Samba Diouldé Thiam : « Que restera-t-il des foucades contre Macky Sall ? »

QUE RESTERA T IL DES FOUCADES CONTRE MACKY SALL ?
Le 20 mars 2016, le Sénégal se prononcera sur le projet de texte référendaire que le Président Macky SALL soumet au peuple, seul souverain en dernier ressort.
Une décision sortira de ce scrutin : NON ou OUI.
Examinons l’une et l’autre de ces possibilités.
Le peuple rejette le projet de modification de la constitution en votant majoritairement NON.
C’est à la fois simple et dramatique. La simplicité tient au fait que la constitution de 2001, que le Président WADE a fait voté, avec les modifications intervenues depuis, régira notre vie jusqu’à d’autres modifications.
Parmi les conséquences majeures, outre que toutes les avancées contenues dans le texte n’adviendront pas, quatre d’entre elles devraient retenir notre attention, à titre d’illustration, pour rester dans le domaine politique.
1. Le mandat du président qui sera élu en 2019 sera de 7 ans et non de 5. En bonne logique, l’échec de la réforme devrait interdire pendant une bonne période, pour respecter la souveraineté du peuple, de remettre sur le tapis la réduction de la durée du mandat présidentiel. Alors, de façon raisonnablement prévisible, les présidents feront deux mandats de 7 ans, soit 14 ans. Ce qui est long quand même. Avec le mandat de 5 ans, le peuple souverain garde la possibilité pacifique de se séparer d’avec un bon président, de toute façon, il se séparera de lui après dix ans et c’est tant mieux, parce qu’il évitera d’installer le dirigeant suprême dans la routine de la longue durée.
2. L’intangibilité du nombre de mandats successifs fixé à 2, véritable verrou sécuritaire, pacifique et démocratique s’envole et avec, s’ouvre la possibilité d’une manipulation de la constitution par une alternance de la durée du mandat de 5 à 7 ans ou inversement, pour laisser béante la porte de l’interprétation du nombre de mandats concernés, dixit 2011. Tantôt sur la durée du mandat, tantôt sur le nombre de mandats, et par conséquent les violences politiques à répétitions, voilà ce qui adviendra dans la perspective du NON.
3. La rationalisation et la modernisation des partis politiques et des coalitions de partis politiques, chantier titanesque et sociologiquement compliqué, risque d’attendre longtemps, alors que l’explosion cancéreuse date de mai 1981. Il y a des cancers dont on peut guérir, à condition que n’apparaissent pas les métastases et qu’on passe par les mains expertes d’un bon médecin. Ce chantier devrait ouvrir la perspective proche de faire la politique autrement, de réduire le poids des lobbies sociaux, syndicaux, politiques, économiques, de réduire le poids des grands électeurs, en un mot d’économiser les ressources publiques et de mieux orienter les politiques publiques vers les populations et le développement.
4. La libre implication des candidatures citoyennes dans la gestion des communes et des départements signifierait la fin du monopole des partis politiques sur ces structures décentralisées, assurant la proximité avec les populations. Voilà également une extraordinaire occasion de faire la politique autrement et de contraindre les partis à se réformer.
Les chantiers évoqués suffisent à illustrer ce que le peuple sénégalais renverrait à des décennies s’il choisissait de sanctionner par le NON le texte soumis au référendum.
Et pourtant, chacun des chantiers est potentiellement porteur de modernisation de la société et de l’Etat, de renforcement de la démocratie, d’opportunités pour le développement du pays et son leadership incontestable.
Etre démocrate c’est s’incliner si le peuple disait NON le 20 mars, avec ou sans état d’âme, parce que personne n’a le droit de violenter l’expression souveraine du peuple souverain.
En raison de tous les inconvénients du NON pour le pays et le peuple, pourquoi des personnes intelligentes et parfois talentueuse s’époumonent et gesticulent pour que cette issue triomphe ?
Les partisans du tout ou rien sont en définitive des partisans du rien et de la négation et ils constituent la maladie infantile de la démocratie. Et pourtant, ils ont le droit à une libre existence dans un Etat démocratique.
