Le chanteur Koffi Olomidé rend un hommage vibrant à son « grand frère », Papa Wemba.

Comment imaginer Papa Wemba mort ? J’ai refusé de croire à sa disparition jusqu’à ce que mon ami ivoirien Hamed Bakayoko me le confirme. J’ai été foudroyé. Anéanti. Papa Wemba, c’est le « kuru yaka ». Dans notre musique, il n’est pas un pion dans le jeu. Il est tout le jeu. Le grand parrain et la superstar d’un système, la rumba congolaise. Dans le monde des sapeurs, il a aussi ses adeptes, et le mot n’est pas fort. Papa Wemba, c’est un personnage éminemment charismatique.

Si je dis que sans lui la rumba congolaise ne va pas survivre, certains artistes vont me regarder d’un mauvais œil. Certes, il reste encore des talents, mais sa mort est un grand handicap pour la musique congolaise, voire africaine.

Papa Wemba était d’abord un frère.

À titre personnel, j’ai avant tout perdu un grand-frère : il considérait ma mère comme la sienne. Et dans ma famille, mes parents le prenaient pour leur propre enfant. Cette relation fraternelle remonte à très loin dans le temps, lorsque j’étais étudiant et que j’écrivais des chansons pour lui. Il m’aimait beaucoup et disait à tout le monde que j’étais intelligent, que ma place était dans un bureau.

Mais j’ai continué à composer pour lui.  J’ai écrit et arrangé Ebale mbonge, la toute première chanson de Viva La Musica, le groupe qu’il a créé après son départ de Yoko Lokole. Je suis également l’auteur de Mère supérieure, l’un des grands tubes de sa carrière. Inversement, il était là pour mes premiers pas en musique. Au « village Molokai » de Papa Wemba, j’ai eu la chance de croiser et de nouer des relations avec les musiciens de Viva La Musica (Rigo Star, Siriana, Kester Emeneya) qui m’ont accompagné pour enregistrer quelques-uns de mes titres, comme Princesse ya Synza… Un honneur pour moi qui n’était que le petit de Papa Wemba.

On se retrouvera encore au milieu des années 1970. Un matin, il est venu me chercher très tôt chez mes parents, à Lingwala, pour écrire une chanson d’hommage à « Maman Anto », la femme du président Mobutu, décédée. Plus tard, je serai encore là pour enregistrer Wake Up, un album inoubliable. Mon seul regret est de ne jamais avoir pu le jouer sur scène, faute de producteur crédible.

Notre parcours commun était aussi un parcours humain, fait de hauts et de ratés. Mais je ne regrette rien.

Chaque être humain est unique.

Aujourd’hui, Papa Wemba mort, beaucoup m’interpellent pour me dire que je suis peut-être la dernière icône vivante de la musique congolaise. Moi je pense surtout que les jeunes artistes congolais doivent de leur côté suivre la bonne voie, le bon exemple : faire leur travail avec amour et respect pour le public. Le profit ne doit pas constituer leur premier souci. Chaque être humain étant unique, il n’y a point de relève à prendre. Que chacun évolue et travaille pour l’honneur de la RD Congo et de l’Afrique.