L’Afrique des Partis pour l’Afrique des Patries ou l’Engagement des Partis Politiques pour l’Union Africaine

Le rôle des partis politiques et des élites dans l’élimination des facteurs de division du continent africain

Contrairement  à la période pré indépendance marquée par des débats à la fois idéologiques et politiques des partis  sur l’internationalisme et le pan africanisme, les partis africains actuels, malgré les proclamations stylistes contenues dans leurs statuts et ^programmes, sont absents des véritables joutes  sur la question du gouvernement de l’Union Africaine pour les Etats-Unis d’Afrique.

L’élection des députés au parlement africain et à celui de la CEDEAO risque de se dérouler dans les coulisses des parlements nationaux sans aucune campagne publique auprès des opinions africaines. Les partis abandonnent  ainsi ce qui devrait être leur objectif prioritaire dans le combat pour l’union africaine.

Normalement formateurs de la conscience nationale sur les enjeux supra nationaux, les partis politiques africains se transforment  en fabriques d’un nationalisme  voire d’un régionalisme multicolore revêtant parfois des allures d’un irrédentisme face aux enjeux continentaux.

Les guéguerres de positionnement pour les privilèges strictement personnels de petits groupes d’intérêts dans des frontières artificielles et insignifiantes l’ont longtemps emporté sur la culture pour l’adhésion collective à l’union des cœurs et des esprits autour d’une Afrique debout et respectée.

A cette première défiance s’ajoute une véritable escroquerie intellectuelle de certaines  élites voulant introduire des clivages idéologiques sans objet entre tenants  du libéralisme et du socialisme, là où toutes les écoles de pensées politiques classiques peinent à trouver  des solutions globales de sorties de la crise économique et financière dans laquelle s’enlise l’Afrique, nonobstant  la forte assistance des institutions de Bretons Wood et de l’Union Européenne.

Depuis 2000 avec l’avènement du troisième millénaire, des élections libres et transparentes ont eu lieu dans de nombreux pays africains consacrant parfois l’alternance démocratique pour répondre aux mêmes enjeux, à la même demande démocratique, à la même demande sociale touchant le cadre de vie, les problèmes de nourriture, de santé, d’éducation, d’emplois, de stratégies de croissance industrielle et agricole.

Pour l’électorat africain, en dehors de quelques très rares pays comme le Sénégal, le Mali, l’Afrique du Sud, le Rwanda, des pays du Maghreb arabe, les îles du Cap-Vert, le Bénin, l’insatisfaction face aux politiques est la chose la mieux partagée d’un pays à l’autre quel qu’en soit le régime.

L’enjeu n’est donc pas d’essence idéologique mais essentiellement économique et financière.

C’est plutôt une question de bonne gouvernance, de transparence dans la gestion et l’obligation de résultats, de liberté et de respect des engagements électoraux avant tout ! Cela concerne tous les états sans exception aucune.

Il ne s’agit donc ni d’une réaction antilibérale encore moins d’une réaction antisocialiste ; mais d’une réaction sociale face à la crise de nature et d’ampleur variables.

Or, les souverainistes sceptiques et les pan africanistes convaincus, tous confondus, se trouvent sans panacée miraculeuse, en dehors de la solidarité inclusive, de l’ouverture d’esprit et de l’implication de tout  le potentiel de ressources humaines africaines  face à la résolution des attentes communes.

Les solutions  contextuelles heureuses ici et là, pour être pérennes, doivent être partagées au sein de l’espace continental pour une appropriation collective.

La particularité de l’érection des partis africains est de réduire jusqu’à leur extinction les grands clivages idéologiques importés de l’extérieur pour l’essentiel, en vue de la réalisation des grands consensus sur l’incontournable ensemble

Les partis africains ont le défi de briser l’Afrique des patries incapables congénitalement de s’épanouir individuellement.

  L’autre challenge est de réussir à faire accepter un modèle parlementaire sans équivoque de gouvernement.

Un défi non moins important est de ne pas céder aux pressions des internationales de partis, des fondations politiques, et à la lutte des classements selon la représentativité parlementaire pour éviter les facteurs de blocages actuellement constatés au sein de l ’Assemblée commune de la CECA.

Car, nous n’avons que peu de similitude sociologique historique avec l’Europe ou l’Amérique latine où de longues traditions religieuses et  de pratiques  politiques se sont sédimentées en facteurs classificateurs successivement au cours des temps.

A l’analyse aucune famille politique ne couvre l’espace continental.

Ce qui constitue aussi un autre avantageux sur l’Europe ou les partis démocrates –chrétiens, social-démocrate ou libéraux se livrent un combat sans merci au sein de l’hémicycle parlementaire européen.

C’est pourquoi il faut féliciter les porteurs de ce projet d’espoir qu’est le gouvernement de l’Union vers les Etats-Unis d’Afrique et qui ont le mérite de n’être habités par aucune étroitesse idéologique à cet effet.

Et c’est tant mieux ; car, il n’y pas encore de modèles africains achevés de développement pouvant irrémédiablement influencer les autres.

Il n’y pas de classification et heureusement pour nous, d’Afrique libérale ou sociale comme on parlerait d’Europe libérale, sociale  ou écologiste.

La politique d’intégration comme les exigences de la gouvernance mondiale s’accommode mal avec une telle ligne de démarcation qui ne saurait enthousiasmer les peuples africains qui sont tenaillés avant  tout entre des problèmes de suivi et d’avenir qui débordent le cadre des tracés frontaliers de chaque pays

60 ans après les indépendances et la crise des états balkanisés quelles dynamiques unitaires développer ?

