Royaume-Uni: la Une du «Sun» sur Elisabeth II scandalise Buckingham Palace

Selon le tabloïd, elle exprima, jadis, son aversion de l’Europe. Buckingham dément.  

Outrage Outre-Manche : la reine Elisabeth II vient d’être impliquée, bien malgré elle, dans le débat sur le référendum européen. Mercredi matin, le tabloïd britannique « The Sun » a titré en Une : « La Reine soutient le Brexit (la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, NdlR) », avec le sous-titre : « L’UE se dirige dans la mauvaise direction, dit-elle ». Dans son article, le quotidien explique que « la reine a été exposée comme une partisane du Brexit, suite à la révélation des détails d’une extraordinaire dispute entre elle et Nick Clegg (l’ancien vice-Premier ministre libéral-démocrate, et europhile) à propos de l’Europe ». Lors d’un déjeuner au château de Windsor, elle aurait dit à son interlocuteur « qu’elle croyait que l’Europe se dirigeait dans la mauvaise direction. Sa cinglante réprimande laissa les autres invités assis autour de la table choqués ».

Le quotidien assure tenir cette information d’une « source haut placée et hautement fiable ». Cette personne a raconté au journaliste : « Les gens qui entendirent leur conversation n’eurent plus le moindre doute sur la vision de la Reine de l’intégration européenne. C’était vraiment quelque chose de fort, qui dura un bon moment. L’UE est clairement un sujet qui passionne sa majesté. » Petit détail, non sans importance : la scène évoquée remonterait à 2011.

Tous les coups sont permis

Le journal assure cependant que la Reine a déjà fait part de ses doutes vis-à-vis de l’Union européenne. Sa source, encore anonyme : un parlementaire, très probablement eurosceptique. Il raconte qu’à la question posée par un groupe de parlementaires sur sa perception de l’institution européenne, Elizabeth II a répondu : « Je ne comprends pas l’Europe. » Et le témoin de commenter : « Cela fut dit avec un tel venin et une telle émotion ! Je ne l’oublierai jamais ! »

Les tabloïds britanniques ont pris pour habitude d’exagérer des faits mineurs pour faire les gros titres sur la révélation de prétendus scandales. Une pratique éthiquement très douteuse mais dont le succès commercial est indéniable : « The Sun » écoule chaque jour 1,7 million d’exemplaires, et son concurrent, « The Daily Mail », 1,5 million. Promoteurs insatiables de la sortie de l’Union européenne, « The Sun » et ses alliés politiques utilisent vraisemblablement cette même tactique pour emporter l’adhésion des électeurs.

La décision de publier le récit de cet échange cinq ans après son déroulement fait particulièrement douter de sa virulence. Vernon Bogdanor, professeur réputé de droit constitutionnel, n’a pas hésité à considérer ces allégations « absurdes » : « La Reine parle et agit selon l’avis de ses ministres », a-t-il fait remarquer.

Royale colère

L’enjeu autour d’Elizabeth II n’est pas anodin. Figure unique dans le paysage britannique, elle dispose d’un capital de sympathie important depuis la Seconde Guerre mondiale. Alors que la famille royale avait décidé de Londres sous les bombardements allemands, elle, encore enfant, et son père George VI visitaient les ruines et consolaient les victimes. Son avis influence un nombre certain de ses 64 millions de sujets britanniques.

Cette polémique a en tout cas provoqué la colère du palais de Buckingham. Fait exceptionnel, celui-ci a porté plainte auprès du régulateur de la presse avant de rappeler que « la Reine reste politiquement neutre, comme elle l’a été depuis 63 ans« . Si elle ne fut pas toujours d’accord avec les choix de ses Premiers ministres, jamais la monarque de 89 ans ne s’est laissée aller à des prises de position publiques sur des thématiques conflictuelles. Son seul écart : quelques jours avant le référendum sur l’Ecosse, elle avait soufflé à des personnes du public : « J’espère que les gens penseront soigneusement au futur. »