La pilule a-t-elle un effet sur la libido?

Alors qu’on fête cette année les 50 ans de la loi Neuwirth, qui a autorisé la pilule, il reste de nombreuses questions en suspens pour les patientes qui constatent parfois une baisse de leur libido…

« J’ai repoussé mon conjoint trop souvent, raconte Solène. Après avoir multiplié les effets secondaires indésirables, « migraines, perte d’odorat et de goût, crises d’angoisse, jamais envie de son conjoint », Solène a arrêté la pilule en septembre 2011. « J’ai mis un an et demi à avoir mon premier vrai cycle et un poil plus pour retrouver une libido », avoue cette internaute qui a répondu à notre appel à témoignages. Et au vu des très nombreuses femmes qui nous ont confié leurs aventures plus ou moins heureuses avec leur pilule, les effets négatifs sur la libido sont fréquents.

Un impact négatif différent selon les patientes

Pour Bernard Hédon, chef du service de gynécologie-obstétrique à Montpellier, « une patiente sur dix environ remarque un effet positif ou négatif sur la libido d’une contraception hormonale. Mais pour six femmes sur dix, cet impact est négatif. Mais pour le moment c’est un constat pragmatique et non scientifique qu’on a du mal à expliquer. »
« Oui il y peut y avoir une baisse de la libido avec la pilule, mais elle dépend du type de pilule, de la patiente et prend différents degrés », confirme Astrid Lepagnol, gynécologue.

Un tabou pour les gynécologues

Il est pourtant rare qu’une femme, quand on lui prescrit une pilule, soit alertée sur cet éventuel effet secondaire : une baisse de libido. Mais petit à petit, les langues se délient et à force d’entendre des patientes se plaindre d’un désir mis en sommeil, les médecins s’y intéressent. « Mais c’est vrai que cette question reste taboue, reconnaît Dr Astrid Lepagnol, gynécologue à Paris. Ce qui est important pour un médecin, c’est que la contraception soit efficace et de soulager la douleur. L’effet sur la libido est donc secondaire. »

Quel lien entre pilule et libido ?

Raison pour laquelle, sans doute, on trouve pour le moment peu d’études sur le lien entre pilule contraceptive et libido. Une enquête en Allemagne datant de 2010 montrait tout de même que « la contraception hormonale lorsqu’on la compare avec les autres moyens contraceptifs, est associée à une baisse du désir et de l’excitation sexuelle ». Mais les chercheurs précisent que la cause n’est pas claire. Une des hypothèses concerne… une hormone masculine. En effet, la progestérone, (également présente chez les femmes) est fabriquée par les ovaires et joue un rôle important dans le désir sexuel. Mais la pilule réduirait la production de testostérone et augmenterait à l’inverse une protéine, la SHBG, qui rend inactive cette hormone du désir.

Des différences entre pilules

Et l’effet est corrélé à la nature de la pilule également. « Les pilules de 3e génération sont censées être plus favorables à la libido », avertit Caroline Reiniche, sage-femme. A l’inverse, une libido en berne peut être liée à une pilule progestative, c’est-à-dire qui ne contient que de la progestérone. « Or, si la progestérone est l’hormone du sommeil, l’œstrogène est celle du plaisir », synthétise Astrid Lepagnol. Et un manque d’œstrogène peut également provoquer une sécheresse vaginale qui peut rendre les rapports sexuels douloureux…. Et freiner encore davantage le désir.
« Il peut y avoir aussi un aspect psychologique : pour certaines femmes l’absence de cycle et de fertilité peut influer sur leur désir », reprend Astrid Lepagnol. Autre aspect de la question : l’âge de la patiente. « En général, les jeunes filles qui commencent à prendre la pilule s’installent dans une relation stable, ce qui peut aussi amoindrir l’excitation. »
Mais si en général, les femmes se plaignent plutôt de constater un désir freiné, certaines patientes vivent la prise de pilule comment une libération. « Certaines patientes, qui ne sont plus parasitée par le risque de tomber enceinte et par des douleurs lors des règles, voient leur libido augmenter », reprend la gynécologue. En effet, pour les femmes qui souffrent d’une endométriose (une femme sur dix environ) ou de syndrome prémenstruel (douleurs, gonflements, fatigue, maux de tête…) la prise de pilule (notamment en continu pour éviter d’avoir ses règles) peut éviter des douleurs… pas toujours compatibles avec le désir.

Quelles sont les solutions ?

Premier réflexe, adapter sa contraception. « On ne peut pas savoir quand on prescrit une pilule si elle aura un impact sur la libido. Chaque femme est différente, il faut donc tester d’autres pilules ou passer au stérilet non hormonal », explique Bernard Hédon, chef du service de gynécologie-obstétrique à Montpellier.
Et pour les femmes qui doivent continuer à prendre une pilule progestative pour des raisons médicales, notamment un risque de cancer du sein ou de tromboses, un cholestérol trop haut, une endométriose ? « Il existe des crèmes, des gels lubrifiants à mettre en continu ou pendant les rapports qui peuvent lutter contre la sécheresse, conseille Astrid Lepagnol. Mais rien que le fait de savoir que cette baisse de libido est liée aux hormones permet de déculpabiliser ces femmes, qui peuvent être partie prenante et mieux comprendre leurs corps. »

Autrepresse

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