Signature des APE: Les Présidents africains aiment-ils l’Afrique?

Les APE sont une réponse que l’UE a proposée aux pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) suite à la non-conformité, d’après l’OMC, de la convention de Lomé et des accords de Cotonou à ses règles. En effet, la convention de Lomé et des accords de Cotonou permettaient à des marchandises provenant des pays ACP d’entrer sans droits de douane dans l’espace européen. C’est pour résoudre cette disparité que la Commission de l’UE a proposée, en 2002, les APE aux pays ACP.

En 2007, l’objectif que l’Union européenne s’était fixée lors du IIème sommet UE-Union Afrique de Lisbonne tomba à l’eau. A la clôture du sommet dont la finalité principale était de faire signer les présidents africains les APE avant le 31 décembre 2007, le président Abdoulaye Wade réaffirme son opposition et celle de nombreux de ses homologues en ces termes : « Oui, oui… Mais on ne parle plus des APE. On a dit qu’on les a rejetés, pour nous c’est fini. Quand on va se retrouver, on discutera, l’Union européenne présentera des APE, nous nous présenterons autre chose. Mais aujourd’hui… Je l’ai même dit en plénière plusieurs fois, et cela a été dit, et redit encore ce matin : les Etats africains rejettent les APE. Maintenant, quand j’ai lu ce texte, j’ai dit, comme dans toutes les conférences internationales : s’il y a des pays qui ne sont pas d’accord avec ces résolutions, il faut mentionner qu’ils ont des réserves sur la résolution, c’est la démocratie ! Mais ceci représente la tendance de la majorité des Etats africains… ».

Constatant cet échec, l’UE décida de changer de stratégie en privilégiant les négociations individuelles au détriment de l’approche régionale (UA) ou sous régionale (Cedeao, CEEAC, SADC, UMA..). Oui l’UE avait bien compris que certains Etats africains comme la Côte et le Ghana trouvent leurs intérêts dans la signature des APE. Cette démarche européenne témoigne également de la faiblesse de la solidarité africaine et du manque de considération des Présidents africains à l’UA, contrairement à leurs homologues européens dont l’UE porte leur voix. La signature des APE risque très fortement de déstructurer la majorité des économes africaines comme la nôtre qui importent plus qu’elles n’exportent. Les APE vont alors désavantager de nombreux pays africains y compris le Sénégal au regard de la faiblesse du volume des marchandises qu’ils exportent et le poids important des recettes douanières dans leur économie (80% des produits européens vont entrer sur le marché des Etats ACP sans droits de douane) sans compter les risques de disparition d’entreprises locales qui ne pourront pas concurrencer avec celles européennes. Cela dit beaucoup de pays africains comme le Sénégal pourraient rencontrer de sérieux problèmes pour bien assurer leurs fonctions étatiques régaliennes.

Voilà pourquoi outre des acteurs politiques, tout au long du processus des négociations, des organisations de la société civile d’Afrique subsaharienne comme le Collectif sénégalais NON AUX APE se sont farouchement opposées à la signature des APE par leurs gouvernements tels qu’ils sont présentés par la commission de l’UE.

La menace de déstructuration des économies africaines par les accords de partenariat économique a été également l’une des conclusions du rapport de la Députée Christiane Taubira commandité par le président Nicolas Sarkozy en 2008. « Ainsi, après la suppression des recettes fiscales douanières qui constituent parfois près de 40 % des ressources budgétaires des États, les APE vont procéder durablement sinon définitivement au désarmement des États ».

D’où le sens des dédommagements promis par L’UE aux Etats ACP. Et pourtant, les APE ne sont, en réalité, rien d’autre qu’une réponse européenne contre l’invasion chinoise du marché africain. Le mal de l’Afrique, c’est d’avoir des dirigeants qui ne comprennent pas les enjeux géostratégiques ou au mieux qui ont tout compris mais font semblant de ne rien comprendre. La satisfaction du bonheur des peuples africains semble venir après celle des désirs de leurs partenaires surtout occidentaux.

 

Adama SADIO ADO

Chercheur en Sciences politiques

adosadio@yahoo.fr

1 Comment

Les commentaires sont fermés.