Rama Yade : la petite sénégalaise qui rêve de l’Elysée

Pas de soutien majeur mais une confiance en soi à toute épreuve : l’ex-égérie de Nicolas Sarkozy se verrait bien présidente de la République française.

On le lui répète avec condescendance depuis l’annonce de sa candidature à la magistrature suprême en France, le 21 avril : « La présidentielle n’est pas un jeu de cour de récréation. » Ex-égérie de la Sarkozie, Rama Yade, 39 ans, ne le sait que trop bien et entend démontrer tout son sérieux. Sans parti ni mandat électif ni soutien majeur déclaré, mais délivrée de l’épreuve des primaires, l’ex-secrétaire d’État de Nicolas Sarkozy (Droits de l’homme puis Sports) s’est jetée à corps perdu dans la bataille pour l’Élysée. Son atout, considérable : une solide foi en elle-même et en son projet.

Moins de deux mois après s’être déclarée, elle soumettait un programme de quelque 250 propositions. « À ce jour, je suis la seule à avoir un projet pour la France », assène-t-elle. Pour l’élaborer, Rama Yade a sollicité divers experts – dont le général Elrick Irastorza, ancien chef d’état-major de l’armée de terre, l’avocat Christian Charrière-Bournazel ou l’économiste Augustin Landier. Qu’importe si ses détracteurs fustigent un programme attrape-tout peu lisible : elle assume.

« Le choix de la difficulté »

Celle qui conserve une aura et une stature médiatique considérables a lancé « La France qui ose », une coopérative de structures citoyennes et politiques, tels l’Alliance écologiste indépendante, le Parti libéral démocrate, Démocratie 21, le Cercle de la diversité… Rama Yade revendique 130 000 sympathisants au sein de 130 comités locaux répartis dans une centaine de départements et un QG à Paris.

Un petit pied de nez à ceux qui pointent sa solitude. Celle qui entend faire campagne sur le rejet des partis traditionnels, avec un positionnement ni droite ni gauche – « le seul clivage réside entre les audacieux et les conservateurs » -, vient d’entamer un tour de France pour trouver les parrainages nécessaires à sa candidature.

Elle se donne pour mission d’incarner les oubliés de la démocratie

Rama Yade cible en priorité les communes aux maires sans étiquette. « Ils me ressemblent et peuvent me comprendre. » Sa réponse à Daniel Cohn-Bendit, qui prédit son échec ? « De quoi se mêle-t-il ? La démocratie peut déjouer les pronostics. » La jeune femme née au Sénégal et devenue française à 21 ans l’affirme, le principal écueil qu’elle ait rencontré jusqu’à présent, c’est le mépris qui a accueilli sa candidature.

Mais elle prouvera que viser l’Élysée n’est pas sa dernière cartouche pour exister politiquement, elle qui a divorcé de deux partis. « La solution de facilité aurait été de soutenir un candidat, puis de négocier un poste et d’effectuer un retour éclatant. J’ai fait le choix de la difficulté. »

Elle dit vouloir incarner les oubliés de la démocratie, ceux qui n’ont pas le droit de revendiquer leur place dans un système qui favorise les mêmes profils, le même genre, les mêmes tranches d’âge, les mêmes origines…

« En Italie, Matteo Renzi est devenu Premier ministre à 39 ans ; Londres a élu un maire [Sadiq Khan] dont on a lourdement souligné en France qu’il est musulman ; Barack Obama achève son second mandat aux États-Unis et une femme pourrait lui succéder… Le monde change et la France serait condamnée à voir revenir ceux qu’elle congédie ? »

Arrive-t-il à la petite Sénégalaise qui sommeille en elle de reconnaître que viser l’Élysée est gonflé ? Elle s’emporte : « La petite Sénégalaise n’a pas vocation à s’asseoir au bord de la rivière et à regarder l’eau couler. Elle a le droit de rêver d’être la meilleure en son domaine. » Reconnaît-elle parfois qu’elle part battue ? « Je veux être présidente de la République », réplique-t-elle. Avant de préciser qu’elle envisage d’aller jusqu’au troisième tour de la présidentielle, c’est-à-dire les législatives, où ses équipes présenteront des candidats. « Notre but, c’est de bouleverser le jeu politique. »