Sarkozy : « Aimer n’est pas voter…Balladur, Jospin… »

Pour expliquer sa conviction que Juppé s’effondrera, Sarkozy aime à rappeler que « les Français ont adoré Simone Veil, Jacques Delors, Édouard Balladur et Bernard Kouchner, mais ils ont voté pour Mitterrand, Chirac et moi ». Aimer n’est pas voter, et les faits lui donnent en partie raison. Lors des six dernières consultations présidentielles, les résultats ont démenti quatre fois les sondages réalisés un an auparavant :

  • En 1980, Valéry Giscard d’Estaing était crédité par l’Ifop du double du score de François Mitterrand au premier tour et d’une victoire sans appel au second. Mais, en 1981, il a été battu d’une courte tête ;
  • En 1994, l’Ifop voyait Édouard Balladur dix points devant Jacques Chirac au premier tour et vainqueur au second. Un an plus tard, Chirac était élu ;
  • En 2001, ce même Ifop donnait Lionel Jospin largement en tête au premier tour. Il se classera finalement troisième derrière Chirac et Jean-Marie Le Pen, et sera éliminé ;
  • En 2006, un sondage Sofres prédisait à Ségolène Royal la première place, au premier comme au second tour. Or, dans les deux cas, elle sera devancée par Sarkozy.

Comment expliquer ces écarts entre les intentions de vote et la réalité du scrutin ? « Nos études ne sont pas prédictives, répond Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop. Il n’existe aucune règle intangible que le favori du moment se fasse éjecter de la compétition. Il peut se passer tellement de choses en un an aux plans international, politique, économique ou social ! Qui aurait pu prédire l’échec du contrat première embauche (CPE) de Dominique de Villepin, en 2006 ? Et l’affaire du Sofitel pour Dominique Strauss-Kahn, en 2011 ? »

Un possible retournement de l’électorat…

Le parallèle entre les échecs de Balladur en 1995 et de Jospin en 2002 est instructif. « Balladur perd parce qu’il n’a pas vraiment fait campagne », estime Bernard Sananès. « Jospin perd parce que, après une première partie de mandat à Matignon réussie (trente-cinq heures, couverture maladie universelle, emplois jeunes), il s’est mis en pause et que ses électeurs, déçus, ont éparpillé leurs voix entre les petits candidats de gauche : Christiane Taubira, Jean-Pierre Chevènement et Noël Mamère. Il a joué directement le second tour, mais à son détriment puisqu’il est arrivé troisième », analyse pour sa part Jérôme Fourquet.

À un an du premier tour, peu de certitudes

Dans les deux cas, le retournement de l’électorat s’expliquait par la suffisance de candidats convaincus que leur bon bilan et/ou leur statut de favori les dispensaient de faire campagne, au moment précis où leurs challengers mettaient le paquet pour démontrer qu’ils étaient meilleurs qu’eux. « Comme au foot ou en cyclisme, résume Sananès, le statut de favori n’est pas de tout repos, parce qu’on devient la cible des autres candidats. » Ce qui peut finir par changer l’appréciation initiale de l’électeur, si le « premier de la classe » ne réagit pas. « On vote souvent pour celui qui a « mouillé le maillot » », ajoute Fourquet.

À un an de l’échéance, de quoi est-on sûr ? À vrai dire, de pas grand-chose. Juppé est assurément en pole position dans son camp, mais son aura résistera-t-elle aux coups portés par ses challengers ? Parce qu’il a 70 ans, certains le présentent déjà comme un « cheval de retour ». D’autres le jugent mollasson, autiste et suffisant… La prochaine entrée en scène officielle de Sarkozy suffira-t-elle pour ramener à lui les électeurs de droite partis sous d’autres cieux, centre ou Front national, et lui permettre de reprendre l’avantage sur le maire de Bordeaux ? La justice coulera-t-elle ses prétentions en le mettant en examen dans l’une des nombreuses affaires qu’il traîne derrière lui ?