A quoi cette position peut-t-elle tenir ?
Historiquement, le nihilisme et le maximalisme ont toujours des partisans et des théoriciens, parfois brillants et alors ils sont plus dangereux.
Ils pensent que dans la vie et la société, tout est question de volonté et de volontarisme. Sous ce rapport, en oubliant que chaque être humain est porteur de volonté, les nihilistes et les maximalistes considèrent qu’ils y a des volontés élues à qui échoit le droit de soumettre et de conduire les autres volontés, tous les moyens étant jugés utilisables pour servir cette vision manichéenne.
Voila qui nous amène au cœur de la confrontation de l’éthique de conviction et de la conviction de responsabilité.
Le nihiliste et le maximaliste instrumentalisent le peuple considéré comme un ensemble de sous-êtres dont la vocation est d’être harnaché pour tirer le charriot sur lequel ils sont installés.
Cette catégorie n’est arrêtée dans ses projets par aucune barrière ou considération que par la force opposée ou par l’échec. Ce qui est mauvais aujourd’hui était bon hier ou le sera demain.
Le nihilisme est porteur d’extrémisme et vice versa.
Il semble incompréhensible aux gens raisonnables le comportement des nihilistes ou des extrémistes qui donnent la mort en se détruisant.
Il en va ainsi parce que le nihilisme est avant tout la négation de soi. Dès lors, il est facile de comprendre que l’autre est nié par le nihiliste négationniste dont l’essence est sa propre négation.
De ce fait tout ce qui n’entre pas dans le projet nihiliste n’a pas droit à l’existence et peut et doit être détruit. Le nihilisme c’est l’exaltation du moi et du surmoi, et par effet de renversement, il est abaissement et avilissement de l’autre.
Avec la tournure des débats, on se demande si c’est la constitution qui en discussion ou si c’est la personne de Macky SALL qui est au cœur du brouhaha.
Manifestement ce qui se discute c’est la personne du Président et son expulsion du pouvoir.
Pour ce dernier aspect, l’occasion arrivera en 2019, conformément à la constitution. Attendre jusqu’à cette échéance semblent inacceptable pour ceux qui veulent son départ plus tôt. N’ayant aucun pouvoir légal de le faire partir ni aucune possibilité de le faire par la violence de la rue, ils l’appellent à démissionner. Ce qu’il ne fera pas s’il est sain d’esprit et de corps et je pense qu’il l’est.
La seule chose que l’on reproche au Président Macky SALL c’est son engagement réitéré à raccourcir le présent mandat qu’il exerce. C’est vrai qu’il s’est engagé très fortement et l’a réitéré en diverse occasions. Il l’a fait de façon solennelle.
La question qui est advenue à la suite de la démarche du Président le confronte à un défi : respecter la constitution ou respecter son engagement solennel. Il a pris le parti du respect de la constitution à travers la soumission à la décision du Conseil constitutionnel.
Des gens lui reprochent sa démarche et son choix en dernier ressort. Il faut prendre acte de ces reproches, en retenant que c’est à lui d’agir en vertu de la constitution. Si son choix avait été autre,il aurait encouru des reproches autrement plus graves, y compris par leurs conséquences sur la fragilisation de la justice du pays et les conséquences durables qu’en aurait tiré le monde dans lequel nous sommes.
Le Président s’est assumé. Il reste le verdict du peuple souverain qui obligera tout le monde.
L’évocation des Assises, de la CNRI et du Président MBOW et l’engagement du Président participe du trafic d’influence et de la campagne électorale en faveur du non.
Que restera-t-il des foucades contre Macky ? Rien.
Par contre, quelle que soit la réponse au référendum, il restera, gravé dans l’histoire, que le Président Macky SALL a renforcé le droit et notamment le droit constitutionnel à travers sa soumission à la décision ou avis du Conseil constitutionnel. Il restera qu’il aura conforté l’autorité des juges du Sénégal à travers le juge constitutionnel.
Samba Diouldé Thiam