sentier en latérite à bord de véhicules bondés. Après des centaines de mètres, la petite brise qui frappe en ce temps ensoleillé annonce la présence d’un cours d’eau. A l’approche de la mer, les membres de la délégation, vêtus de gilets de sauvetage remis par les agents de l’aire marine protégée de la zone, montent à bord d’une embarcation pour aller visiter en haute mer, le projet de reboisement de mangroves initié par cette ONG, en partenariat avec des services techniques et les populations.

Au bout de quelques minutes, sur une bande maritime calme, l’on aperçoit des rangées de mangroves à perte de vue. De petites plantes supplantées par quelques feuilles qui flottent sous l’effet du vent et nettement distincts, du fait d’une marrée base.

La belle vue qu’offre l’environnement avec ces sillons de mangrove qui poussent sur une superficie de près de 30 hectares, illumine le visage des visiteurs visiblement tombés sous le charme de la bonne tenue des plantes. Le but de ce projet étant de réhabiliter un site où il y avait une intense activité de pêche avant la disparition du cordon de protection que constituait la mangrove.’’C’est incroyable ! Nous sommes en passe de réussir la restauration de la mangrove dans cette localité qui était jadis un pôle de pêche’’, s’enthousiasme Bakary Diatta, point focal de ce projet de reboisement. ‘’Ici on pratiquait une activité de pêche intense. Cela faisait vivre le village. Mais une sécheresse est venue emporter presque toutes les mangroves’’, raconte M. Diatta, pantalon retroussé et pieds perdus dans une terre boueuse sur laquelle personne ne s’aventure avec des chaussures.

Bonnet bien vissé sur la tête, le gilet de sauvetage flottant sous l’effet du vent, Bakary Diatta reconnaît et regrette ‘’la main de l’homme’’ dans la dégradation de la biodiversité qui a couté cher à son village. ‘’On venait souvent ici pour trouver du bois et des feuilles de mangroves pour les plafonds dans nos maisons. Les jeunes aussi s’adonnaient à cela pour trouver de quoi vivre en vendant les branches et feuilles de mangroves à des propriétaires d’hôtels et de campements dans cette zone touristique’’, dit-il, signalant un ‘’changement de cap’’. ‘’La sensibilisation a porté ses fruits. Aujourd’hui personne n’ose ni pense couper la mangrove. Les communautés ont maîtrisé les enjeux autour de l’utilité de cette plante quant à la bonne marche de nos activités de pêche et d’autres’’, se félicite Bakary Diatta.‘’Ce sont les communautés qui tirent profit de ce projet de reboisement de la mangrove. Quels intérêts devons-nous avoir à agresser notre propre gagne-pain ?’’, s’interroge-t-il, avant de regagner avec le reste de la délégation l’embarcation dont le conducteur ne cessait d’appuyer sur une sorte de poignet pour chauffer le moteur.

Un périmètre maraîcher comme mur de protection

Pour accompagner les populations dans la restauration de la mangrove, les responsables de l’ONG Wetlands International n’ont pas fait que reboiser. Ils ont trouvé d’autres astuces pour atténuer la pression sur la mangrove.

A la sortie du village d’Albadar, un mur fait de grilles, de fils de barbelés et de branches d’arbres attire l’attention des visiteurs. Il s’agit du périmètre maraîcher d’Albadar, un projet de gestion de la mangrove géré par les femmes et les jeunes.

Dans ce site de 3,5 hectares, des parcelles de marachages sont bien délimitées. Des oignons, de la tomate et du piment constituent les principaux produits. Un puits de pompage doté d’un groupe électrogène, des matériels d’arrosage, des brouettes, des pelles et autres outils agricoles renseignent sur la vocation maraichère des lieux. Ce périmètre maraicher piloté par Wetlands International et financé par la coopération allemande est une sorte d’alternative pour avoir de quoi s’occuper et laisser la mangrove au repos. ‘’C’est nous mêmes qui allions en mer pour agresser la mangrove, trouver des branches et feuilles pour construire nos maisons, ou vendre à des installations hôtelières’’, reconnaît Ansoumana Diatta, responsable de l’association qui regroupe les jeunes d’Albadar. ‘’On était obligés d’aller chercher de la mangrove pour construire les plafonds de nos habitations. Mais c’est désormais un souvenir depuis deux ans, parce que nous avons de quoi nous occuper ’’, confie-t-il.‘’Nous travaillons avec les communautés à travers des projets de reboisement de la mangrove, mais aussi pour le développement d’activités génératrices de revenus, comme l’illustre ce périmètre maraîcher qui permet aux populations de disposer de produits de commercialisation comme les légumes’’, déclare Ibrahima Thiam, directeur de la région Afrique de Wetlands International. ‘’Cela permet de diminuer la pression sur la mangrove. La coupe du bois de la mangrove était l’unique activité génératrice de revenus pour plusieurs jeunes du village d’Albadar. Ce périmètre est fonctionnel depuis seulement quatre mois. Une plus grande partie va être emblavée pour d’autres pratiques culturales’’, promet Ibrahima Thiam.

Un mirador pour signaler les infractions en mer

En quittant Albadar pour la localité voisine d’Abéné, l’on a l’impression de parcourir le même village. Seule une brise de mer persistante confirme l’arrivée à la plage d’Abéné. L’endroit grouille de monde. Une rangée de pirogues au-dessus desquelles des drapelets de plusieurs pays africains flottent, des tas des débris d’écailles de poissons et de coquillage, des abris faits de tiges de filaos ou de crintins sont visibles un peu partout. Au dessus de ces petits abris, des étales de poissons pour le séchage.

Les femmes transformatrices et les mareyeurs assis à même le sol, guettent au dessus des vagues de plus en plus fortes, l’arrivée des pirogues. Quelques touristes blancs s’amusent non loin des vagues, une fumée noire se dégage à un jet de pierres chez un groupe de femmes qui transforment de façon artisanale les poissons frais en poissons fumés.

Mais ce qui attire l’attention par dessus tout, c’est la présence d’un mirador construit avec un entrelacs de branches d’arbres, de feuilles et d’herbes. Il faut emprunter trois à quatre échelles pour arriver au sommet de ce mirador, point culminant de la plage d’Abéné où un projet de gestion durable de la mangrove est en cours de réalisation.‘’Ce mirador très élevé permet de faire une surveillance de la mer pour signaler les infractions. Il nous arrive de signaler et d’arraisonner des bateaux sénégalais qui pêchent dans les eaux gambiennes ou vice versa’’, explique un membre de l’Aire marine protégée d’Abéné, un village touristique situé à quelques encablures de la Gambie.‘’Nous disposons d’une rangée de mangroves en mer, nous faisons la surveillance avec une quarantaine d’éléments qui se relaient au mirador pour éviter la coupe de bois dans le cadre d’un projet de gestion durable de la mangrove’’, ajoute-t-il.

Ce mirador constitue aussi un objet d’attraction touristique. ‘’Nous faisons des rentrées financières avec ce mirador. Les touristes qui viennent sont tentés par l’envie de monter et de découvrir en contrepartie d’une somme financière’’, poursuit Mamadou Konta, un acteur touristique de la zone. Albadar et Abéné font partie de ces zones ciblées par le projet de réhabilitation de la mangrove par Wetlands International, une ONG hollandaise qui s’active dans la restauration de la biodiversité, la conservation de l’environnement, la gestion des zones humides et l’adaptation aux changements climatiques.

Source Aps