Les confidences de la mère d’Hortense Diédhiou : « Ma fille a sauvé toute la délégation en Angola »

“Ce qui s’est passé à Rio”

“Ma fille a sauvé toute la délégation en Angola”
“Hortense pensait que je faisais partie des naufragés du Joola”

Longtemps emmurée dans un silence, Marie Agnès Goudiaby, maman d e la judokate Hortense Diédhiou, 4 fois championne d’Afrique et éliminée prématurément lors des jeux olympiques de Rio 2016, a décidé de vider son coeur. Comme une tigresse, elle sort ses griffes pour prendre la défense de sa fille qui a essuyé des critiques acerbes de part et d’autres. La championne d’Afrique en Judo avait fait une sortie après son élimination au premier tour pour fustiger l’attitude des dirigeants du Sport Sénégalais sur la préparation des athlètes admis à Rio 2016. Dans un entretien accordé à Seneweb, Marie Agnès Goudiaby flingue les détracteurs de sa fille. Entretien…

Connaissez-vous le nombre de médailles obtenues par votre fille, Hortense Diédhiou ?

Je ne saurais vous donner le nombre exact. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’elle en a une centaine. A la maison, c’est presque une chambre remplie de médailles et de trophées, sans compter ce qu’elle garde en France et ce qu’elle a déjà offert.

Pouvez-vous nous raconter ses débuts de judokate ?

Elle s’est inspirée de sa maman qui était judokate. Je crois que c’est mon parcours qu’elle a continué. J’ai été judokate sous les ordres d’Ankiling Diabone qui a instauré la discipline à Ziguinchor. Elle me voyait aller au dojo. C’était très dur. Chaque fois, elle (Hortense) me disait : “maman il faut me donner çà pour aller cotiser. Maman il faut me donner çà pour mon transport”. Je donnais toujours. En retour, elle ramenait des récompenses. C’est quand elle était au Saint Sacrement de Ziguinchor qu’elle a commencé le judo. Lorsque j’avais des difficultés pour payer sa scolarité, je l’ai inscrite au centre de formation technique féminin (Cretef) de Ziguinchor. C’est en ce moment que son emploi du temps a changé. Le matin, elle va à l’école et le soir au dojo. C’est à l’âge de 12 ou 13 ans qu’elle a commencé à pratiquer le judo sous la direction de Me Nicolas Badji. C’est après que Me Oumar Coly est arrivé après avoir reconnu le talent de ma fille. Me Coly est envoyé à Ziguinchor pour renforcer l’équipe dirigeante qui était sur place. C’est en ce moment qu’elle a commencé à atteindre le haut niveau.

Pourquoi s’était-elle exilée au pays d’Houphouët Boigny ?

Elle a participé à plusieurs compétitions nationales organisées à Dakar, Saint-Louis et à l’intérieur du pays. C’est delà qu’elle a été repérée et on l’a emmenée en Côte d’Ivoire en 2000. Elle était admise au centre de Palinfo qui est un ancien militaire établie à Abidjan. Ce soldat aimait tellement ma fille et par confiance, puisqu’aussi je suis une ancienne sportive, j’ai laissé ma fille partir très jeune, toute seule, dans un pays étranger. Elle a fait trois ans en Côte d’Ivoire et la quatrième année, elle s’est rendue au Maroc pour participer à une compétition. C’est en ce moment que la Côte d’Ivoire a eu ses premières attaques. J’avais paniqué parce ma fille était là-bas. Je n’arrêtais pas d’appeler ses collaborateurs. Lorsque je l’ai eu au bout du fil, elle m’a rassurée en me disant qu’elle était au Maroc. J’avais un cousin prêtre qui s’appelle Abbé Polary Diatta qui était en Côte d’Ivoire. C’est lui qui m’avait dit que ma fille quittait le pays. Elle est rentrée en Côte d’Ivoire une fois le calme revenu, puis est retournée au Sénégal avant de se rendre au Maroc puis en France.

On raconte qu’elle a beaucoup galéré à Marseille?

