Présidentielle : la Zambie se rend aux urnes dans un climat de tension

Près de 7 millions de Zambiens se rendent jeudi aux urnes pour désigner un nouveau président après une campagne émaillée de violences. Le scrutin s’annonce très serré entre le sortant Edgar Lungu, élu l’an dernier, et son rival Hakainde Hichilema.

Les électeurs ne se précipitaient pas aux urnes, jeudi 11 août, dans le township de Mtendere, un quartier de la capitale zambienne Lusaka, secoué par des violences qui ont émaillé la campagne présidentielle. Il faut dire qu' »il s’agit de la cinquième élection en dix ans, donc les Zambiensaimeraient que le candidat vainqueur reste un petit moment »

Les Zambiens votent 18 mois seulement après la dernière présidentielle, organisée pour terminer lemandat de Michael Sata, décédé d’une maladie dans l’exercice de ses fonctions en octobre 2014.

Deux grands rivaux

Neuf candidats sont en lice dans ce scrutin à l’issue incertaine où deux hommes, le président sortant Edgar Lungu du Front Patriotique (PF) et son principal opposant Hakainde Hichilema, du Parti uni pour le développement national (UPND), font figure de favoris.

Les premiers résultats sont attendus entre vendredi soir et samedi. Le résultat « risque d’être contesté » car les deux candidats se sont déjà affrontés au précédent scrutin et Lungu l’avait emporté par 30 000 voix d’écart seulement. « On s’attend donc à un vote très serré, même à un deuxième tour si personne n’obtient la majorité absolue. »

Pour ce nouveau scrutin, de nouvelles règles constitutionnelles stipulent en effet que si aucun candidat ne dépasse 50 % des voix, un second tour devra être organisé.

La Zambie vote, par ailleurs, jeudi pour élire ses députés et ses conseillers municipaux, et pour un référendum sur une modification de la Constitution.

Un climat exceptionnellement tendu

La campagne électorale a été marquée par des tensions inédites dans ce pays où les élections se déroulent habituellement dans le calme. « La Zambie était pacifique, mais les cadres du pouvoir se sont énervés et ont attaqué les supporters de l’UPND. Le président ne les a pas arrêtés », regrette Patricia Situmbeko, une mère de cinq enfants qui souhaite un « changement » et qui a voté pour Hichilema.

Selon le Centre d’information sur les élections zambiennes (ZEIC), une organisation de la société civile, au moins trois personnes ont été tuées et plusieurs blessées pendant cette campagne. Esau Chulu, le patron de la commission électorale, a estimé que la campagne avait été marquée par une vague de violences « sans précédent » qui entache les « antécédents historiques d’élections pacifiques en Zambie ».

Les incidents entre militants du parti au pouvoir et ceux de l’opposition ont même poussé la commission électorale à suspendre la campagne pendant dix jours, au mois de juillet, à Lusaka.

Des candidats « indisciplinés »

Le ZEIC, qui pointe « l’indiscipline » des leaders politiques, ajoute que le climat a changé en Zambie depuis les dernières élections. Tout au long de la campagne, Lungu n’a pas hésité à tenir un discours radical voire menaçant envers ses opposants. « S’ils me mettent au pied du mur, je suis prêt à sacrifier la démocratie pour la paix », a-t-il lancé lors d’un récent meeting dans la province minière du Copperbelt (centre), une région décisive pour l’élection.

« Le risque (de violence) est élevé. Les relations entre gouvernement et opposition sont très malsaines », a prévenu Dimpho Motsamai, analyste pour l’Institut d’études sur la sécurité à Johannesburg. S’il est battu, « l’UPND ne devrait pas reconnaître sa défaite sans combattre. Nous espérons que ce combat aura lieu au tribunal et non dans la rue », souhaite t-il.

La Zambie, ex-Rhodésie du Nord, est indépendante du Royaume-Uni depuis 1964 et a été dirigée jusqu’en 1991 sous un régime du parti unique par Kenneth Kaunda, avant de s’ouvrir au multipartisme.

Le pays, qui a connu dans les années 2000 des taux de croissance supérieurs à 10 %, est aujourd’hui durement touché par la chute du cours du cuivre dont il est très dépendant. L’inflation excède les 20 %, le déficit dépasse 8 % du PIB, et le pays pourrait demander une aide du Fonds monétaire international (FMI) après ces élections.