Violée, elle pardonne et écrit un livre avec son agresseur

Thordis Elva avait 16 ans quand elle a été violée. C’était en 1996 et son agresseur s’appelle Tom Stranger. Bien des années plus tard, Thordis et Tom ont écrit un livre ensemble dans lequel ils parlent du pardon et de l’horreur qui a suivi ce qui restera pour tous les deux « le moment le plus sombre de leur vie ». Thordis a pardonné à son violeur. Elle n’attend pas servir d’exemple. Elle souhaite juste montrer que la guérison après l’agression est possible.

Tom et Thordis sortaient ensemble à l’époque. Elle vivait en Islande et Tom était là pour y étudier quelques mois. Elle se souvient de la nuit qui a tout fait basculer. Elle était ivre et a été incapable de repousser Tom. « J’ai silencieusement compté les secondes jusqu’à la sonnerie de mon réveil et depuis ce jour, je sais qu’il y a 7200 secondes en deux heures. J’ai pleuré pendant des semaines mais cet incident ne correspondait pas aux idées que j’avais sur le viol, comme je l’avais vu à la télévision. Tom n’étais pas un taré armé, il était mon copain. » Leur couple a sombré rapidement, Tom est rentré en Australie.

Tom a expliqué lors d’une conférence donnée à San Francisco en octobre dernier (à voir ici) qu’il ne voyait pas ça, lui non plus, comme un viol. Mais il avait honte et il culpabilisait. Thordis, pendant ce temps, gérait très mal le non-dit. « J’ai fait une dépression nerveuse à 25 ans. J’étais consumée par la haine et la colère que je ressentais contre moi. » Elle a décidé d’écrire une lettre à Tom, pour lui parler de tout ce qu’elle ressentait. Ils ont débuté une correspondance longue de huit ans. Ils ont passé une semaine ensemble à Cape Town, pour discuter du viol et de l’impact qu’il avait eu sur leur vie. Cette discussion a été déterminante pour eux deux.

Tom croit que « ses actions de cette nuit de 1996 » était un délire égocentrique: « J’avais l’impression de mériter son corps. » Quand il a avoué à Thordis qu’il l’avait bien forcée à avoir des rapports sexuels avec lui, « la culpabilité est passée de ses épaules aux miennes ». Thordis confie qu’il lui a fallu des années pour comprendre que la seule chose qui aurait pu empêcher son viol, c’est son violeur en personne. « Ce n’était pas ma jupe, ce n’était pas mon sourire, ce n’était pas ma confiance enfantine, la seule chose qui aurait pu arrêter mon viol, c’est l’homme qui m’a violée. »

A ceux qui critiqueront Thordis parce qu’elle laisse la parole à son agresseur, elle répond: « Je crois qu’on peut apprendre beaucoup en écoutant ceux qui font partie du problème s’ils sont prêts à faire partie de la solution. Connaître leurs idées, leurs attitudes, ce qui a conduit à leurs actions violentes permet de travailler là-dessus, pour les déraciner complètement. » Elle estime que le viol n’est pas qu’une affaire de femmes, loin de là. « L’agression sexuelle est une question humaine et les auteurs, en grande majorité des hommes, ont le pouvoir mais aussi la responsabilité de remodeler la société. »

7sur7.be

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