Elle est allée en France en novembre 2004 pour résider à Marseille où elle a beaucoup galéré. Son entraîneur a profité d’elle et ne l’a pas aidé. Ma fille n’avait pas où loger. Elle passait la nuit au dojo du stade de Marseille sous les escaliers. Quelques jours après, elle a tout fait pour rencontrer le maire de Marseille d’antan pour l’octroi d’une bourse. Malheureusement pour elle, la bourse est partie au profit de son entraîneur blanc, Dominique Gaudonière. Lorsqu’elle a dénoncé ce forfait de son entraîneur dans la presse française, le maire l’avait convoquée pour en savoir plus. Ma fille a confirmé qu’elle n’a jamais reçu de bourse. Ça a emmené des problèmes qu’elle a géré seule. Elle a été laissée à elle-même. Dominique lui a fait savoir qu’elle n’est pas française et qu’au tribunal elle n’aura rien. Au finish, j’ai demandé à ma fille de laisser tomber. Elle a quitté Marseille pour Paris pour continuer le judo. Etant à Paris, elle participe aux compétitions pour le compte du Sénégal, parce qu’elle aime son pays.
Depuis toute petite, Hortense combat pour son pays. Elle est fière d’être Sénégalaise. Qu’est-ce que son pays à fait pour elle ? Moi sa mère, je ne l’ai pas vu. Au contraire, toutes les miettes que j’avais, je les ai utilisées pour pousser ma fille à arriver là où elle est aujourd’hui ainsi que toute la famille. Peut-être que c’est ça qu’elle a gardé pendant longtemps, traumatisée par ce qui se passe à l’interne. Mais tout le temps, elle me disait : “maman, le maillot national n’est pas donnée à n’importe qui”. L’hymne nationale du Sénégal a tonné combien de fois pour ma fille ? C’est une fierté pour une mère. Qu’est-ce qu’elle a reçu en retour? Rien ! Que des paroles !

Comment a-t-elle préparé les jeux olympiques de Rio 2016 ?

Son plus grand souhait, c’était de remporter une médaille olympique pour son pays. Cette année, elle s’est beaucoup préparée avec ses propres moyens. Elle voulait tellement cette médaille au point qu’elle s’est défoncée comme jamais elle ne l’avait fait. Elle m’a dit : “maman, il faut que je sois sur le podium, avec n’importe quelle médaille”. Ma fille était déterminée à apporter une médaille au Sénégal. Son voyage au Japon pour les préparatifs, elle l’a fait avec ses propres moyens et l’aide de ses amis qui l’invitent à chaque fois ainsi que son oncle qui vit en France. C’est comme ça que les choses se sont passées.
Il suffit qu’elle parle pour qu’on dise qu’elle a fait ça, qu’elle a dit cela. Mais elle dit ce qu’elle ressent. Elle parle de ses souffrances. Elle n’a pas été aidée. La route de Rio était un périlleux voyage. Après l’escale de Naïrobi, Cap sur Luanda en Angola. C’est là où ils ont vécu un moment douloureux, le calvaire. Ils (les athlètes) n’avaient pas de visas. La solution c’était de les enfermer comme des «prisonniers» pour quelqu’un qui va à une compétition mondiale où se retrouve la crème mondiale du sport. Où étaient les fédéraux, où étaient les responsables qui s’acharnent sur elle ? Aux abonnés absents. Elle était traumatisée. Est-ce qu’une personnalité est allée la voir pour la réconforter après ce voyage périlleux ? Non, personne n’est allée la voir. C’est malheureux.
Si elle a parlé après la compétition, c’es pour dégager ce qu’elle avait dans son cœur. Malheureusement, ceux qui l’ont compris l’ont défendu et les autres l’ont farouchement critiqué.

A vous entendre parler, l’on se dit qu’elle n’a jamais été aidée par les autorités ?

Quand elle doit aller en compétition, ça fait un bruit, on ne lui donne pas les moyens. Comment comprenez-vous un athlète qui monte sur le tatami et on lui demande de descendre. Ça déjà, ça casse le moral. Tu pars avec ton propre kimono pour combattre, on te demande de descendre pour aller chercher un autre. Déjà là, elle est diminuée. Elle est allée sans son coach (Me Coly). Quand on dit qu’on lui a donné un coach, il était où dans ces moments de déconcentration, quand elle a eu les problèmes en Angola (dernier escale de la délégation Sénégalaise avant Rio, Ndlr). Elle l’a même dit. Si elle avait son coach à côté d’elle, l’erreur qu’elle avait commise, elle ne l’aurait pas faite parce qu’il l’aurait rectifiée. Les sports de combat se gagnent sur de petits détails. On veut qu’elle gagne, on ne la met pas dans les conditions pour gagner. Son adversaire l’a étudié de fond en comble parce qu’elle était en Chine pour s’entrainer. Cette clef-là, les chinois ne la lui ont pas apprise. C’est ce qui s’est passée. On reproche à ma fille de quoi ? Je ne sais pas.

