Soudan du Sud : prêt à discuter avec l’ONU du déploiement d’une force régionale

Le président sud-soudanais a affirmé lundi ne pas être opposé au déploiement de Casques bleus supplémentaires dans son pays tout en réclamant de plus amples discussions, un apparent assouplissement de sa position après l’adoption d’une résolution de l’ONU brandissant la menace d’un embargo sur les armes.

« Nous ne sommes pas opposés à toute aide et nous écoutons volontiers les conseils », a déclaré Salva Kiir devant le parlement à Juba, la capitale. « Mais l’aide requiert le dialogue et ne devrait pas être imposée au risque de devenir une intervention qui compromet notre souveraineté et diminue notre capacité à gouverner efficacement », a-t-il ajouté.

Sous les applaudissements d’une assemblée largement composée de partisans, le président Kiir a prononcé un discours à la tonalité conciliante et aux allures d’adresse à la nation, promettant l’unification de l’armée loyaliste et des ex-rebelles ainsi que la mise en oeuvre d’un processus électoral, des dispositions figurant dans un accord de paix signé en août 2015 mais restées lettre morte jusqu’à présent.

Trois jours plus tôt, le Conseil de sécurité de l’ONU avait autorisé le déploiement de 4.000 Casques bleus supplémentaires pour assurer la sécurité à Juba et dissuader les attaques contre les bases de l’ONU, soit un mandat plus robuste que celui de l’actuelle mission de l’ONU au Soudan du Sud (Minuss), forte de 12.000 soldats.

La résolution adoptée menace également d’imposer un embargo sur les armes si le gouvernement sud-soudanais bloque ce déploiement.

« Nous devons engager le dialogue et échanger des idées sur la meilleure manière d’aller de l’avant au lieu d’être mis devant le fait accompli par des intervenants extérieurs », a martelé le président sud-soudanais.

Cette référence au dialogue contraste avec la rhétorique adoptée ces dernières semaines par le gouvernement sud-soudanais. En amont du vote de l’ONU, Juba avait tout simplement rejeté le projet de résolution, estimant qu’il sapait la souveraineté de ce pays indépendant depuis 2011.

– Près d’un million de réfugiés –

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a elle regretté que l’embargo sur les armes en soit resté au stade de la menace et que n’aient pas été envisagés un gel des avoirs et une interdiction de voyager pour certaines personnalités sud-soudanaises.

La résolution de l’ONU a été adoptée à la suite de combats à l’arme lourde début juillet à Juba entre les forces gouvernementales et les ex-rebelles répondant aux ordres du vice-président Riek Machar. Accompagnés de nombreux viols, y compris sur des bases ethniques, ces combats ont fait des centaines de morts et plus de 70.000 réfugiés.

Ils ont également mis en péril le fragile accord de paix visant à mettre un terme à la guerre civile débutée en décembre 2013 et qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et 2,5 millions de déplacés.

Les soldats de la Minuss ont été très critiqués à la suite de cette récente flambée de violence pour ne pas avoir su protéger les civils, y compris des femmes et filles violées à proximité d’une base onusienne à Juba.

Début août, l’ONU a documenté au moins 200 cas de viols de Sud-Soudanaises à Juba pour le seul mois de juillet, perpétrés par des hommes en uniforme, notamment issus des troupes de Salva Kiir.

Dans un rapport publié lundi, HRW a également détaillé ces violences et rapporté d’autres exactions des troupes gouvernementales, le 11 juillet, dans un hôtel abritant des employés d’organisations internationales et situé à moins d’un kilomètre d’une base de l’ONU.

Plusieurs dizaines de militaires avaient investi l’hôtel et s’étaient livrés à de nombreuses exactions: plusieurs employées étrangères avaient alors été violées et le journaliste John Gatluak, un Nuer, avait été abattu devant témoins.

Lundi, Salva Kiir a promis de poursuivre les responsables de violences sexuelles commises début juillet à Juba, et dont ses forces ont été principalement accusées.

Il s’est également engagé à unifier les armées d’ici à mai 2017, soulignant que la cohabitation de deux armées dans un seul pays ne pouvait fonctionner et « s’est déjà avérée désastreuse ».

Le HCR s’est quant à lui inquiété lundi de la difficulté des agences humanitaires et des pays de la région à faire face au nouvel afflux de réfugiés provoqué par les combats meurtriers de Juba. « Il y a déjà 930.000 réfugiés (sud-soudanais) dans la région, et de nouveaux viennent grossir leurs rangs chaque jour »