Alioune Badara Cissé (ABC) sur son avenir politique : « considérez-moi comme un cadavre politique »

« Si se mettre au service de ses concitoyens est un mouroir politique, j’accepte de mourir politiquement. Si travailler sans relâche à l’apaisement du climat social est mourir politiquement, je suis prêt à le faire. Si participer à l’apaisement du climat politique sénégalais est de mourir politiquement, considérez-moi comme un cadavre politique. » C’est la forte conviction de Me Alioune Badara Cissé qui a été installé, dans ses nouveaux habits de Médiateur de la République, en remplacement du professeur Serigne Diop. Pour ceux qui ne le savaient pas, la fonction de Médiateur interdit à l’occupant du poste toute activité politique.

Me Alioune Badara Cissé retrouve la lumière et les ors du pouvoir après plus de deux ans de traversée du désert. Il a profité de la cérémonie de passation de services à la Médiature pour revenir sur ses « retrouvailles » avec le président de la République, Macky Sall, après un long moment de brouille provoqué par son limogeage du ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur. Me Cissé a tenu à « remercier le président de la République pour cet extraordinaire travail intérieur de dépassement pour que deux frères pendant un moment perdu de vue se retrouvent ». « Je retrouve dans cette salle des gens qui ont tant oeuvré pour que cela soit, mais Dieu avait dit que cela ne sera pas en ce moment-là, cela le sera dans le secret de son cabinet, sans nul autre témoin. Parce qu’au moment où cette amitié se scellait, au moment où ces combats se menaient au Sénégal et à l’étranger, il n’y avait pas de témoins », a-t-il fait savoir. Selon Me Cissé, sachant que « ce jour arriverait ici ou ailleurs », il s’est fait « en sacerdoce l’obligation de ne rien faire et de ne rien dire ». « Je suis resté droit dans mes bottes, carré dans mes principes pour certains, mais je savais que s’il fallait donner une vie pour que la sienne soit sauvé, je donnerai la mienne. Pendant le temps de notre compagnonnage politique et administratif, je n’ai rien fait de moins que cela.
Aujourd’hui, il a pris sur lui-même de me mettre à la tête d’une institution dans laquelle je ne reçois d’instruction de personne ou alors d’aucune autorité », a-t-il fait savoir.
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« Ma carrière politique a le droit d’être sacrifiée au profit des besoins des Sénégalais. Si vous pensez que sacrifier sa carrière politique. Et je suis au coeur de l’administration de la cité, en étant le porte-voix de ceux qui n’en ont pas, ceux qui n’en espèrent pas, ceux qui pensent que pour eux tout est fini », a-t-il argué.

La passation de service entre le Pr Serigne Diop et Me Alioune Badara Cissé, qui s’est déroulée dans les locaux de la médiature de la République, avait les allures d’un « nguenté » avec une très forte assistance qui a tenu à assister à cette cérémonie. Du coup, ce fut l’anarchie totale surtout pour les journalistes qui ont eu toutes les peines du monde pour travailler dans de bonnes conditions. Tellement les inconditionnels d’ABC tenaient à se manifester auprès de leur mentor. Histoire de faire du « je suis là », « je suis venu ». Ce qui pousse à réfléchir encore une fois sur la manière dont se tiennent les cérémonies de passation de services qui vraiment devraient être réduites à leur plus simple expression. Pourtant le président Macky Sall avait demandé que cessent ces formes de passation de services qui ressemblaient plutôt à des meetings politiques ou cérémonies familiales.

On aura remarqué la gestion, ô combien salutaire, en tout cas sobre et vertueuse, du Pr Serigne Diop, médiateur de la République sortant. En effet, dans son allocution, le médiateur entrant a fait état de l’insistance de Serigne Diop à lui céder le véhicule de fonction. « Il me l’a rappelé plusieurs fois avant que je ne lui réponde que la voiture est la sienne. De même pour les bons d’essence qu’il a tenu à me remettre », a révélé ABC. Un acte à imiter.

Le Témoin