Mali : Quand les affaires de Kidal se règlent… à Bamako

Les membres des groupes armés, particulièrement ceux de la CMA, avaient pour habitude de venir parader à Bamako et empocher des centaines de millions de FCFA à eux gracieusement offertes par l’État. Ils descendaient dans les hôtels 5 Étoiles car ils étaient les enfants chouchous de la république. Depuis le vendredi 12 août 2016, ils sont de nouveau à Bamako, la capitale qu’ils se sont longtemps refusé de reconnaître. Cette fois c’est pour sauver leurs âmes.

Les Bamanans disent : «tant qu’on n’est pas mort, on a toutes les dettes à payer». Cet adage plein de sagesse n’instruit que ceux qui savent que « Demain » est plein d’incertitudes, de remises en question et surtout de « dettes » à payer. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que « le sage qui est assis voit plus loin que le jeune impertinent debout ». Loué soit le Seigneur qui ramène à la maison les enfants égarés. Il faut toujours écouter quand des millions de personnes te parlent pour éviter l’humiliation de devoir se rabaisser devant ceux qu’on a longtemps haïs pour des raisons inavouables.

La CMA est chez elle… à Bamako. Combien de grands hommes ont, dans des moments de perdition appelé leur Mère au secours ? Nombreux. Et ce sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Le Mali est une grande nation dont l’histoire est enseignée dans toutes les grandes universités africaines et du monde entier. Elle doit cela au fabuleux travail de métissage de son peuple, un métissage fondé sur le respect mutuel et l’interpénétration profonde des ethnies qui la composent. Il y a, comme partout où des gens différents s’associent, des frictions, parfois des affrontements sanglants. Mais tout cela finit par se résorber grâce à l’intermédiation traditionnelle en restaurant la paix des esprits et des cœurs.

À Tombouctou, la Sainte, on dit fièrement que chaque Songhoy, chaque Arabe, chaque Tamashaq à sa famille chez l’autre. L’histoire de ces peuples est faite de métissage profond qui a considérablement réduit les champs des conflits. Chaque évènement, heureux ou malheureux, chez l’un ou l’autre est ressenti par l’ensemble comme si le fait de vivre sur une terre ingrate et inhospitalière avait fini par ériger un front uni contre l’adversité. Le Tombouctien, le Gaois, le Kidalois n’échangeraient jamais sa cité contre quelque ville que ce soit. Borokur si bori kala ngu do ! (On n’est jamais mieux que chez soi), dit-on à Tombouctou. Et Bamako, la capitale ÉTERNELLE du Mali, est le chez-soi de tous les fils du pays. Il suffit d’arpenter les rues et visiter les quartiers. Ils sont tous là : Tamashaq, Arabes, Bobos, Minianka, Sénofos, Dogono, Peuls, Soninkés, Bamanans, Maninkas. Tous occupés à nourrir leurs familles, à vivre heureux.

Bienvenue donc à la CMA et à GATIA. Bienvenue aux frères Ifoghas et Imghad de Kidal. Car c’est ici, à Bamako, que doivent se régler tous les conflits entre les fils du Mali. C’est maintenant, plus que jamais, que Bamako doit se montrer à la hauteur. Si cet énième conflit est résolu à long terme dans la capitale, plus rien ne se résoudra désormais à l’extérieur. Le conflit CMA GATIA est un conflit maliano-malien. Il y a trop longtemps que nous laissons les autres décider de notre sort – même s’il est vrai que cela était nécessaire en son temps. Nous devons faire la preuve de notre résilience et de notre capacité à nous gérer nous-mêmes.

Pour cela, il est indispensable que Bamako se tienne à égale distance de GATIA et de la CMA. La résolution du conflit à Kidal est capitale dans la poursuite de la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation qu’on doit changer en Accord DE Paix et DE Réconciliation. Il n’est pas souhaitable que ce soit encore la communauté internationale qui joue ce rôle. C’est pourquoi la médiation nationale doit avoir le dos suffisamment large et le nez creux pour supporter les uns et les autres et déjouer toute tentative d’esquive. La paix s’installera définitivement à Kidal si le conflit est totalement désamorcé à Bamako.

Ces derniers temps, la presse malienne s’est fait l’écho d’un soi-disant mécontentement du Général Gamou du GATIA pour le traitement de faveur qui serait fait à la CMA à son détriment. C’est pourquoi les autorités devront jouer au centre. Il va falloir se dire certaines vérités sans fâcher, des vérités comme celle qui veut que Kidal soit la cité de tous, Ifoghas et Imghad, qui devront à moyen terme fédérer leurs forces en attendant leur intégration au sein des Forces Armées Maliennes (FAMA) qui est la seule force légitime pour un déploiement sans condition sur l’ensemble du territoire national.

Le Gouvernement du Mali et ses partenaires ne doivent pas accepter que les belligérants retournent à Kidal comme ils sont venus à Bamako, c’est-à-dire plus divisés que jamais. Il faut prendre tout le temps que cela demande pour que Kidal soit enfin une ville apaisée. De la paix à Kidal dépendra la paix dans le nord du Mali. C’est donc la stabilité du pays qui est en jeu. Puisse Dieu inspirer les uns et les autres