Trève en Syrie : trois obstacles majeurs se heurtent à l’accord russo-américain

L’accord sur une trêve en Syrie conclu, samedi, à Genève, entre les diplomaties américaine et russe risque d’être difficile à concrétiser sur le terrain. Trois principaux écueils pourraient faire échouer sa mise en place.

L’accord scellé entre les Américains et les Russes sur la trêve en Syrie s’avère complexe à mettre en place. Cette difficulté tient en trois points majeurs : la profonde méfiance demeure entre le régime et les rebelles, l’alliance entre ces derniers et des jihadistes désignés comme « terroristes » et les acteurs multiples de ce conflit.

Des années de méfiance

Depuis cinq ans, aucun accord de trève annoncé n’a réellement pu être mis en place. Le régime et les rebelles se sont toujours mutuellement accusés de violations. Le 27 février, un premier accord russo-américan de trêve excluant les jihadistes voit le jour, mais il s’effrite au bout de quelques semaines, notamment à Alep (nord), principal front du conflit.

L’opposition, qui appelle depuis cinq ans au départ du président Bachar al-Assad, a fait état de ses doutes quant à la volonté du régime de respecter le nouvel accord qui prévoit, dans son premier volet, une cessation des hostilités. « Nous ne nous attendons pas à ce que le régime le fasse de plein gré. Nous ne comptons pas du tout sur le régime », a fait remarquer Bassma Kodmani, membre de l’opposition à Bachar al-Assad. Selon cette dernière, seul Moscou, allié de Damas, est en mesure de forcer le régime syrien à respecter l’accord.

De son côté, Damas, qui considère tous les groupes rebelles comme des « terroristes », n’a pas encore réagi officiellement à l’accord. Mais à Genève, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a affirmé que le gouvernement syrien avait été informé des clauses de l’accord et qu’il allait les « respecter ». Il a tenu à rappeler que certains groupes rebelles avaient jusqu’à présent « refusé de coopérer » sur le terrain. D’après Charles Lister, chercheur au Middle East Institute, la rébellion a « très peu d’espoir dans une cessation des hostilités à long terme ».

Alliance rebelles-jihadistes

Le deuxième volet de l’accord prévoit qu’Américains et Russes puissent mener des frappes conjointes contre les jihadistes. Pour cela, Washington doit convaincre les groupes rebelles alliés aux formations jihadistes, notamment dans les provinces d’Alep et Idleb (nord-ouest), de s’en dissocier.

Le principal allié jihadiste des rebelles est le Front Fateh al-Cham, ex-Front al-Nosra qui a renoncé à son rattachement à Al-Qaïda, mais reste considéré comme un groupe « terroriste » par Moscou et Washington. Bassma Kodmani a estimé que face à une offensive du régime, « les forces rebelles sont obligées de s’allier avec les groupes radicaux », mais qu’en cas de cessez-le-feu, ces groupes se retrouveraient « marginalisés ».

Mais d’après les analystes, il sera très difficile pour les rebelles de se distancier de leurs compagnons d’armes au sein de Fateh al-Cham, un groupe bien organisé et armé qui reste un pilier militaire dans n’importe quelle bataille contre les troupes du régime. Pour les insurgés, se détacher de Fateh al-Cham « signifie de facto qu’ils vont céder du terrain face au régime (…) il sera très difficile de leur faire changer d’avis », note le chercheur Charles Lister.

Des acteurs multiples

Si les deux principaux acteurs internationaux du conflit ont convenu de ce plan, rien pour le moment ne prouve que les parrains régionaux du régime et de la rébellion sont satisfaits du nouvel accord. La Turquie, qui soutient l’opposition mais qui s’est rapprochée dernièrement de la Russie, s’est félicitée de l’annonce russo-américaine. Mais quid de l’Arabie saoudite, qui parraine les rebelles, et de l’Iran, allié du président Assad ? « Téhéran (…) pourrait entraver » l’accord, estime Charles Lister. « Le fossé entre la Russie et l’Iran a longtemps été une dynamique sous-estimée », précise-t-il.

Quant au royaume saoudien, il martèle sans cesse que tout accord doit déboucher sur le départ du président Assad, dont le sort reste la principale pierre d’achoppement de toute négociation sur le conflit.