Discours de Macky à la conférence annuelle de l’Alliance des Libéraux et Démocrates

Conférence annuelle de l’Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe, le Pacifique, l’Afrique et les Caraïbes (ALDEPAC)

Thème : « La Gouvernance des ressources naturelles de l’Afrique. Une approche libérale »
Dakar, 16, 17, 18 octobre 2015

Discours d’ouverture de Son Excellence
Monsieur Macky SALL,
Président de la République du Sénégal

Dakar, 16 octobre
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Premier Ministre du Togo,
Madame la Présidente du Conseil Economique, Social et Environnemental,
Monsieur le Ministre d’Etat Louis Michel, Co-Président de l’Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe, le Pacifique, l’Afrique et les Caraïbes (ALDEPAC),
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Chers amis Libéraux et Démocrates,
Chers Libéraux Sénégalais, Mesdames, Messieurs,
Je voudrais souhaiter la bienvenue à tous nos hôtes et leur dire combien nous sommes heureux d’accueillir à Dakar cette 10ème Conférence annuelle de l’ALDEPAC, organisée en collaboration avec la Représentation Régionale Afrique de l’Ouest de la Fondation Friedrich Naumann pour la Liberté. Au nom de l’ALDEPAC et en mon nom personnel, je remercie la Fondation pour ce partenariat convivial.

C’est la deuxième fois que Dakar reçoit les Assises de l’ALDEPAC, après l’édition de 2007.
J’en suis d’autant plus ravi que le thème de cette session est d’une grande actualité : « La gouvernance des ressources naturelles de l’Afrique : une approche libérale ».

Réfléchir sur la problématique des ressources naturelles en Afrique me parait pertinent, tant la question est au cœur des politiques publiques de développement économique et social. S’y ajoute aujourd’hui la prise en compte accentuée de la variable environnementale.

En septembre dernier à New York, la communauté internationale a fait le bilan des OMD quinze ans après leur adoption. Avec les Objectifs de Développement Durable qui nous projettent sur les quinze prochaines années, les Etats ont renouvelé leur engagement à mettre fin à la pauvreté, lutter de manière plus vigoureuse contre les inégalités et l’injustice, et faire face au changement climatique.

La Conférence sur le climat à Paris en décembre prochain sera un premier test sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre, la mobilisation de ressources conséquentes pour le financement de l’adaptation au changement climatique et le transfert de technologies écologiquement viables.

Pays riches ou pauvres, tous doivent contribuer à cette réussite, suivant le principe de la responsabilité commune mais différencié et du pollueur payeur.

Mais au-delà des responsabilités des uns et des autres, il y a la question des valeurs éthiques et morales qui commandent l’action publique.
La gouvernance, je veux dire la bonne gouvernance des ressources naturelles, en particulier en Afrique, fait partie de ces valeurs.
Jusqu’à une période récente, les modèles de développement économique faisaient peu cas du risque d’épuisement des ressources naturelles.

Il s’est ajouté une mondialisation, qui, en dépit de ses effets positifs, a aggravé les inégalités d’accès aux ressources naturelles, le déséquilibre dans la répartition des capitaux et des écarts dans la redistribution des richesses.
Aujourd’hui encore, la dialectique « ressources naturelles et processus de développement » continue de se poser avec acuité.
Selon la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique possède environ 30 % des réserves minérales mondiales, 12 % des réserves de pétrole, 40 % de l’or, 80 à 90 % du chrome et 40% des terres arables.

Alors, si le Continent africain reste encore à la traine dans le processus de développement en dépit de ses bonnes performances de la décennie, c’est bien parce qu’elle ne tire pas plein avantage de ses ressources.
J’en veux pour preuve le grand déséquilibre des contrats miniers et pétroliers au détriment de l’Afrique. C’est quand même un paradoxe qu’un continent si riche en ressources énergétiques soit en même temps le moins éclairé de la planète !
La juste rémunération des ressources naturelles, avec des contrats miniers et pétroliers conclus dans le respect des droits de l’investisseur et la prise en compte effective des intérêts de l’Etat d’accueil et des population locales est non seulement une exigence d’équité, mais aussi de justice sociale et de stabilité de nos pays.
C’est pourquoi, en ma qualité de Président exercice du NEPAD, je ne cesse de plaider pour la mise en œuvre diligente de l’initiative CONNEX, du G7 sur le soutien aux pays en développement dans les négociations de contrats complexes, en particulier dans l’industrie extractive.
C’est dans le même esprit que nous avons engagé la révision des Codes minier et pétrolier du Sénégal, dans l’esprit de notre Stratégie nationale de Développement durable.

