Un des otages de Jammeh raconte sa mésaventure : « Ils ont dit qu’on diabolise les gambiens »

Le pire est derrière lui. Aliou Boye, âgé de 30 ans, est ce guide malchanceux qui a conduit la délégation du ministère de l’Environnement à Diahanka, en terre gambienne. Dans un entretien accordé à EnQuête, le fils du maire de Niaming revient sur leur mésaventure.

« A 10 heures, mon père m’appelle pour me demander de servir de guide à ses invités, en frontière gambienne, plus précisément dans la localité de Diakhaka. Arrivés à la frontière, je leur ai signalé que nous étions sur les lieux et qu’à cause du blocus, nous devions garer la voiture dans la partie sénégalaise de la frontière. Nous l’avons parquée et sommes entrés dans le territoire gambien à pied. Ce fut le téléphone arabe entre les résidents de la localité qui, par coup de fil, se sont passés le mot pour s’enquérir de notre visite. Là, ils sont vraiment devenus agressifs », a expliqué Aliou Boye, fils du maire de Niaming. Poursuivant ses propos, l’ex-détenu de Jammeh d’ajouter : « Ils s’en sont pris à moi en me bousculant et me demandant pourquoi j’étais avec ces personnes. Je leur ai rétorqué qu’ils étaient les invités de mon père. Ils nous ont demandé ce que nous faisions là bas. Je leur ai dit : « Il n’y a rien de particulier, nous sommes entrés dans votre pays comme il a toujours été de coutume ». Mais ils se sont entêtés et ont clamé avec insistance qu’il y avait forcément anguille sous roche à cause des dépôts de bois. En fait, la femme (la stagiaire camerounaise) était en train de filmer les stères de bois avec son téléphone, à mon insu ». « Le chef de village était prêt à nous accorder son pardon lorsque nous lui avons dit être en faute. Mais la foule au dehors lui a mis une pression terrible. Ils lui ont dit que de toute façon, s’il nous relâchait, ils allaient s’en charger eux-mêmes. Et que, par ailleurs, ils avaient déjà averti la police. Quand le chef de la police est arrivé, il nous a soumis à un questionnaire ».

Pour ce qui est des faits qui leurs étaient reprochés, M. Boye explique : « Les policiers gambiens nous ont dit que c’était du fait des images et vidéos du téléphone. En plus, ils ont dit que c’était vraiment suspect que nous soyons en compagnie d’une Camerounaise ».

Sur leur libération, Aliou Boye dira : « Avant de nous libérer, ils nous ont soumis à un autre interrogatoire. Celui qui semblait être le chef de la police de Birkama s’est lancé dans un sermon comme quoi il est hors de question qu’on diabolise les Gambiens pour faire croire au monde qu’ils entrent au Sénégal pour couper illicitement du bois alors que ce sont les Sénégalais eux-mêmes qui se livrent à ce commerce illégal. Puis, ils nous ont dit que l’affaire était prise en main par leur hiérarchie et qu’ils allaient juste se plier aux ordres. Là, nous avions eu peur car nous ne savions pas ce qu’il allait advenir de nous ». Le jeune homme d’indiquer que ses codétenus ont commencé à céder au découragement. « Je leur ai dit de s’en remettre à Dieu. Mais, Makolo est venu nous dire, vers 16 heures, que tout était finalement réglé, que notre ambassade allait venir nous récupérer. Ils nous ont sortis de la grille. Une délégation composée du préfet est entrée en territoire gambien pour nous prendre ».