Ndiaga «Je prenais bien soins de ma femme Fatou , alors qu’elle couchait avec un autre»

Le sujet est tabou. Mais, il est toujours d’actualités. A Louga, les cas d’adultères impliquant des femmes de «modou-modou» raisonnent encore entre les quatre murs et se discutent dans la plus grande discrétion. Comme le linge sale, les affaires de mœurs se règlent en famille. Pourtant, ces faits récurrents sont à l’origine de nombreux cas de divorce. Entre des témoignages époustouflants, de forts regrets et des confidences palpitantes, vote site préféré AZACTU.NET est allé à la rencontre des personnes concernées et des victimes. Elles soutiennent que le maraboutage et les longues périodes d’attente de leurs maris émigrés sont, entre autres, les principales causes de cette situation qui continue de défrayer la chronique dans la capitale du Ndiambour. Reportage!

En quittant Milan (Italie) pour rallier Louga en vue de passer, en famille, la fête de la Tabaski, Ndiaga (nom d’emprunt) croyait être heureux avec sa femme qu’il n’a pas vue depuis leur mariage célébré, le 22 janvier 2014. Mais, la surprise aura été grande lorsque, quelques jours plus tard, ce jeune «modou-modou» (28 ans) s’est rendu compte que sa «dulcinée» est en état de grossesse d’un homme inconnu.

«Je ne pouvais pas le supporter. C’est comme si le monde s’était effondré sur ma tête», confie-t-il, le cœur meurtri. «Pourtant, j’ai commencé à avoir des doutes lorsqu’on s’est vus pour la première fois. Elle était très gênée. Elle ne pouvait pas me regarder dans les yeux et allait même jusqu’à pleurer. La première nuit a été longue pour elle», ajoute ce jeune de Ndiangue Ba Mbodj. Le lendemain, poursuit-il, «je lui ai asséné une kyrielle de questions. Elle ne voulait rien dire. A chaque fois, elle me répondait que rien ne s’était passé. J’ai ensuite informé ma maman de la situation. Cette dernière m’a dit qu’elle a fait des remarques soupçonneuses depuis que j’ai annoncé mon retour au Sénégal».

Ne pouvant pas résister face à l’interrogatoire de sa belle-mère, Fatou (nom d’emprunt) répond par des larmes. «Elle pleurait comme un petit bébé. Moi, j’ai automatiquement voulu justifier ce comportement inhabituel de ma femme par des remords ou un manque d’amour. Mais, jamais je n’ai jamais pensé que c’était autre chose», poursuit Ndiaga, l’homme qui fait la chronique dans la capitale du Ndiambour. Lorsque son épouse, âgée seulement de 22 ans, a craché le morceau, la mauvaise nouvelle est tombée comme un couperet sur sa tête. «Un jour, elle m’a regardé dans les yeux et m’a carrément dit qu’elle était en ceinte. Je ne croyais pas à mes oreilles. Je lui ai demandé de répéter ce qu’elle venait de dire. Elle l’a fait. Je suis sorti de la chambre pour en informer ma mère qui ne pouvait pas me croire», regrette notre interlocuteur.

«Je prenais bien soins de ma femme alors qu’elle couchait avec un autre»

Après avoir livré la nouvelle qui a secoué la famille de Ndiaga, Fatou décide de plier bagages pour regagner sa ville natale –Dakar- parce que, dit-il, elle savait très bien ce qui l’attendait. «On a divorcé et elle rentre chez elle me lissant dans une situation de déception totale», martèle-t-il.

Le «modou-modou» lougatois, qui dit avoir versé une dote de plus d’un million F Cfa et dépensé des centaines de milles à l’occasion de la célébration du mariage, ne cache pas son sentiment de regret. «Je ne voulais pas nouer le mariage avant mon arrivée au Sénégal. Mais, mes proches m’ont acculé et m’ont proposé ma cousine qui, visiblement, ne voyait que les importantes sommes d’argent que je l’envoyais régulièrement. Elle ne manquait de rien. Je prenais bien soins d’elle alors qu’elle couchait avec un autre homme», s’efforce-t-il de rappeler, au bout de ses lèvres.

Une affaire de mœurs qui, selon beaucoup de temoignages, n’est pas une chose nouvelle dans la capitale du Ndiambour, une localité d’émigrés. Selon Mame Fallou Gaye, habitant Santhiaba Sud, il ne se passe pas un mois sans qu’une affaire pareille n’occupe la place publique. «C’est devenu banal, à Louga. Les femmes des émigrés sont souvent pointées du doigt. Elles sont accusées d’adultère. Ce qui est à l’origine de nombreux cas de divorces dans la ville», révèle-t-il. Commerçant de son état, cet homme, la quarantaine environ, explique une telle situation par le fait que les jeunes «modou-modou» passent beaucoup d’années à l’étranger, laissant leurs épouses à la maison. «Elles sont des êtres humains. Par conséquent, elles ont des besoins naturels à satisfaire. Comme les hommes, ces dames sont parfois dans un état de manque», ajoute-t-il, en engageant dans la foulée la responsabilité des émigrés.

