Cheikh Béthio Thioune ou la fin d’un mythe

Depuis l’affaire du double meurtre de Médinatou Salam, le guide des “thiantacounes” tente de revenir au-devant de la scène par tous les moyens, estime le quotidien Libération. Mais le récent “ndigeul” du Khalif général des mourides devrait mettre fin à ses ambitions pour de bon.

 Cheikh Béthio Thioune de Charybde en Scylla. Ou, plus prosaïquement, Cheikh Béthio Thioune de mal en pis. Depuis 2012, le guide moral du mouvement “thiantacoune” perd de sa superbe au mythe d’événements ou de déclaration qui sont à son désavantage.

Juste après la perte du pouvoir des libéraux qu’il avait promis de réélire grâce à sa force militante de millions de “thianta” sur les listes électorales, rappelle le quotidien Libération, les choses se gâtent pour le Cheikh. Comme un pieds de nez du destin, la dégringolade commence un certain mois d’avril qui est à la base de l’histoire particulière de sa rencontre avec le cinquième khalife de Cheikh Ahmadou Bamba, Serigne Saliou Mbacké.

La légende du petit enfant courant derrière la charrette de ce dernier le 17 avril 1946 à Tassette, rappelle la même source, est une date importante dans le calendrier Thianta. Mais, elle a laissé place à un avril, le 22, plus lugubre dans sa localité natale de Madinatou Salam en 2012. Une séance d’allégeance vire au massacre. Deux disciples du Cheikh Bara et Ababacar Diagne sont battus à mort et enterrés à moins d’un kilomètre de sa maison de Keur Samba Laobé. Des indices accablants mouillent Béthio et 20 de ses disciples. Ils sont arrêtés et mis sous mandat de dépôt pour meurtres aggravés, association de malfaiteurs, recel de malfaiteurs.

En février 2013, poursuit Libération, après quatre demandes de liberté provisoires rejetées, il est autorisé à se faire traiter médicalement en France et peine inexplicablement à rejoindre la case prison depuis.

Les fastes réunions hebdomadaires de ses disciples à Ndiouroul Mermoz, réduites à leur portion congrue par les autorités, depuis les émeutes pour sa libération à Dakar en octobre 2012, rognent sa capacité d’influence. Désormais, c’est par coups médiatiques que le guide des thiantacounes se rappelle au bon souvenir de l’opinion. Comme cette humiliation infligée à la chanteuse Ami Collé Dieng à Janatu lors du Magal de Touba de 2014.

Ses prises de contrôle hostile n’ayant pas réussi, Cheikh Béthio Thioune abat sa dernière carte : une féminisation à outrance du titre de Cheikh qui a fini de profaner cette appellation honorifique. Elle a également eu l’heur d’agacer l’oligarchie mouride à Touba qui a réglé ces cas d’espèce, poliment mais fermement. Après ses rapports presque séditieux avec l’authentique hiérarchie Mbacké-Mbacké, le rappel à l’ordre de Serigne Sidy Moctar Mbacké est plus une porte de sortie honorable pour Béthio.

Consigne reçu 5 sur 5 affirme la même source. Voix grave et ample, boubou blanc pour une déclaration filmée, Cheikh Béthio désacralise “cheikhs” et “cheikhettes” et accepte de rentrer dans les rangs qu’il semblait avoir quitté depuis la disparition de Serigne Saliou. Suffisant pour que certains dignitaires de Touba parlent déjà de la fin d’un mythe. Hasard du calendrier, c’est hier qu’on s’est remémoré pour la neuvième année, la disparition de son vénéré guide dans le calendrier musulman.