L’APR d’Espagne interpelle le ministre de l’Education Nationale

Excellence, Monsieur le Ministre,
En ma qualité d’ancien acteur du système éducatif, permettez-moi de vous proposer mon idée que je souhaite partager aussi avec tous les acteurs, tout en sachant qu’elle ne fera pas l’unanimité. Encore, persuadé que les problèmes qui gangrènent notre système éducatif servent toujours de brèche à nos vils politiciens et à vos détracteurs pour dérouler leur forfait.
Au paravent, recevez mes salutations chaleureuses, mes encouragements et mes félicitations pour l’immense travail que vous abattez pour parfaire le système.
L’éducation nationale tout comme la santé, sont des domaines importants où nos politiques publiques dépendent dans leur totalité absolue ; tous les choix de politiques d’émergence y prennent source. Depuis plus d’une décennie, les multiples propositions émanant des laboratoires d’idées ( Assises nationales de l’éducation et de la formation, les multiples conseils, colloques, séminaires ou forum) organisés au plan national, régional et international n’ont pas permis au Sénégal d’avoir un enseignement de qualité stable et favorisant la réussite de nos enfants.
Pour le peu de temps que j’ai eu à servir dans l’enseignement (17 années), j’ai remarqué qu’il faut impérativement une nouvelle approche du métier d’enseignant pour enseigner différemment sinon autrement. Il me semble difficile, voire impossible même, de trouver la bonne formule pour une école sénégalaise de qualité, stable et adaptée au système éducatif des pays en émergence si nous butons chaque année sur les mêmes problèmes qui conduisent à des négociations autour des points de revendications syndicales suite à des grèves répétitives dont l’essentiel tourne sur des questions d’ordre pécuniaire. D’une part, la recherche de solutions après ces grèves récurrentes qui, malheureusement ne font qu’exacerber le bas niveau de nos enfants n’a jamais donné l’effet escompté malgré l’allongement de l’année scolaire, les renforcements et autres astuces. D’autre part, il me semble important d’appréhender et d’analyser les voies et moyens pour l’optimisation des financements nationaux et internationaux de nos partenaires, acteurs et membres de la famille scolaire en soutien aux réformes des politiques publiques pour améliorer la qualité des enseignements apprentissages afin de pâlier aux résultats toujours catastrophiques des différents examens scolaires. Il faut, ce me semble encore mettre l’accent sur la gestion participative des ressources, la formation, la motivation mais surtout revoir le contenu des programmes qui doivent être adaptés à nos réalités socioculturelles.
On prétend dire que l’école absorbe 35 à 40% du budget national, 87% du budget du MEN est destiné aux salaires et aux indemnités des enseignants. Ceci nous pousse à dire que les moyens financiers sont mis à la disposition des enseignants mais au retour, ce que les parents d’élèves que nous sommes, attendons des résultats de nos enfants ne sied pas. L’argent va-t-il jusqu’à sa destination finale ? Est-il utilisé à bon escient ? Voilà les questions qui méritent d’être posées. Les organes de contrôle tels que l’OFNAC, la CREI et autres doivent inciter l’Etat à mettre sur place d’autres structures de contrôle de l’administration sénégalaise afin de jauger l’aptitude, l’attitude, les compétences des agents, surtout pour l’éducation et la santé; pour la normalisation et la qualité des services.
L’Etat, les enseignants, les syndicats d’enseignants, les parents d’élèves sont tous responsables des dysfonctionnements qui plombent notre système éducatif. Ainsi, en tenant compte de la réussite de certains modèles comme les écoles aux entrées sélectives et les écoles privées sénégalaises, qui n’ont pas des moyens extraordinaires ou des enseignants plus doués que nos valeureux volontaires ou vacataires affectés dans les contrées reculées du Sénégal, on peut tenter de tracer des pistes possibles tenant en compte la sanction du mérite au niveau des hautes instances ayant en charge le système éducatif dans leurs différentes divisions afin d’inciter ceux-ci vers la performance, l’innovation, la motivation après avoir reconsidérer l’enseignant dans la société. Il faut d’abord :
1º) redonner à l’enseignant son charisme d’antan par la bonne formation et les moyens nécessaires pour vivre à l’aise (augmenter les salaires). L’enseignement ne doit plus être un métier par défaut car, le niveau des rémunérations est un révélateur de la place accordée par la société aux différents corps de métier dans notre système administratif. Un enseignant au Sénégal est un misérable fonctionnaire qui dit-on, a choisi d’être pauvre en travaillant matin et soir. Ceci relève d’une injustice intolérable qu’il faut corriger à tout égard. Nous savons tous qu’en ce 21e siècle, nous disposons de moyens d’informations qui nous permettent de comparer, de confronter et de sentir à tord ou à raison, le bien fondé de contester devant tout ce que nous jugeons d’anormal. Le barème des salaires de l’administration sénégalaise avec ses différents corps de métier n’est pas un secret de polichinelle ; d’où le bien fondé de certains points des revendications.
2º) Il faut ce me semble, mettre notre système éducatif en concurrence dans sa gestion au plus haut niveau. En d’autres termes, il faut que les autorités ayant en charge l’éducation de nos enfants diffusent une image nouvelle de vrais managers concurrentiels. Mais ceci passera forcément par des mesures concrètes après avoir revalorisé les salaires des enseignants, réorganiser la formation continue à travers les cellules pédagogiques internes au niveau des écoles, des districts, des circonscriptions et au niveau national.
3º) La sanction du mérite au niveau des responsables (I.A, IEF, Proviseurs de lycées, Principaux de CES ou de CEM et Directeurs d’écoles). Il s’agit de commencer à la base, c’est-à-dire aux Directeurs d’écoles pour leur définir un barème fixant un taux de réussite général prenant en compte l’ensemble des taux de réussite de chaque classe dans les écoles à cycle complet ( du CI jusqu’au CM2). Toute école à cycle complet n’ayant pas atteint ce taux de réussite se verra la direction de ladite école mise en compétition au prochain mouvement national. De même pour les Principaux de CES ou de CEM à cycle complet ( de la 6ème à la 3ème ), des Proviseurs de Lycées, des Inspecteurs de Circonscriptions et des Inspecteurs d’Académie qui perdront leur académie si celle-ci n’atteint pas un taux qui sera fixé par le Ministère de l’éducation. Ceci règlera la question de la formation continue des enseignants, du suivi-contrôle des enseignants, relèvera le niveau des apprenants, favorisera la performance du système et diminuera le laxisme de certains responsables qui croient que leur poste est un lieu de préparer tranquillement la retraite. Les jeunes enseignants, qu’ils soient affectés, après leur réussite au concours ou recrutés directement, doivent recevoir le soutien et les conseils de leurs aînés dans le cadre de ce que l’on appelle cellule pédagogique interne organisée et pilotée par le chef d’établissement. En fin, mettre les écoles dans d’excellentes conditions ; les doter de matériel didactique.
La question de la formation ne peut se traiter indépendamment de la réflexion sur le rôle de l’enseignant à l’école. Il est bon de rappeler que ces acteurs de l’école sont ceux qui dispensent un savoir pour former un esprit, donc il faut qu’ils soient à la hauteur de leurs tâches, être à l’aise à l’école et dans la société. Leurs efforts et performances seront récompensés à temps et en valeur par l’Etat qui a en charge la gestion de l’éducation des enfants. La déontologie sera plus en vue et le travail bien fait au grand dam des apprenants.
Recevez, Excellence Monsieur le Ministre, mes salutations distinguées.

Malick Wade GUEYE, depuis Almeria/Espagne.