Nigéria : mais à quoi joue le président Buhari ?

Son gouvernement vient de retirer un projet de centre cinématographique sous la pression de chefs musulmans le jugeant contraire à l’islam. Mais comment lutter contre Boko Haram et l’obscurantisme religieux de certains chefs musulmans alors même que les rares projets susceptibles de créer une activité économique sont pointés du doigt au motif qu’ils ne sont pas conformes aux préceptes du Coran ? Voilà une équation bien compliquée pour le président Buhari dont l’un des chevaux de bataille est la lutte contre Boko Haram.

Réseaux sociaux et sermons, armes des opposants au projet

Selon la BBC, des chefs musulmans du nord du Nigeria ont emmené le gouvernement à retirer un projet de centre cinématographique au terme d’une campagne d’hostilité forte contre le projet. Par le biais des réseaux sociaux, mais aussi de celui des sermons dans les mosquées, ils ont condamné ce projet porteur, car le cinéma est l’un des secteurs de l’économie qui emploie le plus grand nombre de jeunes au Nigeria.

Un projet culturellement et économiquement viable

Il faut en effet savoir que l’industrie cinématographique en langue haoussa est une vraie aubaine à la fois sur le plan culturel, mais aussi sur le plan économique. Le projet en question portait sur une infrastructure d’une valeur de 10 millions de dollars qui devait être construite sur un terrain de 20 hectares, dans le village de Kofa, à environ 70 kilomètres de la ville de Kano. Selon la BBC, il devait permettre d’impulser Kannywood, l’industrie cinématographique de langue haoussa. Problème : celle-ci est mal vue et très critiquée par des musulmans conservateurs du nord du Nigeria. Certains d’entre eux sont allés jusqu’à dire que l’industrie cinématographique corrompt la jeunesse et fait la promotion de la danse qui ne fait pas partie de leur culture. Pire, ils la soupçonnent même de vouloir encourager les jeunes à s’éloigner de leurs parents avec le secret espoir de jouer dans des films.

L’abandon du projet, une abdication lourde de conséquences

« Ce n’est pas une priorité », ajoutent certains qui désignent les barrages hydrauliques pour développer son agriculture, par exemple, parmi les vraies priorités. Le président Muhammadu Buhari a entendu la voix du peuple et a abandonné le projet, a indiqué l’un de ses conseillers, Abdurrahaman Kawu Sumaila. À l’opposé, l’acteur nigérian Ali Nuhu, l’un des soutiens du projet culturel, a déclaré qu’il ne comprenait pas la décision du président Buhari de le retirer en raison du tollé provoqué. Il s’agit-là d’une victoire des conservateurs qui compliquent bien la tâche des autorités. Sans projets, comment le nord va-t-il opérer sa mue et se détacher de la logique des démons de Boko Haram ?