Comment Carole, 35 ans, tout juste maman, s’est retrouvée dans le coma huit ans, suite à une erreur médicale

Le 14 mars 2008, Carole, 35 ans, est prise de violents maux de tête, une semaine après avoir donné naissance à son quatrième enfant. Admise aux urgences de l’hôpital Bichat à Paris, les céphalées s’intensifient. Après une IRM, le neurologue donne une autorisation de sortie. Elle sera rappelée deux jours plus tard. Le temps de l’admission, Carole est terrassée par une hémorragie cérébrale d’une violence inouïe. Elle sombre dans le coma, état dans lequel Carole vit depuis plus de huit ans. Que faire quand médecine et justice sont solidaires au mépris des faits ? Extrait de « La vérité pour ma fille », de Bernard Elhaik, aux éditions Michalon.

« Je t’aime, maman Carole… »

17 mars 2016. La porte de la chambre de Carole est ouverte, comme d’habitude. Les infirmières dont le bureau se situe en face peuvent intervenir en cas d’urgence. Quelle urgence ? Je me le demande. Carole n’est plus en mesure de solliciter quoi que ce soit. Cela fait pile huit ans aujourd’hui qu’elle est enfermée dans sa forteresse. Par moments, ses muscles se tendent, ses paupières clignent, ses membres se tétanisent, ce sont des purs réflexes. Carole respire, son souffle est douloureux, sorte de râle permanent dont on ne sait interpréter la musique.

De quel côté de la barrière se situe-t-elle ? Du côté de la vie ou de la mort ? Je n’ai pas la réponse. Je lui caresse la joue qu’elle a très rouge aujourd’hui. Sa peau est un peu sèche, je vais demander à Lila, l’assistante médicale, de lui hydrater les mains. Cela fait bien longtemps que je ne parle plus à Carole. Lila continue de s’adresser à elle, de faire comme si… Elle la maquille, la coiffe, lui met du vernis aux ongles. Si jamais…

À quoi bon ? M’entend-elle ? Me voit-elle ? Sait-elle encore que je suis son père ? Je tourne en rond dans la chambre, la télé est allumée sur les Feux de l’amour, les cahiers dans lesquels les visiteurs de ma fille déposent des messages de soutien s’empilent sur la console.

Les murs sont peuplés de photos et dessins de mes petits-enfants, les enfants de Carole qui sont privés d’une maman en pleine vie. La petite Eden vient d’avoir 8 ans, elle a déposé il y a peu un dessin avec des papillons et des cœurs avec cette déclaration d’amour lourde de sens : « Je t’aime, maman Carole ». Comme si la fillette pouvait avoir une autre mère…

Annie, ma femme, est en croisière, partie se changer les idées en Méditerranée. Elle y a bien droit après ces huit années de souffrance, de faux espoirs quant à un réveil miraculeux de notre fille et de combat pour rendre justice à Carole.

Avant mars 2008, notre vie était bien douce. La photo du mariage de Carole ne cesse de me ramener à ce temps révolu. Qu’elle était belle avec ses mèches floues sur le visage, des fleurs dans les cheveux et des boucles d’oreilles blanches.

Nous n’avions jamais été confrontés à la maladie, nous menions une existence plus qu’enviable avec nos filles installées dans le même quartier que nous, à Levallois-Perret. Nous étions des grands-parents comblés après avoir été les parents chanceux de trois filles magnifiques, Carole et sa jumelle Sandie, et Julia la cadette.

Carole et Sandie sont des jumelles homozygotes, des copies conformes que nous prenions surtout soin de ne pas habiller pareil afin que chacune développe sa propre personnalité. Carole : gauchère avec une fossette au menton. Sandie : droitière avec un grain de beauté à la jambe. Gamines, elles ne me quittaient pas d’une semelle à tel point que je m’amusais à les appeler « mes colts ».