En pleine controverse sur les violences policières, Claude Bartolone vient de saisir le Défenseur des droits pour qu’il mène une étude sur « la doctrine et la pratique » du maintien de l’ordre en France. Mais qui est responsable de ces dérives ? Que peut faire le gouvernement ? LCI fait le point avec Christian Mouhanna, chercheur au CNRS et auteur de « La police contre les citoyens ? ».

Entre le décès d’Adama Traoré l’année dernière, le viol présumé de Théo à Aulnay ou l’interpellation musclée de Mohamed, les violences policières reviennent au coeur du débat en France. Pour preuve, de nombreux incidents ont éclaté ces derniers jours en région parisienne, notamment en Seine-Saint-Denis. Les manifestants réclamaient la justice pour Théo et marchaient globalement contre les violences policières.

C’est aussi ce que réclame l’ONG Acat. Dans un rapport publié en mars dernier, elle dénonçait le « manque de transparence » des autorités au sujet des violences policières. L’association a recensé au moins 39 personnes grièvement blessées et une décédée par des tirs de lanceurs de balles de défense ces dix dernières années en France. Parmi ces blessés, 21 ont été éborgnés ou ont perdu la vue. Les victimes sont souvent jeunes:  une sur trois était mineure.

Ce mercredi, Claude Bartolone a saisi le Défenseur des droits afin qu’il mène une étude dans la doctrine du maintien de l’ordre. Mais comment évaluer les violences policières ? Que peut vraiment faire le gouvernement ? Nous avons interrogé Christian Mouhanna, chercheur au CNRS, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) et auteur du livre « La Police contre les citoyens ? ».

LCI.fr : Quels sont les rapports entre la police et les jeunes de banlieue ?

Christian Mouhanna : Les rapports sont très mauvais depuis très longtemps. Il s’agit d’une tension culturelle historique. Toute cette politique de ciblage, c’est quelque chose qui fonctionne depuis plus 40 ans dans la police. On vise les jeunes, d’origine immigrée et pauvre, car ils constituent des gens sur lesquels on va faire porter des soupçons (trafic de drogue, vols…). Etre jeune est un problème.

LCI.fr : Peut-on quantifier les violences policières ?

Christian Mouhanna : Le chiffre est extrêmement difficile à construire. On sait qu’il y a des violences policières, on sait aussi que certains policiers sont pour être particulièrement violents à certains endroits. Mais c’est très dur à quantifier. Les victimes se plaignent peu et ne se rendent pas toujours au commissariat. C’est difficile d’aller déposer plainte à la police quand on a été violenté par la police. Autre élément important, quand l’affaire passe en justice, le parquet a plutôt tendance à soutenir la police. En bref, le phénomène est bien plus important que ce qu’enregistre la justice.

LCI.fr : Finalement, que peut-faire le gouvernement ?

Christian Mouhanna : La première étape serait de reconnaître qu’il y a une discrimination policière, de dire qu’il y a des brebis galeuses dans le groupe et de faire le ménage. Il faut avoir le courage de dire les choses aux policiers au nom de ceux qui essayent de bien faire leur boulot. Il faudrait recréer une police de proximité et mettre en place système d’évaluation de la police. Le gouvernement pourrait aussi mettre en place le récépissé, abandonné par François Hollande. Ce reçu serait édité quand les gens sont contrôlés et aurait l’avantage, non pas de solutionner les discriminations, mais de quantifier le phénomène. Ce qu’il faut, c’est sortir du phénomène d’occultation de toute l’activité policière.

LCI.fr : Faut-il toujours attendre un drame pour réveiller les consciences ?

Christian Mouhanna : C’est le mode de fonctionnement de la politique française. Tant qu’il y a un drame on ne traite pas.

Lci

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