Pourquoi devrait-on opposer la morale au droit dans la décision des 5 sages ?

Suite au message à la nation du Président de la République du mardi 16 février 2016, différentes réactions aussi bien diverses que variées ont fusé de partout. Allant du citoyen lambda aux plus éminents juristes sénégalais.
Il me plait de rappeler deux de ces avis que, du reste, je respecte.
Le premier est de Me Mame Adama GUEYE, éminent avocat et ancien bâtonnier de l’ordre des avocats. Je mettrai plus l’accent sur la fonction de ce dernier, car nous, sénégalais, l’avons tous suivi à travers son intervention dans la presse, se réfugier derrière la parole divine (Coran), plutôt que d’apporter des réflexions dignes de son rang de juriste, face à la décision du Conseil constitutionnel.
S’étant délibérément écarté du débat juridique, Me Guèye souhaite faire dans le sentimentalisme religieux comme le sait faire Monsieur Idrissa Seck…bref !
Brandissant l’argument du reniement, Me Guèye devrait surtout s’interroger sur l’utilité des cours de droit qu’il a appris à la fac, à moins qu’il ne veuille se transformer en imam au détriment du droit qui a fait de lui ce qu’il est devenu. Ceci pose le sérieux problème du patriotisme et de l’éthique des juristes qui mettent l’engagement du candidat Macky Sall au dessus de notre Loi fondamentale.
Si nous avançons plus loin dans l’analyse, nous pouvons encore nous interroger sur les véritables motivations de Me Guèye, parce que confondant délibérément avis et décision, comme beaucoup de juristes d’ailleurs. En effet, le Conseil constitutionnel, dans sa lettre du 12 février 2016, a bel et bien rendu une décision, et non un avis, je cite « Comme suite à votre lettre n° 0077 PR/CAB/MCJUR du 14 janvier 2016, je vous fais parvenir, ci-joint, la décision n° 1/C/2016 rendue par le Conseil constitutionnel… » Alors, de ce qui précède, il résulte que, en tant que lecteur tout court de ce texte du Conseil constitutionnel, et analyste profane de la sémantique, la décision est plus qu’évidente pour ce texte; car le Conseil l’aurait appelé avis et non décision. Donc, Me Guèye, l’article 92 est bien applicable au Président de la République. De plus, dans la conformité du projet de référendum, l’utilisation de « doit » par le Conseil, marque l’impératif voire l’obligation qui s’applique naturellement au Président de la République. Le Conseil constitutionnel dans sa décision tranche le débat de l’applicabilité au mandat en cours, je cite : « Article 3 : la disposition transitoire prévue à l’article 27 dans la rédaction que lui donne l’article 6 du projet et aux termes de laquelle, [Cette disposition s’applique au mandat en cours] doit être supprimée ; elle n’est conforme ni à l’esprit de la Constitution, ni à la pratique constitutionnelle, la loi nouvelle sur la durée du mandat du Président de la République ne pouvant s’appliquer au mandat en cours»
L’autre avis est du secrétariat de la coalition Sénégal bi nu beug qui prétend que le Président Macky Sall a pris le Conseil constitutionnel comme « alibi » pour justifier un soi-disant reniement, allant jusqu’à affirmer urbi et orbi que « le peuple a mal de son Président comme en 2011/2012».
Mais de qui se moque-t-on pour proférer de telles affabulations ? Au nom de quelle légitimité une plateforme se prend-t-elle pour le peuple sénégalais ? En quoi la situation actuelle est-elle semblable à celle du 23 juin 2011 où tout un peuple s’était tenu debout pour dire non à un Président de la République qui voulait s’octroyer un troisième mandat ?
Et il est heureux de rappeler que le candidat Macky Sall avait, à l’époque, respecté la décision du Conseil constitutionnel, et avait battu campagne dès la proclamation du verdict de ce dernier ; préférant la légalité plutôt que d’être hors la loi. Ainsi, comme en 2011, le Président Macky Sall préfère être légaliste aujourd’hui, conscient que nos démocraties fragiles ne peuvent atteindre la maturité que si les élites dirigeantes et de l’opposition respectent les institutions de leurs Etats, d’où la célèbre phrase du Président Barack Obama lors de sa visite en Afrique : «Africa doesn’t need strongmen, it needs strong institutions » traduite par « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ».
Poursuivant sa logique, le Secrétariat de la coalition, dans sa lettre ouverte au Président de la République précise que « …la question de la réduction de la durée de votre mandat n’est pas une question juridique, ni constitutionnelle… c’est d’éthique et de morale qu’il s’agit… le Conseil décide à la place du peuple ».
Je verrai mal que l’on puisse dissocier la morale du droit, étant donné que le droit institutionnalise la morale et la conscience collective, et qu’il est un condensé de l’ensemble des us et coutumes d’un peuple, en référence au Contrat social de Jean Jacques Rousseau.
Eu égard à ce qui précède, le droit englobe la morale, notre Constitution étant le droit, elle supplante toute promesse qui a une valeur morale, fut-elle celle d’un ancien candidat à l’élection présidentielle, devenu Président de la République.
En conclusion, nous pouvons dire que la morale est dans le droit, et que le Conseil constitutionnel est garant du respect de notre Constitution, qui demeure ce qui nous lie, musulmans comme chrétiens, dans ce beau pays qu’est le Sénégal.
Alors, chers citoyens du Sénégal allons voter le 20 mars 2016 pour un OUI massif, qui enterrera le tripatouillage de notre Constitution à volonté et consacrera une nouvelle ère où un Président de la République ne pourra plus, de son bon vouloir, augmenter le nombre de mandat. Mais aussi un Sénégal où le pouvoir de l’Assemblée nationale est élargi au contrôle de l’action gouvernementale et à l’évaluation des politiques publiques, entre autres points de la réforme.
Augustin H. NGOM
Secrétaire administratif de la Convergence des Cadres Républicains (CCR) de Mbour
Conseiller municipal à Ndiaganiao
Conseiller départemental à Mbour
E-mail : ngomaugustin@gmail.com