Etymologiquement et virtuellement les partis africains ou continentaux pourront naître et se développer en dehors des références idéologiques classiques et à partir des programmes fédérateurs comme le NEPAD. L’offre politique historique y est favorable  et se présente comme une chance rare pour les élites africaines moins cristallisées en pôles conservateurs. Ce qui ne veut pas dire un désaveu des convictions politico idéologiques ou religieuses individuelles.

La naissance des partis africains ne doit pas être une opération cosmétique destinée à satisfaire la galerie, mais doit au contraire stimuler le fédéralisme politique.

Les présidents  contemporains protagonistes de cette pharaonique nouvelle aventure : Abdoulaye WADE, Mouammar KHADAFI(lâchement tué) Tabo MBEKI,Bouteflika, pour ne citer symboliquement que ceux-là ont compris que l’histoire ne se reproduit qu’une seule fois sous peine de tomber dans le domaine de la tragédie ou de la farce ; et ils ont insisté, lors de tous les fora d’alors, sur la nécessité de l’abandon des souverainetés nationalistes au profit de l’unique qui en vaille la peine : la souveraineté africaine. Quelle nouvelle élite va prendre le relais de ce combat  s’interroge la conscience collective?

Les partis ou coalitions des majorités présidentielles ont la lourde responsabilité  historique de devoir s’ouvrir à leur opposition interne et de créer avec elle les conditions de la naissance et du développement sans entrave des partis africains.

Ils ont aussi l’obligation de faciliter la naissance et le développement des mouvements de jeunesses, de femmes et de syndicats démocratiques pan africanistes capables d’accompagner et de mettre en œuvre cette fabuleuse aventure vers les Etats-Unis d’Afrique.

D’aucuns bien ou mal intentionnés ne manqueront de taxer d’utopique une telle position qui exige une grande  générosité de la part des élites africaines pour son succès.

Un telle tache dépasse le cadre d’une coalition et ne saurait non plus s’opposer à elle.

La place des partis dans pour l’émergence d’une conscience pan africaine

Facteurs d’intégration au sein de l’Union Africaine, les partis africains vont jouer un rôle déterminant dans la prise de conscience de la dimension politique de la construction de notre maison commune.

A cet égard la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples confère une base juridique solide aux institutions politiques dont les partis qui ont la fonction de perfectionner la démocratie en Afrique.

Les futures élections au Parlement de l’Union Africaine doivent constituer un temps fort du débat national sur l’UA et de l’implication des partis et autres  acteurs sociaux à la formation de la conscience citoyenne africaine.

Fondements juridiques de la reconnaissance d’un statut des partis politiques africains et du financement de leurs activités communautaires

Justifier  dans les dispositions juridiques de la charte de l’Union Africaine que les partis politiques africains constituent et jouent un facteur important d’intégration au sein de l’union et s’engagent à contribuer à la formation  d’une conscience pan africaniste et à l’expression de la volonté politique des citoyens africains.

Pour éviter que cette disposition ne tombe dans une clause de style déclaratoire, il importe que le Parlement Panafricain et la Commission Africaine prennent une initiative  législative à l’effet de fixer les règles de reconnaissance et de financement de ces partis.

C’est assurément  un sujet de droit constitutionnel qui déterminera la perspective de la désignation du Président de l’Union sur des bases plus démocratiques parce que  soumises à la volonté des peuples par le truchement de parlements véritablement tournés vers la démocratie et soucieux du succès de l’union.

Ce qui suppose l’émergence de partis politiques africains qui respectent les droits fondamentaux contenus dans la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, les principes de liberté, de la démocratie, d’un état de droit, de la bonne gouvernance  continentale et de la transparence dans la gestion des biens et des affaires de la communauté.

Le conseil de l’union pourrait définir la procédure de décision de reconnaissance des partis politiques africains pour leur conférer légalité er légitimité.

Le Conseil de l’Union en rapport avec la Cour de Justice et des Droits de l’Homme, et le Conseil Exécutif de l’Union pourrait être aidé dans cette tâche par des cellules de fusion et de reconnaissance des partis politiques auprès des ministères des Affaires intérieures et étrangères de chaque pays, et de la Haute Autorité de l’Union Africaine.

Dans cet objectif :

Adopter un statut des partis politiques africains qui contribuera à l’émergence d’une démocratie harmonisée au niveau continental.

Fixer les conditions d’éligibilité des partis politiques africains ou pan africanistes au financement communautaire tout en fixant les principes de soumission aux règles de transparence et de contrôle.

Les législateurs africains ont là   un champ large d’ingénierie constitutionnelle à déchiffrer qui s’accommodera mal à des tentatives de faire  passer des stéréotypes européens  ou latino-américains en raison de nos différences historiques et morales et de l’enjeu recherché.

Ils aideront à faire adopter des actes communautaires fixant les règles applicables aux partis et coalitions de partis pan africains, seuls à même de faire reculer les barrières frontalières et politiques qui empêchent l’érection des Etats-Unis d’Afrique.

Notre conviction intime demeure malgré une petite dose d’utopie nécessaire pour un tel exercice que la bonne gouvernance  continentale passera par des partis politiques pan africains suffisamment structurés et engagés pour les Etats-Unis d’Afrique. Etant persuadé que du choc des idées jaillira la lumière, nous souhaitons modestement qu’à travers cette contribution délibérément  provocatrice puisse se déclencher une réflexion globale des leaders et des élites politiques sur le challenge consistant à relever le défi de la constitution des partis continentaux pour une Afrique démocratique unie et émergente.

Par Papa Mody Sow

Journaliste Consultant en Communication

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