A son retour de Rio, elle avait dit qu’elle voulait avoir une audience avec le président de la République. Pourquoi, selon vous?

Elle veut parler au Président pour les autres qui viendront après elle, pour faire bouger le sport. Contrairement à ce qui se dit, si elle voulait une maison, elle ne la demanderait jamais. Chez nous, on est dignes et fiers de ce que nous avons. Son souhait, c’est que le président sache ce qui se passe autour du sport. Je suis convaincu que le président n’est pas informé. Le ministre se bat bien, mais les autres, non.

Qui est-ce qui est sortie de sa convocation par la fédération qui lui avait demandé de s’expliquer sur sa sortie à Rio ?

On lui a reproché de trop parler, d’avoir parlé au Brésil. Bon sang, cela veut dire quoi ? On ne devrait pas parler au Brésil. Ce qui se passe ici au Sénégal, les Brésiliens le savent à la seconde. Elle a parlé au Brésil à des journalistes Sénégalais, pas avec d’autres journalistes. Elle a souffert, elle a eu mal, elle s’est exprimée. Elle a sa façon de dire son amertume.
Les autorités ont parlé au Brésil. Pourquoi n’ont-elles pas attendu au retour pour répondre ? Après, il y a eu réconciliation. Ce qu’ils se sont dits dans le secret des bureaux, je ne sais pas. Le linge sale s’est lavé entre elle et ses patrons. Elle ne veut pas me dire les détails, en tant que sa mère.
Le véritable problème, c’est qu’Hortense dérange. Elle dit ce que d’autres ne veulent pas qu’elle dise. La table ronde organisée pour qu’elle s’explique, pourquoi elle n’était pas médiatisée. C’est parce qu’ils ont reconnu les erreurs de Rio. Elle a défendu toute la délégation en Angola, parce qu’elle était seule à parler la langue du pays. Elle courrait de poste en poste pour régler ce problème. Ça personne ne l’a dit. Maintenant, c’est parce qu’elle a perdu que les gens s’acharnent sur elle. Reconnaissons le mérite de nos vaillants sportifs.
L’Etat devrait faire quelque chose pour elle à l’image d’autres sportifs. Elle ne demande que ce qu’elle mérite. Je pense qu’elle mérite quelque chose, elle et Isabelle Sambou qui ont tout donné pour le Sénégal. Elle va à la retraite, qu’est-ce qu’on lui a donné en guise de reconnaissance ? Rien du tout. C’est désolant.

Et les dix millions annoncés par les autorités sportifs ?

J’ai failli commettre une bêtise quand il s’est agi des dix millions. Elle savait ce que j’avais décidé de faire et de dire, mais elle m’a arrêtée, elle m’a suppliée de ne rien dire et de ne rien faire et j’ai arrêté. En tant que mère, quand on dit des contrevérités sur votre fille, ça vous fait mal. Je me suis ressaisie. Car, quand tu as un sportif de haut niveau, tu ne dois pas être en confrontation ouverte avec les autorités. Elle se contentera de ce que Dieu lui donnera. Je préfère ne pas aller au fond des choses, pour l’honneur de ma fille. Elle s’est toujours acquittée de son devoir de fille envers sa mère. Elle a toujours été digne et le restera.
Je vais vous raconter une anecdote et vous comprendrez qui est ma fille. Avant d’aller au championnat d’Afrique en 2002, elle était venue comme toujours pour avoir la bénédiction de ses parents. Comme j’aimais voyager avec le bateau “Le Joola”, lorsque le naufrage a eu lieu, elle pensait que j’étais parmi les victimes. Elle a alors décidé de compétir et gagner la médaille d’or pour les naufragés. Elle ignorait que je n’étais pas dans le bateau. C’est à son retour qu’elle a su que j’étais vivante (elle a les larmes aux yeux). Elle ne voulait pas de fête. Elle voulait passer inaperçue pour la mémoire des victimes. Quand j’ai emmené les cars à l’aéroport pour son accueil, elle m’a chuchoté à l’oreille : “maman, je ne veux pas ça. Pourquoi tu as fait ça. Le pays est en deuil. Je me suis battue pour emmener la médaille pour les victimes et vous m’accueillez comme si le pays est en fête”. Même la fête organisée à la maison, elle était contre. C’est celle-là ma fille, pas celle que les autres dépeignent