Il est établi que si l’Afrique percevait la juste rémunération de ses ressources, et si elle recouvrait seulement 17% de ses avoirs frauduleusement placés à l’étranger, elle solderait la totalité de sa dette et financerait, par elle-même, ses besoins de développement.

Au-delà de l’impératif de transparence et de gestion vertueuse des affaires publiques exigible de tous les gouvernements, voilà, pour l’Afrique et les Africains, en quels termes se pose la question de la gouvernance des ressources naturelles.

C’est pourquoi, puisque nous partageons la même vision des valeurs de politique et d’idéologie, j’engage l’ALDEPAC à porter avec nous le plaidoyer pour une meilleure gouvernance des ressources naturelles fondée, entre autres, sur :
– La promotion de mécanismes d’exploitation rationnelle des ressources qui allient la nécessité de croissance pour l’émergence et la sauvegarde de l’environnement ;
– la juste rémunération des ressources naturelles ;
– la lutte contre le pillage des écosystèmes, y compris la coupe des bois illicite, si je prends l’exemple du Sénégal.

Mesdames, Messieurs,
Pendant ces trois jours, l’enjeu sera aussi pour nous de démontrer comment l’idéologie et les politiques libérales peuvent aider à l’amélioration de la gouvernance des ressources naturelles dans un contexte mondial complexe, de concurrence et d’inégalités dans les niveaux de développement.
Nous savons tous que les politiques libérales ont été fortement secouées par la crise des années 2007-2008, avec son impact négatif sur la croissance, le chômage et les déficits budgétaires.
Mais le redressement amorcé depuis plus de trois ans permet de penser que les pays les plus touchés par la crise se sont relevés.

En réalité, la crise n’a pas touché le libéralisme dans son fondement. Et le retour au keynésianisme pendant cette période entre parfaitement dans le cadre de la doctrine libérale de résolution des crises par la relance.
De plus, les disparités dans les processus de développement conduiront toujours l’Etat, surtout dans les pays en développement, à tempérer la logique du « laisser-faire, laisser-passer », en faisant jouer ses fonctions d’allocation, de redistribution et de régulation pour pallier les limites du libre échangisme.
Assurément, la « main invisible » d’Adam Smith ne pourra pas toujours tout arranger pour faire la richesse et le bien être de tous ! Il faut que celle de l’Etat puisse intervenir pour assurer un minimum de justice sociale.

C’est ce qui fonde les initiatives que nous menons au Sénégal à travers, notamment :
 Le Programme de Bourses de Sécurité Familiale en faveur des couches sociales les plus vulnérables ;
 La Couverture Maladie Universelle, pour l’accès de tous à un minimum de soins de santé ;
 et plus récemment, le Programme d’Urgence de Développement Communautaire, au profit des zones rurales déshéritées, avec quatre composantes : eau, électricité, pistes de désenclavement et équipements pour l’allègement des travaux des femmes.
En définitive, les paradigmes de l’économie nationale et globale ne sont plus ce qu’ils étaient à l’époque des pionniers du libéralisme. Mais ce qui est constant, ce qui fait notre fierté et nous motive à y croire, c’est que par sa vitalité et sa propre dynamique interne, le libéralisme trouve toujours dans ses propres forces, à savoir la libre entreprise, le capital, le travail et l’esprit d’innovation, les ressorts de sa résilience et de son adaptation aux réalités de son temps.
Et c’est essentiel de vivre les réalités de son temps en gardant ses valeurs.
Je vous remercie de votre aimable attention et souhaite plein succès à vos travaux.