Tribunal pénal pour la Yougoslavie : 40 ans de prison pour Radovan Karadzic

Vingt-quatre ans après, l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie a été condamné pour génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

La guerre puis la clandestinité, la détention préventive et enfin la condamnation ; le verdict rendu par le TPI sur l’ex-Yougoslavie met un point final au parcours de cet aventurier sans scrupules qui aura duré près d’un quart de siècle.

Au début de l’année 1992, quelques semaines avant le déclenchement des hostilités, Radovan Karadzic avait encore ses habitudes à l’hôtel Holiday Inn de Sarajevo, qui allait ensuite devenir le QG de la presse mondiale en Bosnie-Herzégovine. Affable, presque mondain, celui qui était déjà le chef de file de la communauté serbe exposait alors volontiers aux journalistes de passage son projet. En substance : vouloir faire cohabiter à tout prix Serbes, Croates et musulmans (aujourd’hui appelés Bosniaques) était une erreur ; il fallait regrouper chaque peuple dans des entités distinctes, quitte à procéder à des déplacements de population.

Bouffées délirantes et pulsions morbides

Peu de temps après, il s’était montré plus explicite à la tribune du Parlement. S’adressant à Alija Izetbegovic, président de ce qui était encore une République autonome au sein d’une Yougoslavie agonisante, il s’était exclamé : « Vous allez plonger la Bosnie dans l’enfer. En cas de guerre, les musulmans seront exterminés. » La suite est connue : près de quatre ans de guerre, le siège de Sarajevo, la purification ethnique et, pour finir, le massacre de Srebrenica, le tout pour un total de 100 000 morts.

En l’espace de quelques jours, Radovan Karadzic allait passer du statut de quasi-inconnu à celui d’ennemi public numéro un, ex æquo avec Slobodan Milosevic, son mentor, et le général Ratko Mladic, son exécuteur des basses œuvres. Mais autant ses complices étaient rationnels (Milosevic dans son obsession du pouvoir, Mladic dans sa haine des musulmans), autant Karadzic pouvait se révéler insaisissable entre bouffées délirantes et pulsions morbides.

Poète à ses heures, l’ancien psychiatre s’était ainsi laissé aller à un aveu dans un recueil publié quelques années avant de passer à l’acte : « Je ne suis pas né seulement pour sentir les fleurs, mais aussi pour incendier, tuer et tout réduire en poussière. »

Séducteur, menteur, parano et alcoolique

Ceux qui, durant le conflit, ont fait le voyage à Pale, station de ski devenue capitale des Serbes de Bosnie, gardent le souvenir d’un hôte séducteur et retors, cabotin et passablement halluciné. « Un des pires hommes » que le négociateur américain Richard Holbrooke ait connus. « Il croyait vraiment aux théories racistes […], il aurait fait un bon nazi », avait-il lâché après l’arrestation de Karadzic. De son côté, le général britannique Michael Rose, ancien commandant des forces onusiennes en Bosnie, décrit « un menteur accompli, intrinsèquement paranoïaque et buveur invétéré ».