L’Irlande dans l’Union européenne: un intérêt national vital

Au moment de la visite de François Hollande à Dublin pour discuter d’une relance de l’UE, le ministre irlandais des Affaires étrangères détaille les points cruciaux pour son pays, en vue de la prochaine négociation sur le Brexit

Cette semaine est importante pour les relations franco-irlandaises. En ce moment délicat pour la France et l’Irlande, le président François Hollande est à Dublin ce jeudi pour des consultations de haut niveau. Il y rencontrera le président Michael D. Higgins et le taoiseach (Premier ministre irlandais) Enda Kenny.

En ce moment clé, je suis pleinement conscient de la profondeur historique et de l’actuelle force des relations franco-irlandaises. Je parle de nos valeurs communes fondamentales, de nos relations commerciales et économiques étroites, et de nos liens culturels de longue date dont la réputation n’est plus à faire. L’illustration – s’il en faut une – de la profondeur et l’affection que nous avons les uns pour les autres a été l’accueil chaleureux réservé par les Français aux fans irlandais lors de l’Euro 2016.

On peut regretter le résultat du récent référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Il pose d’importants défis à l’Union européenne et au Royaume-Uni. Le gouvernement irlandais respecte pleinement la décision du peuple britannique mais pour ce qui est de l’Irlande, notre avenir est dans l’Union européenne !

Les Irlandais ont toujours été de ceux qui ont adopté l’attitude la plus positive à l’égard de l’Union européenne. Avec raison. Après plus d’un siècle de sous-développement, l’Irlande a bénéficié, grâce à l’UE, d’un espace pour se développer économiquement et socialement. Être membre nous a donné accès au plus grand marché unique dans le monde et, plus important encore, d’avoir notre mot à dire sur les règles qui régissent ce marché. Être membre nous a permis de diversifier nos échanges commerciaux et de construire une économie moderne fondée sur la connaissance, offrant des emplois à une main-d’œuvre mieux formée et plus prospère. Être membre a permis à l’Irlande de jouer dans la cour des grands sur la scène internationale grâce à sa capacité à exercer une influence sur la politique étrangère de l’UE. Elle a également créé un espace pour construire une société plus égalitaire.

Au cours des quarante dernières années, l’Irlande a connu des difficultés, bien entendu, et l’adhésion à l’Union européenne n’a pas été la panacée. Nous n’avons pas été immunisés contre les répercussions plus larges de l’économie mondiale. L’Union européenne ne nous a pas mis à l’abri des effets négatifs de la crise économique récente. Cependant, il est difficile d’imaginer comment l’Irlande aurait pu émerger si rapidement de cette crise ou aurait pu atteindre son niveau actuel de prospérité si elle n’avait pas été dans l’Union européenne.

En somme, la progression constante de l’Union européenne représente un intérêt vital sur le plan national. La sauvegarde de cet intérêt national sera au cœur de notre approche dans les prochaines négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Trouver un équilibre sera délicat. D’une part, il est dans l’intérêt de tous les États membres que la Grande-Bretagne maintienne des liens aussi proches que possible avec l’UE. Notre prospérité est liée à la sienne. La pierre angulaire des bonnes relations pour l’avenir réside dans la conviction que les Britanniques auront que l’Union européenne les aura traité avec transparence et équité. D’autre part, tout accord conclu entre le Royaume-Uni et l’UE doit reposer sur le juste équilibre des droits et des devoirs.

L’Irlande, membre de l’équipe de négociation de l’Union européenne, jouera un rôle actif dans la définition de la démarche à adopter. Tous les Etats membres ont de nombreux points en commun ; cependant, l’ampleur de nos relations commerciales avec le Royaume-Uni donne à l’Irlande un intérêt particulier. L’Irlande a ses points propres qui lui tiennent à cœur et qui devront être abordés dans le cadre de cette approche commune.

Premièrement, l’UE a joué un rôle essentiel pour soutenir l’évolution constante du processus de paix en Irlande du Nord. Bien que le financement européen ait été vital, partager une identité commune comme citoyens européens a permis aux Unionistes et aux Nationalistes en Irlande du Nord de trouver un espace plus large pour accommoder leurs différences historiques, culturelles, politiques et constitutionnelles.

En Irlande, nous avons désormais, pour la première fois depuis des siècles, une paix durable et équitable sur toute l’île. La frontière entre le Nord et le Sud est maintenant presque invisible. 30 000 personnes passent la frontière chaque jour pour travailler, mener des activités commerciales et nouer des contacts personnels. Elles le font sans entraves et souvent sans s’en rendre compte. Ceci est très différent de la frontière que beaucoup d’entre nous ont encore en mémoire, avec des postes douaniers et des contrôles engendrant des divisions dans les territoires et entre les populations. La restauration d’une frontière sur l’île serait un retour en arrière.

La nouvelle relation entre l’UE et le Royaume-Uni doit se poursuivre afin de soutenir et maintenir une paix durable dans toute l’île.

Deuxièmement, les liens entre l’Irlande et le Royaume-Uni sont nombreux et forts. Nous partageons une langue commune, une tradition juridique commune et une zone commune de circulation. Toutes les nouvelles dispositions prises entre l’UE et le Royaume-Uni devront prendre en compte la nécessité et la valeur de ces liens.

Lors des futures négociations qui seront menées, il est important que l’Union européenne poursuive sa propre progression. Les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni seront importantes, mais elles ne devront pas être l’unique objet d’attention. L’Union continuera d’être aussi importante dans le monde dans les années à venir, comme elle l’a été au cours de ces six dernières décennies, parce que c’est une force pour la croissance et la paix aussi bien pour le continent qu’ailleurs sur la planète. En exploitant son plein potentiel, l’UE peut minimiser les dommages causés par la sortie du Royaume-Uni et être le pivot autour duquel nous pouvons tous bâtir notre évolution future. L’Irlande veillera à jouer un rôle dans ce sens