Le Chef de Boko Haram est toujours vivant

Kano (Nigeria), 25 sept 2016 (AFP) – Le chef du groupe jihadiste nigérian Boko Haram, Abubakar Shekau, a refait surface dans une nouvelle vidéo diffusée dans la nuit de samedi à dimanche, se disant en « bonne santé », fustigeant des déclarations de l’armée qui l’avait décrit comme grièvement blessé et qui répond en annonçant avoir tué 22 combattants dimanche soir.

« Vous avez dit sur les réseaux sociaux m’avoir blessé ou m’avoir tué », « mais je suis heureux, en bonne santé et en sécurité. Je vais parfaitement bien », a lancé Shekau aux autorités nigérianes, entouré de deux combattants en armes.

L’armée avait assuré le 23 août l’avoir ciblé avec ses proches combattants lors d’un raid aérien dans son fief, la forêt de Sambisa, dans le nord-est du pays, et l’avoir grièvement « blessé à l’épaule ».

Dans cette nouvelle vidéo diffusée sur Youtube, Shekau apparaît souriant et provocateur, et menace directement le président nigérian Muhammadu Buhari.

Dans un premier temps, l’armée, par le truchement de son porte-parole a publié un communiqué, qualifiant Shekau de « malade mental » et de « fou ». « Il tente de nier le raid aérien conduit par la Nigerian Air Force, dans lequel il a été blessé.

Mais cette vidéo prouve une fois encore que le chef de cette faction terroriste est mentalement dérangé », a déclaré Sani Usman. Dimanche soir, l’armée nigériane a publié un nouveau communiqué, pour faire état d’un combat qui aurait fait 22 morts au sein de la faction de Shekau.

« A 01H00 du matin, dimanche 25 septembre, des membres soupçonnés d’appartenir à Boko Haram ont attaqué nos forces dans le district de Logomani, Etat de Borno (…).

Nos militaires ont riposté efficacement en tuant 22 combattants », précise Sani Usman. Quatre soldats nigérians ont été tués et deux blessés.

A la tête de Boko Haram depuis 2009, Shekau n’apparaissait que très rarement sur des vidéos ces dernières années. Pourtant, depuis un mois, ses déclarations – audio ou vidéo – sont plus fréquentes.

Cette présence médiatique accrue fait suite à la remise en cause de son leadership. Le groupe Etat islamique (EI), auquel Boko Haram a prêté allégeance en mars 2015, a en effet désigné début août 2016 un nouveau chef de l’organisation, Abou Mosab Al Barnaoui.

– Guerre de propagande –

Le 4 août, au lendemain de cette annonce dans l’hebdomadaire de l’EI, Shekau a diffusé un message audio pour assurer qu’il était « toujours là ». Dix jours plus tard, plusieurs lycéennes de Chibok, enlevées il y a plus de deux ans, réapparaissaient dans une vidéo postée sur Youtube.

A la mi-septembre, à l’occasion des célébrations de la fête musulmane de l’Aïd, et après l’annonce du raid de l’armée, des centaines de villageois, imams et combattants apparaissaient dans une autre vidéo pour rappeler que « le califat islamique (était toujours) sous le contrôle d’Abubakar Shekau ».

La bataille interne pour contrôler le mouvement jihadiste se traduit sur le terrain dans des combats comme à Monguno (Etat du Borno) début septembre, où plusieurs combattants de la faction de Shekau ont été tués par leurs rivaux. Mais elle se fait aussi par une guerre de propagande.

Isolé idéologiquement par l’EI, et militairement par l’armée nigériane qui encercle désormais la forêt de Sambisa, Shekau est de plus en plus marginalisé.

Cela « pourrait conduire à des massacres encore plus violents et aveugles », a écrit Jacob Zenn, de la The Jamestown Foundation, spécialiste du conflit, dans un article daté du 20 septembre.

« Cela lui permettrait d’attirer une plus grande attention sur lui, pour compenser les pertes sur le terrain et de ses soutiens financiers ». Cinq villageois ont été tués, dans une attaque de Boko Haram dimanche vers 08h00 du matin, près de Gamboru, à la frontière avec le Cameroun, à une trentaine de kilomètres de Logomani.

« Cinq agriculteurs morts ont été ramenés dans le village par les milices civiles », a déclaré à l’AFP Umar Ari, habitant de Gamborou. Deux autres hommes portés disparus ont été enlevés par le groupe jihadiste.

Boko Haram a fait plus de 20.000 morts depuis 2009, enlevé des dizaines de milliers de personnes et provoqué le déplacement de 2,6 millions d’habitants à travers le pays.