GRAND YOFF: INSECURITE, DROGUE, PROSTITUTION…Mon quartier mérite des Assises

C’est en 1983 que notre famille s’est installée à la «Cité millionnaire» avec joie car il fut un quartier très prisé, bien desservi par les transports. Sa position géographique permet à ses habitants de rallier le centre-ville, l’aéroport et les voix de sortie de la ville de Dakar sans difficultés.
«Cité millionnaire» est un quartier de Grand Yoff parmi 14 autres. En dépit de son ancienneté (elle a été fondée en 1950), elle fait partie des moins anciens. Aujourd’hui ce quartier ne compte pas moins de 150.000 habitants, ce qui en fait un quartier populaire.

J’y ai grandi, joué et usé mes sandales. J’ai fréquenté l’école élémentaire en toute sécurité. Une chance que les frères Ba, Nazirou et Mara et la jeunesse actuelle n’ont pas eue. Avec le temps, affecté par le surpeuplement et l’urbanisme sauvage, notre paisible quartier est devenu comme tous les autres , le banditisme, l’agression, le viol et le vol se côtoient dangereusement. L’insécurité est devenu la chose la mieux partagée à la «Cité millionnaire». Elle n’est millionnaire que de nom si on voit les traces visibles de pauvreté qui jaillissent de toute part. Face à cette dégradation progressive de ce quartier où il faisait jadis beau vire.
Au vu des effets du petit banditisme urbain et des actes d’agression sporadiques, je n’ai été nullement surprise par les meurtres commis dans mon quartier, l’insécurité galopante aidant. Le manque d’emplois et la pauvreté sont la sève nourricière de ce banditisme qui sévit dans le quartier. Les autorités locales, ne pensent à la jeunesse de Grand Yoff qu’en période électorale. Elles n’ont jamais pris en compte leurs préoccupations dans les politiques publiques.
Cela fait bien des années que Grand Yoff est abandonnée par ses élus qui n’ont aucune vision pour son émergence sociale.
L’élite politique du quartier se sert de son suffrage électoral pour se hisser au sommet. Tous considèrent les populations comme du bétail électoral sur qui, ils s’appuient pour accéder a des postes de responsabilités pour aussitôt les délaisser jusqu’au prochain rendez-vous électoral. Il est regrettable de remarquer qu’aucune enquête n’a été jamais menée par les Elus pour savoir l’impact du trafic de drogue dans la santé des populations.
Or cette délinquance généralisée, la prostitution clandestine des jeunes filles, l’omniprésence de la pauvreté dans les foyers, l’insalubrité et l’insécurité sécrètent un malaise social qui, à la longue pourrait même constituer une menace nationale. Cette situation n’est rien d’autre que la recette de l’échec de l’ensemble des anciens Maires de la Cité. Pendant qu’on y est, l’on peut se demander si Bouba Sakho, le meurtrier mérite la peine de mort ? Par ailleurs, quelle sanction les Grand Yoffois devraient-il infliger à leurs élus locaux qui ont abandonnés les populations ?
En 2014, l’ancien premier Ministre Mme Aminata TOURE s’est arrangé pour avoir une base politique dans l’unique but de se faire élire Maire de la Commune. Mais depuis son échec histoire, elle a tourné le dos à la population. Aujourd’hui, où est Mimi Touré qui déclarait aimer tellement Grand- yoff, qu’elle voulait en être la première magistrate ?
Cette question de l’insécurité mérite une attention toute particulière de la part de l’Etat du Sénégal. Nous interpelons directement le président de la République sur l’urgence de créer une politique de proximité dans les quartiers de Grand Yoff. Avec effectif réduit, l’unique Police du quartier ne peut pas assurer la sécurité des populations.
Le Maire a quant à lui déserté le quartier face à des questions qui semble dépasser ses prérogatives. L’alerte a été plusieurs lancé par les populations qui côtoient le danger à longueur de journée.
Aucune mesure n’a jamais été prise pour éviter la mort de Nazirou et d’Abdourakhmane dit Mara deux garçons que j’ai vu grandir pour avoir partager avec eux la même ruelle, les mêmes difficultés et qui sont lâchement arrachés à notre affection. Les deux frères sont nés d’une famille honorable et respectée. Je partage leur douleur car les victimes étaient pour moi des frères au vu des relations qu’ils avaient avec mon jeune frère.
Solennellement je précise que ces jeunes même s’ils sont devenus des délinquants, n’en restent pas moins des victimes de cette insécurité que nous n’avons jamais cessé de décrier.

L’élite de Grand Yoff devrait se retrouver pour organiser des Assises du quartier. Ce sera une rencontre communale qui regroupera tous les fils de notre pour un diagnostic des maux qui gangrènent notre cadre de vie.
Comment nos enfants pourront-ils échapper à ces tragédies dans une Commune où la prostitution clandestine touche toutes les familles ou presque ?
Où l’alcool se vend au détail à partir de 100 FCFA TTC ?
Où le chanvre indien est vendu à 200 FCFA TTC ?
Où les bars clandos jouxtent les Mosquées et Eglises ?

A Grand Yoff, toutes les conditions sont réunies pour que d’autres Boubacar Sakho surgissent de nulle part pour commettre les mêmes actes.
Là, sans exagérer dans mon analyse, j’estime que la «Cité Millionnaire» ce beau royaume de mon enfant est devenu un «Harlem » bis. Sa population très jeune, et à qui ne s’offre aucune perspective d’un avenir meilleur, va s’adonner à la drogue et au banditisme

La commune, disons le haut et fort, est sous l’emprise de trafiquants de tous genre qui souvent sont des étrangers. Le fait que la plupart des maisons soit en location, n’arrange pas les choses. Ce sont les propriétaires résidant qui en pâtissent car même avec toute la volonté du monde, il est difficile d’enfermer ses enfants dans une maison pour éviter qu’ils ne sombrent dans la petite délinquance de quartier.
En fin, j’interpelle le Maire de Dakar Khalifa SALL fils de Grand Yoff. Son inertie face à cette situation qui heurte toutes les consciences ne l’honore point. C’est parce que Grand Yoff a porté sa confiance sur sa personne qu’il a réussi à accéder à la tête de la Mairie de la Capitale. Son implication dans la recherche de solution est une exigence.
Dans l’immédiat, la Mairie doit renoncer aux taxes imposées aux bars en vue de les fermer. Il faudra aussi édifier des Centres de formations pour les jeunes et mettre en place des projets de réinsertions sociales, d’emplois, de formation en vue d’accompagner les populations qui ont assez souffert.
Maimouna Bousso Citoyenne