Un projet de 10 milliards embarrasse le ministère de l’Environnement

Qui du ministère de l’Environnement et du développement durable et du Conseil départemental de Mbacké devra exercer la tutelle du projet agroforestier de Mbacké ? Un pactole de dix milliards attendu de la Boad attise les passions et les convoitises…
La collectivité locale est toutes griffes dehors et n’entend en aucun moment céder la tutelle du projet agroforestier de Mbacké au ministère de l’Environnement. Le 14 septembre passé, lors de la session ordinaire du Conseil départemental, le président Fallou Mbacké, dans son rapport introductif, annonçait la couleur en disant : «Je vous invite tous à une mobilisation sans faille pour que ce projet de la plus haute importance dont nous avons relancé toutes les procédures pour obtenir la confirmation de son financement soit conduit par le Conseil départemental. En effet, avec la territorialisation des politiques publiques, consacrant les conseils départementaux comme porte d’entrée de toutes les politiques d’impulsion du développement économique et social des territoires, nous n’accepterons pas que les velléités du ministère de conduire ce projet soient concrétisées.»
L’édile du département ajoutait en face de ses collègues pour montrer sa détermination : «Nous sommes prêts à mener cette bataille partout, surtout que la phase 2 du Pagf a connu un retard de 4 ans dans sa mise en œuvre, consécutif aux tiraillements entre la tutelle et le responsable du projet. Ce schéma de pilotage qui date des années 2000 est inopérant et en plus obsolète. Et nous avons bien signifié que nous comptions exercer entièrement nos droits en toute souveraineté pour ce qui concerne le pilotage et la mise en œuvre de ce projet structurant hautement stratégique qui se chiffrera vraisemblablement, au terme de sa réactualisation, vers les 10 milliards de Francs Cfa.»
Et le président du Conseil départemental de Mbacké de poursuivre : «Pour ce projet, 10 millions de francs Cfa ont été mobilisés grâce au Pndl pour la réalisation d’études.» Le président Fallou Mbacké note dans le rapport présenté aux conseillers et dont Le Quotidien a pu obtenir une copie : «Comme nous vous l’avions annoncé lors de notre dernière session, nos démarches auprès de la Boad ont connu une suite fructueuse. La banque a écrit au ministre de l’Environnement et du développement durable pour lui confirmer sa décision de financer le Pagf 3 destiné au département de Mbacké. Comme nous nous y étions engagés dans le courrier que nous leur avions envoyé, l’étude du projet originel devra donc être réactualisée, car elle date de 2011.»
Déjà le 3 août 2015, le président Fallou Mbacké adressait une correspondance restée sans suite au ministre Abdoulaye Bibi Baldé. Dans cette lettre, il ne manquait pas de lui faire des propositions : «Je vous propose une rencontre en vue d’harmoniser nos positions et de mettre en place une synergie d’actions concertées pour concrétiser cette opportunité de la plus haute importance pour notre département au vu de son impact certain pour l’amélioration des conditions de vie de nos populations. Nous souhaitons vivement que cette rencontre se tienne le plus rapidement possible pour que nous puissions crédibiliser davantage notre démarche commune vis-à-vis de la Boad.»
Du côté du ministère de l’Environnement et du développement durable, des techniciens sous couvert de l’anonymat ont tenu à démonter les arguments du Conseil départemental.
«Ce que le Conseil départemental méconnaît, c’est que c’est le ministère qui exerce la tutelle technique du projet. Autre chose, le financement du projet est un prêt de la Boad qui ne traite qu’avec l’Etat. Nous sommes au regret de constater que le Conseil départemental de Mbacké ne comprenne pas les mécanismes qui sous-tendent la mise en œuvre de ce projet. L’Acte 3 qu’ils évoquent ne saurait être un argument qui leur permet d’exercer la tutelle du projet parce que le directeur est nommé par appel à candidatures et c’est lui qui sera le maître d’œuvre.»