Les inquiétantes ambitions israéliennes en Afrique

Israël ne cache plus son intention de se redéployer en Afrique. Après 49 ans de rupture diplomatique, décidée par la majorité des pays africains au lendemain de la guerre des six jours, voilà qu’Israël se lance dans une opération de charme pour revenir sur la scène africaine. La dernière tournée de son Premier ministre, Benjamin Netanyahou, début juillet, en Ouganda, Kenya, Rwanda et Éthiopie a donné un coup d’accélérateur à ce retour.

Benjamin Netanyahou, qui était accompagné de 80 hommes d’affaires, a pris part à un mini-sommet régional consacré à la sécurité et le « terrorisme ». Un sommet auquel ont participé les chefs d’États et de gouvernements kenyan, rwandais, éthiopien, sud-soudanais, zambien et malawite.

Une « vaste » offensive diplomatique

Simultanément, l’État hébreux continue ses tractations diplomatiques en vue de se positionner dans le continent et renouer avec un large pan de pays africains. À ce titre, un protocole d’accord portant sur la reprise des relations diplomatiques a été signé avec la Guinée Conakry, mercredi 20 juillet, à Paris. L’on annonce également une visite du président togolais, Faure Gnassingbé, à Tel-Aviv début août, selon le Jersalem Post. Quant à la Zambie, elle est devenue officiellement le 14e pays africain à ouvrir une ambassade en Israël depuis septembre 2015.

L’offensive israélienne ne s’arrête pas là. Elle touche même des pays membres de la Ligue arabe et de la Conférence islamique, réputés hostiles à Israël à l’instar de la Somalie. En effet, selon le journal Times of Israël, citant des proches du président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, une rencontre aurait été organisée dernièrement entre le président somalien et le Premier ministre israélien.

En ce qui concerne la région du Sahel, autrement dit la profondeur stratégique de l’Algérie, il semblerait qu’Israël soit également passé à la manœuvre. La toute récente visite d’un émissaire de l’État hébreux en l’occurrence le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Dore Gold, au

Tchad l’accrédite. Ce dernier a été reçu par le président tchadien Idriss Déby qui aurait même exprimé sa fascination pour Israël et ses forces de sécurité.

Une opération « dangereuse »

En plus du périple tchadien du diplomate israélien, qui d’ailleurs était le signataire de l’accord de la normalisation des relations avec la Guinée, l’État hébreux semble décidé à se frayer un chemin en Afrique y compris au Sahel où l’Algérie est considérée comme la puissance régionale. D’ailleurs, Benjamin Netanyahou, durant sa tournée africaine, a déclaré devant le parlement éthiopien qu’il « voudrait voir chaque pays africain représenté par une ambassade en Israël ».

Une présence diplomatique israélienne au Mali et au Niger pourrait porter atteinte au rôle mené par l’Algérie. Pire : Israël pourrait même chercher à pénétrer la région maghrébine en renouant avec la Mauritanie où il disposait d’une ambassade à Nouakchott, fermée depuis 2009.

En quête de soutiens

Pour se faire, Israël vante ses atouts technologiques et financiers. Désormais, des bureaux de l’Agence israélienne pour le développement international vont ouvrir dans les quatre pays visités par Benjamin Netanyahou. Officiellement, le but affiché est de partager le savoir-faire technologique israélien avec ces pays.

En parallèle, une enveloppe de 13 millions de dollars sera consacrée au renforcement des relations économiques et de la coopération avec les pays du continent. Même si cette somme est dérisoire, elle a de quoi « tenter les pays africains financièrement mal à l’aise ou économiquement en faillite », selon des déclarations faites par un diplomate guinéen rapportées par la radio française RFI.

Profitant d’un contexte économique et politique favorables, Israël joue sur la corde sensible pour s’imposer. D’une part, l’État hébreux prétend vouloir mettre son savoir-faire économique et technologique au profit des pays africains. D’autre part, il se présente comme le partenaire le plus démocratique et le plus fiable en matière de lutte antiterroriste.