«Laisser sa femme au Sénégal, pendant 5 à 7 ans, c’est la pousser à l’adultère»

Embouchant la même trompette, Khoudia du même quartier, raconte une anecdote similaire impliquant sa meilleure amie. «Elle (celle-ci) est restée plus de sept ans et quelques mois sans revoir son mari apparemment alpagué, en Italie, pour trafic de drogue. Ne pouvant plus patienter, elle a demandé le divorce. Ce qu’elle n’a pas pu obtenir car n’étant plus en contact avec son époux. Et, malheureusement, elle a finalement été engrossée par un jeune élève de 18 ans qu’elle fréquentait», soutient-cette jeune mère de famille. A l’en croire, la responsabilité incombe aux nombreux maris qui, à cause de l’argent, abandonnent leurs femmes pendant des années, sans se soucier de leur situation sentimentale. «C’est vrai qu’il faut travailler pour gagner sa vie et satisfaire les besoins de sa famille. Mais aussi, il faut le dire, laisser sa femme au Sénégal, pendant 5 à 7 ans, c’est la pousser à l’adultère. Elles ont des désirs à assouvir», pense-t-elle. Toutefois, s’empresse-t-elle de préciser, «toutes les femmes ne sont pas pareilles. D’ailleurs, celles qui sont accusées de ces genres d’actes sont une infirme partie par rapport au nombre de femmes de «modou-modou». Il y a des femmes qui sont dignes».

Selon bon nombre de lougatois, les femmes de «modou-modou» sont la cible de beaucoup de coureurs de jupon. «Elles sont en situation de manque. C’est pourquoi, elles font face aux nombreuses tentations. Et, beaucoup d’entre elles ne parviennent pas à s’en sortir. Il y a des jeunes pervers qui ne cessent de courir derrière les femmes des «modou-modou» dont ils savent que le mari se trouve à l’étranger», confesse Aicha. Selon elle, il y a de cela quelques mois, un conducteur de Jakarta lui avait proposé des actes que la morale interdit. «Il s’appelle S. Nd. Il a à peu près 25 ans et habite le même quartier. Il se dit être séduit par mon charme et ne pouvait plus me résister. Il m’a fait des avances malgré le fait que je sois mariée et père de deux enfants», soutient-elle. Avant de poursuivre : «Très déterminé, il n’a pas hésité à me proposer des versements journaliers de 5.000 f Cfa, rien que pour passer de bons moments avec moi. Je lui ai maintes fois signifié qu’il s’est trompé de cible, mais il a récidivé». Selon Aicha, «c’est lorsque je l’ai menacé de déposer une plainte à la police contre lui qu’il a lâché du lest». Pourtant, fait-elle savoir, elles sont nombreuses les femmes de son âge à vivre le même calvaire.

La femme du «modou-modou», le faux marabout et la grossesse

A Louga, l’on explique aussi ces cas d’adultères par le maraboutage dont sont victimes certaines femmes. C’est du moins ce que fait remarquer Moustapha qui indique que la femme de son oncle est victime de cette pratique récurrente dans la ville. «C’était vers les années 2008-2009. En ce moment, mon oncle vivait en France. Mais, c’était la honte et la déception dans la famille lorsqu’on a appris que sa femme avait été engrossée par un faux marabout qu’elle avait sollicité pour des bains mystiques. Une fois sur les lieux, le gars lui a donné à boire. Depuis lors, elle ne pouvait plus rester une nuit sans aller chez lui. C’est ainsi qu’elle a entretenu une série de relations sexuelles avec lui. Ce qui s’en est suivi, c’est que le marabout a pris la poudre d’escampette», raconte cet homme, à l’âge avancé. Non sans inviter les concernées à prendre leur distance. «Si on est femme mariée, on doit prendre ses distances. L’on ne doit pas fréquenter n’importe qui parce que les tentations sont parfois irrésistibles, surtout pour une dame qui reste des années sans voir son mari», conseille-t-il.

Sous le couvert de l’anonymat, une autre dame, la quarantaine environ, dit être victime de maraboutage. «Moi, j’étais partie au Magal de Touba lorsque j’ai rencontré un homme, un vieux au comportement douteux. Il s’était présenté comme un étranger perdu. Alors, il m’a demandé de lui trouver, dans son agenda, le numéro de téléphone de son neveu qui devrait venir le chercher. Mais, une fois que j’ai passé à l’acte, j’ai soudainement perdu connaissance. Le vieux m’a amenée dans une maisonnette et a couché avec moi. De cette relation, j’ai contracté une grossesse qui m’a valu mon mariage», témoigne cette habitante de Thiamène. Toujours dans ses témoignages, elle confie : «Dans mon quartier, tout le monde me regardait d’un œil haineux. Mais, c’est lorsque je suis parvenue à convaincre mes beaux-parents et l’entourage que mon mari a décidé de s’en remettre à Dieu en me demandant de me l’épouser à nouveau. Depuis lors, je vis avec lui. C’est très difficile, mais avec le coup du temps, je parviens à me remettre».

Quoi qu’il en soit, certains «modou-modou» disent ne pas pouvoir digérer l’attitude de certaines femmes même s’ils sont souvent pointés du doigt dans ces genres de situations. C’est le cas de Cheikh Tidiane, qui vit en Europe depuis 2010. «Jamais, je ne pourrais supporter une affaire pareille. Avant de revenir au Sénégal, je n’ai jamais cessé de penser à ma jeune femme que j’y ai laissée», dit-il. Selon Cheikh Tidiane, pour éviter qu’elle se livre dans des pratiques d’adultère, il décide d’émigrer avec sa femme. «Je compte l’amener avec moi en Europe. Parce que c’est plus sûr. D’ailleurs, ses dossiers sont déjà disponibles. Mes proches ont refusé, mais je n’ai pas le choix», informe-t-il. Toutefois, faut-il le souligner, beaucoup de «modou-modou» n’envisagent plus, aujourd’hui, amener leurs épouses avec eux par peur d’être abandonnés une fois à l’étranger.