La tradition expliquée aux plus jeunes – le laabaane : La virginité ou la mort !

Symbole d’honneur pour la famille, de fierté pour la belle-famille et de vertu pour la nouvelle épousée, la tradition du «Labaane» qui se tient le lendemain de la nuit nuptiale, chez les Wolofs, pour attester la virginité, est en déperdition.

Khady refuse obstinément d’ouvrir la porte de la voiture. Sermons, ronds-de-jambe et colère n’y feront rien. Elle ne lâchera pas la poignée de la porte, à moins de sentir sur sa paume tendue les espèces sonnantes et trébuchantes qu’elle exige depuis un quart d’heure. Quelques hommes, agacés par son manège, ont bien envisagé la force pour la déloger, mais aujourd’hui n’est pas jour à laisser exploser un sentiment contraire à la joie, à la bonne humeur. Ce soir, c’est jour de mariage. Précisément la nuit nuptiale d’Aminata, trésor inestimable que Khady garde jalousement derrière la porte de la voiture, à quelques pas de la chambre nuptiale à Rufisque. Les parents d’Ibra, son mari, ont insisté pour faire les choses selon leur coutume. La tradition wolof qui veut que la nouvelle épousée prouve publiquement sa virginité. Mais avant ce moment fatidique, Aminata devra d’abord passer par plusieurs étapes, afin de rejoindre le lit nuptial.

«Xaxar» ou le test de la maîtrise de soi

Cachée sous un pagne tissé, Aminata marche maintenant derrière sa tante. Elle a fini de jouer à la captive. Khady, sa copine de toujours, a récolté une belle rançon, grâce aux amis d’Ibra, impatients de ramener leur «colis» à destination dans la chambre conjugale. Seulement, la nouvelle mariée devra encore affronter l’épreuve du «Xaxar». Sorte de bizutage, cette tradition consiste pour la belle-famille, à couvrir la nouvelle mariée de paroles offensantes, pour tester les limites de sa maîtrise. Lorsque la mariée rejoint un foyer polygame, les paroles, insultes et grossièretés sont plus violentes, parce que proférées par des coépouses en quête de vengeance. Heureusement pour Aminata, elle est la seule femme d’Ibra qui vit avec ses frères et leurs femmes au domicile familial. Cela ne l’empêche pas d’être nerveuse. Elle est un peu rassurée par son accompagnatrice, une «topp» qui, dans la culture wolof, est tenue par une petite sœur sur qui, peut s’appuyer la nouvelle mariée. Cette dernière est aussi enfouie dans un pagne tissé. Seule la bande de tissu qui cercle la tête d’Aminata, permet de distinguer les deux. Le test commence dès que le convoi s’ébranle en direction de la chambre nuptiale. Les belles-sœurs d’Ibra entonnent une chanson grivoise qui met en doute la propreté intime de la nouvelle venue. Et tandis que cette dernière s’agite sous son pagne, Khady contre tout de suite l’attaque, avec une autre chanson du même acabit. Un manège qui durera tant qu’Aminata n’aura pas rejoint sa chambre. Mais sa procession est rendue difficile par tout ce monde qui gravite autour d’elle. Les uns tirant sur elle, les autres essayant de la défendre. Lorsqu’enfin elle arrive sur le pas de sa porte, c’est au tour de ses cousins et cousines qui transportent ses affaires de monnayer leur charge. Fatiguée et échaudée, Aminata n’en a pas pour autant perdu son calme. Un test réussi, en attendant celui qui s’annonce, maintenant que tout le monde a fait demi-tour pour laisser de l’intimité aux mariés. Ibra n’a pas voulu aller au-delà pour honorer cette tradition qui imposait, à l’époque que la tante paternelle reste toute la nuit postée derrière la porte. Pour annoncer, dès les prémices de l’aube, sa fierté ou la déchéance de toute une famille.

Le symbole du pagne blanc

Fatou Ndiaye «laabaane» a la soixantaine bien sonnée. Célèbre à Rufisque parce qu’elle dit pratiquer cette tradition depuis ses huit berges, elle revient sur les secrets et motivation de cet us. «A notre époque, perdre sa virginité avant le mariage était synonyme de honte, de déshonneur, de suicide ou d’exil pour les parents. Malheur éternel frappait la femme qui se retrouvait sans une goutte de sang, le soir de ses épousailles. Il faut dire que cette tradition est simplement adossée à la religion, elle encourageait les jeunes filles à demeurer chastes et à se préserver». A l’époque, il était obligatoire à la jeune fille de se draper dans un pagne blanc qu’elle ne devait quitter sous aucun prétexte. La blancheur du pagne devait mettre en évidence la rougeur de l’hymen ainsi rompu. Au petit matin, le tissu souillé était recueilli par la tante et exhibé. La nouvelle épousée qui honorait ainsi son mari, recevait quantité de cadeaux de ce dernier, de sa belle-famille, de ses parents, de sa société qui chantait son nom pour toujours. «On venait frapper à ma porte, de bonne heure, pour que je vienne faire le «laabaane», c’était une immense satisfaction quand très tôt le matin, on dévoilait le pagne de la mariée tacheté de sang afin de prouver que la fille était vierge. Le mari mettait alors de l’argent sous l’oreiller de sa femme pour montrer sa joie et sa fierté», ajoute Fatou Ndiaye. Cet argent devait servir aux préparatifs du «Mbaxal», une cérémonie organisée à l’honneur de la mariée et à laquelle devaient assister les jeunes filles de sa génération. Pour l’exemple. «Aujourd’hui, les jeunes couples s’envolent en lune de miel et on ne peut plus dire qui est vierge, qui ne l’est pas», peste Fatou Ndiaye «laabaane» qui envoie ce dernier conseil aux jeunes filles. «Méfiez-vous d’homme qui vous dit ne pas faire grand cas de la virginité. Il ne vous aime pas !»