Présidentielle au Bénin : ce qu’il faut retenir du débat télévisé entre Lionel Zinsou et Patrice Talon

Les finalistes de la présidentielle au Bénin, Lionel Zinsou et Patrice Talon, se sont opposés jeudi soir lors d’un débat télévisé de deux heures retransmis sur l’ORTB.

 « Bénin gagnant » contre « Nouveau départ »

Les slogans des candidats, « Bénin gagnant » pour Lionel Zinsou et « Nouveau départ » pour Patrice Talon, et leurs significations ont fait office de fil directeur du débat. D’un côté, un Premier ministre affichant une volonté de s’appuyer sur les acquis « pour aller vers le développement ». « Le Bénin sait gagner mais il y a des réformes à faire », a clamé Zinsou mettant en avant la qualité de la formation médicale de son pays. « Nous manquons de tout, mais nous avons des soignants exceptionnels. Nous devons améliorer leurs conditions », a-t-il dit.

À l’opposé, l’homme d’affaires a dressé un tableau assez noir de la situation. « Rares sont les Béninois qui vont vous dire que le Bénin va bien, a-t-il dit. L’État est défaillant partout. »

Des attaques répétées

À quelques jours du second tour, il fallait si attendre. Zinsou et Talon ne se sont pas fait de cadeaux, se lançant de multiples attaques personnelles. Le roi du coton a ouvert le bal dès la première question des modérateurs. « Vous ne connaissez pas le Bénin », a-t-il lancé à maintes reprises. Il a aussi accusé le Premier ministre « d’avoir le syndrome du gouverneur d’une contrée sauvage ». Ce à quoi Lionel Zinsou a répondu sèchement en s’attardant sur ses racines familiales et celles de Patrice Talon. Il a notamment affirmé que ce dernier était issu d’une famille ayant fait fortune dans la traite négrière. « Je ne vous reproche pas que vos ancêtres soient français ou que certains de vos enfants le soient », a lancé Zinsou.

Le candidat des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) s’est également attaqué au concept de rupture mis en avant par son adversaire rappelant qu’il avait été un élément central du régime du président Thomas Boni Yayi et que nombre de ses soutiens également. « Vous aimez faire peur et vous le faites très bien », a aussi déclaré Zinsou.

De son côté, Talon a reproché au Premier ministre d’être complice d’un « État voyou », l’accusant à plusieurs reprises d’avoir signé des contrats sans procéder préalablement à des appels d’offres.

Et les idées dans tout ça ?

Au milieu des invectives, quelles idées ont été mises en avant par les deux candidats ? Ils ont été interrogés sur plusieurs thèmes – l’égalité des chances, la santé, l’énergie, la réforme des institutions, l’éducation et la sécurité – affichant de réelles différences d’approches. Sur le premier thème, Lionel Zinsou a mis en avant un programme ciblant « les 100 000 familles actuellement dans une situation de manque d’égalité des chances ». Patrice Talon a donné une réponse très politique, expliquant qu’il fallait « dépolitiser l’administration ».

Interrogés sur la politique énergétiques, les deux hommes ont affiché d’importantes divergences. Pour Zinsou, « l’énergie renouvelable est très importante. Elle sera répartie pour tout le monde. Avec l’énergie solaire, nous pouvons créer beaucoup d’emplois ». Misant essentiellement sur le pétrole, Talon estime de son côté, que « produire l’énergie renouvelable revient à un coût prohibitif. Le peuple ne peut pas attendre que l’énergie renouvelables soit à notre portée pour nous développer. Il faut faire des choix stables dans la durée. Le fuel est une partie de ce que nous pouvons faire ».

Patrice Talon a remis en cause le système éducatif. « Il faut dépolitiser l’administration de l’éducation et redonner vie au Conseil national de l’éducation. Il faut une direction qui s’occupe de formation des enseignants et la gestion des écoles normales », a-t-il déclaré. Ce à quoi Lionel Zinsou a répondu qu’il fallait « moderniser le système par faire le procès du passé » et « améliorer les conditions de travail des enseignants ». « Les écoles primaires doivent être le lieu où l’on commence à apprendre l’informatique », a-t-il estimé.

Amené à se prononcer sur la réforme des institutions, l’homme d’affaire a renouvelé son souhait de mettre en place un mandat unique et déclaré que « la justice avait besoin de liberté et d’indépendance », alors que son adversaire a affirmé « qu’il faut donner à la justice de vrais moyens, elle a besoin d’être équipée. La justice est capable de résister ».