L’ONU reconnait sa responsabilité dans l’épidémie de choléra en Haïti

L’organisation internationale était accusée depuis plusieurs années d’avoir importé par négligence la bactérie mortelle qui sévit en Haïti depuis le séisme de 2011.

HAÏTI. Il aura fallu 6 ans à l’ONU avant de reconnaître son implication dans l’épidémie de choléra qui a fait près 10.000 morts en Haïti depuis 2011. L’organisation internationale est accusée depuis plusieurs années d’avoir importé par négligence la bactérie mortelle alors qu’elle avait disparu depuis longtemps d’Haïti. La décision de l’ONU a en tout cas été saluée par les avocats des victimes qui continuent de militer pour le paiement de réparations financières aux familles des près de 10.000 personnes mortes ces six dernières années. « Au cours de l’année écoulée, l’ONU a acquis la conviction qu’il est nécessaire de faire beaucoup plus en ce qui concerne sa propre implication dans

le foyer initial et les souffrances des personnes touchées par le choléra » en Haïti, a indiqué jeudi 18 août 2016 à l’AFP le porte-parole adjoint des Nations unies, Farhan Haq. Ce dernier a précisé que le nouveau plan d’action de l’organisation « sera présenté au public dans les deux prochains mois, une fois qu’il aura été entièrement élaboré, en accord avec les autorités haïtiennes, et discuté avec les États membres ». « Victoire pour le peuple », a réagi Mario Joseph, à la tête du bureau des avocats internationaux. « Ceci est une grande victoire pour les milliers d’Haïtiens qui se sont mobilisés pour la justice, qui ont écrit à l’ONU et porté plainte contre l’organisation », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Depuis l’apparition du choléra en Haïti, la Mission onusienne dans le pays (Minustah) est pointée du doigt : les premiers cas sont apparus sur les bords d’un affluent du fleuve Artibonite, à proximité de la base des Casques bleus népalais de la Minustah à Mirebalais, dans le centre du pays. Malgré les nombreuses enquêtes scientifiques corroborant cette conclusion, l’ONU avait jusqu’à date toujours nié son implication, estimant impossible de déterminer formellement l’origine de la maladie. Ainsi, les multiples plaintes déposées depuis 2011 par les familles de victimes à New York, où se trouve le siège des Nations unies, ont été rejetées par la justice américaine en raison de l’immunité conférée à toutes les missions onusiennes.

Le choléra est une infection intestinale provoquée par la consommation d’aliments ou d’eau contaminés par deux types de bactéries de l’espèce Vibrio cholerae (O1 et O139). Une fois dans l’intestin, le vibrion cholérique sécrète une toxine qui s’attaque à la paroi de l’intestin grêle sans la détruire. La période d’incubation est rapide, entre quelques heures et quelques jours. Le choléra se manifeste alors brutalement par de violentes diarrhées, des vomissements et des crampes musculaires. À noter que la maladie ne provoque pas de fièvre. Elle se caractérise surtout par une déshydratation extrême ; l’organisme peut ainsi perdre jusqu’à 15 litres d’eau en une seule journée. Sans prise en charge, l’infection peut être fatale en quelques heures.

Crainte d’un bilan meurtrier du choléra cette année

Pour les organisations de défense des victimes, cette nouvelle position de l’ONU constitue « une première étape révolutionnaire vers la justice ». « Les Nations unies doivent faire suivre cette annonce d’actions, comprenant des excuses publiques, l’établissement d’un plan pour verser des compensations aux victimes qui ont tant perdu et pour s’assurer que le choléra soit éliminé d’Haïti à travers de solides investissements dans les infrastructures d’eau et d’assainissement », a commenté jeudi Beatrice Lindstrom, de l’Institut pour la justice et la démocratie en Haïti. Mais cette exigence de réparation financière, formulée depuis 2011 risque d’être à nouveau déboutée par l’ONU. Le porte-parole adjoint du secrétaire général Ban Ki-moon a en effet précisé jeudi 18 août que « la position juridique de l’ONU n’a pas changé » sur cette affaire.

En marge de ce combat juridique, le choléra constitue un défi majeur pour le pays dont les structures sanitaires restent déplorables malgré l’action humanitaire : 72% des Haïtiens n’ont pas de toilettes à domicile et, selon l’ONU, 42% des habitants n’ont toujours pas un accès sûr à l’eau potable. Dans un tel contexte, les prévisions des scientifiques sont alarmantes. Dans son dernier rapport, publié le 4 août 2016, l’épidémiologiste français Renaud Piarroux indique que « de janvier à juin 2016, plus de 21.000 cas et 200 décès ont été recensés en Haïti et la perspective d’une saison des pluies qui se prolongera jusqu’en novembre ou peut-être jusqu’en décembre nous laisse craindre un bilan

particulièrement meurtrier du choléra cette année, la barre des 400, voire de 500 décès pouvant aisément être franchie ».